CHAPITRE XIX
« 11 n'y a rien de comparable dans toute l'histoire du monde à la fécondité de celte prolifique Angleterre semant ses innombrables enfants sur tonte la terre, où ils deviennent les fondateurs d'une demidouzaine d'empires. Cette mère, avec celte progéniture, a presque le droit de proclamer qu'elle constitue une espèce d'église politique universelle. » Gladstone.
Dans l'introduction de cet ouvrage nous avons fait allusion à la formation de cette Plus Grande-Bretagne \ dont le maintien intéresse à un si haut degré la suprématie et le prestige du Royaume-Uni. Il est nécessaire maintenant de traiter cette partie de notre sujet avec un peu plus de détails. En bien comme en mal, l'empire colonial de l'Angleterre est un des phénomènes les plus merveilleux non seulement de notre propre histoire, mais de l'histoire générale du monde. Une réunion si unique et si vaste de possessions doit nécessairement réagir sur la mère patrie d'une manière extrêmement avantageuse ou extrêmement funeste, et donner aux conditions de sa suprématie et à sa suprématie elle-même quelque chose de spécial, parmi les nations de la terre. On admet généralement que les colonies sont une source de force et de puissance; mais on n'apprécie pas aussi clairement dans quelles limites elles coulèrent ces avantages, non plus que les motifs et le but de leur possession.
Quelle est l'étendue réelle de l'empire britannique? telle est la question qu'il faut d'abord se poser. Sa superficie
dépasse 8 millions de milles carrés, c'est-à-dire environ soixante-dix fois celle de la mère patrie. Sa population est au-dessusde300millionsdYnnesou huit foiset demie celle du Royaume-Uni. D'autres pays ont possédé des colonies bien avant l'Angleterre, d'autres pays en ossèdent maintenant; mais jamais aucune nation n'a été dotée de colonies si remarquables à la fois par une telle étendue et de si rapides progrès, par une aussi large extension et une si admirable fécondité. Rien ne peut frapper davantage l'imagination que l'étude de la croissance de notre empire colonial. Comme population, commerce, revenu, dettes, et généralement, en tous les éléments de développement matériel, cette croissance a été merveilleuse. De 1860 à 1884, la population de nos colonies, y compris l'Inde et le Canada, a passé de 152 millions 1/2 à 300 millions d'àmes. Dans ce même intervalle, la valeur annuelle de leur commerce s'est élevée de 190 millions 1/2 sterling (4,750 millions) à 370 millions sterling (9,250 millions). Ce même quart de siècle a vu leur revenu passer de 51 à 110 millions sterling (de 1,275 a 2,750 millions) et la dette publique (contractée en grande partie pour l'établissement des chemins de fer), de 125 millions sterling (3,125 millions) à 320 millions sterling (8 milliards). Naturellement, quelques colonies se sont développées bien plus rapidement que d'autres. Ce sont nos possessions africaines qui, à ce point de vue, ont pris le pas sur tout le reste. Entre 1860 et 1880, la population de nos possessions dans l'Afrique du Sud s'est augmentée de 251 p. 100, et dans l'ouest africain, de 148 p. 100. Dans cette même période le commerce des premières a grandi de 320 p. 100 et celui des secondes de 245 p. 100. Comme nombre, le plus grand accroissement s'est produit, comme on pouvait s'y attendre, dans l'Inde, où la population s'est augmentée de 71 millions d'àmes, soit d'environ deux fois le nombre total des habitants du Royaume-Uni. En somme, notre empire colonial, regardé en bloc, a vu, dans les vingt dernières années, sa population s'accroître de 50 p. 100 et son commerce de 90 p. 100. Où celte énorme expansion
va-t-elle nous conclure eu fin de compte? Si cette même proportion de croissance continue pendant moins d'un demisiècle, l'Angleterre possédera en 1030 un empire de 700 à 800 millions dames, c'est-à-dire plus que deux fois la population actuelle de l'Europe, et presque neuf fois celle du continent américain en ce moment. 11 ne semble pas qu'il y ait aucune limite physique à celte perspective. La moyenne de la population par mille carré de l'Empire britannique ne dépasse pas aujourd'hui 40 habitants. On compte en Angleterre, 445 personnes par mille carré; aux Etats-Unis 287. Si tout l'Empire était aussi peuplé que l'Angleterre et le pays de Galles, le nombre total des sujets de la couronne britannique serait non pas de 300 millions comme il est à cette heure, mais de 3,563 millions ou plus de 35 fois plus grand. Nous ne voulons pas dire que ce chiffre, qui représente plus de deux fois la population présumée du globe en ce moment, sera jamais atteint. Mais ces hypothèses ne sont pas néanmoins toujours vaines et sans valeur. Dans le prochain demi-siècle, le problème de l'emploi de l'énorme accroissement de population de quelquesunes de nos colonies deviendra l'une des questions les plus brûlantes de la politique pratique, en admettant que notre empire reste intact. Sur toute la surface de l'Inde britannique, il y a maintenant environ 225 habitants par mille cane. Dans quelques provinces la densité de la population s'élève même à 400. Déjà maintenant, la pauvreté de l'Inde est un des problèmes les plus sérieux qu'ail à résoudre notre gouvernement. 11 n'est pas probable que celte pauvreté diminue par suite d'une pareille multiplication de la population. Cette même difficulté nous menace dans quelquesunes de nos possessions de l'Inde occidentale. Les Barbades nourrissent en ce moment une population de 1,033 âmes au mille carre; l'île Maurice, 501 ; la Grenade, 323; Saint- Christophe, 444 et les Bermudes, 734. -Mais aucun île ces points n'est une source de dangers el de difficultés, pour l'avenir, comparable à notre Empire indien, où une période de famine trouve pies de 300 millions dindons incapables
de se défendre contre la mort, et où il semble qu'on ne puisse ni prévoir ni imaginer aucun moyen de délivrer la grande masse de la population de la pauvreté abjecte, absolue, sans espoir, dans laquelle elle est plongée.
L'auteur doit à son ami sir Rawson W. Rawson, Président de la Société de Statistique, l'autorisation de reproduire le diagramme suivant, tiré de son discours présidentiel adressé à cette Société en 1884, dans le but de montrer Tétendue comparative des possessions coloniales de différents pays :
TABLEAU
Tableau présentant la comparaison entre celles des superficies des pays et des colonies, à une même échelle.
COLONIES britanniques, 7.938.422 MILLES CAH1UCS.
COLONIES
POIITIT. AISES
COLONIES