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DANEMARK 59). 000 1. s.
PORTUGAL 317.000 1. s.
Ixi figure entière représente le commerce du Royaume-Uni avec ses colonies.
L'argument le plus concluant pour justifier l'axiome : <( le commerce suit le drapeau » se tire de notre commerce avec l'Inde. Le commerce de l'Inde est très considérable, comme on peut s'y attendre puisqu'il s'agit d'une nation de 250 millions d'habitants, dont un grand nombre «ont engagés dans des occupations industrielles. Elle exporte du coton, des cafés, des jutes, des cuirs, des peaux, de l'opium, du thé, des grains, de l'indigo et de la laine brute; elle est apte à fournir tous ces objets d'exportation en quantités presque illimitées. La valeur annuelle de ces exportations s'est accrue pendant les douze dernières années de 55 à 82 millions sterling (de 1,375 millions à 2,50 millions). Cette énorme quantité de produits s'est distribuée entre seize nations d'Europe, onze d'Afrique, cinq d'Amérique, et 15 d'Asie, en tout Ï7 parties prenantes. Mais le Royaume-Uni, quoique bien plus éloigné que tous ces autres pays, a rein 50 p. 100 de L'exportation totale de l'Inde dans l'ayant- dernière année, et \1 p, 100
L'EMPIRE COLONIAL DE L'ANGLETERRE. 3i5
dans la dernière; les chiffres exacts sont 28 1/2 et 35 millions sterling (712 millions et 875 millions) pour chacune d'elles. Voyons maintenant les importations. En 1873, l'Inde a importé des marchandises (y compris la monnaie) pour 35 millions sterling (875 millions de francs), sur lequels 27 1/2 millions sterling (687 millions de francs) ou 77 p. 100 venant du Royaume-Uni. Mais en 1882 les importations dans l'Inde' ont atteint le total de 58 millions sterling (1,450 millions) sur lesquels aussi 43 millions 1/2 sterling (1,100 millions), ou 74 p. 100 du total, sont venus du Royaume-Uni. Nos exportations vers l'Inde ont donc marché plus rapidement que nos importations de cette contrée; cependant c'est à elle que nous devons une grande partie des matières premières de nos manufactures, plus spécialement le coton et les jutes, en même temps qu'une proportion considérable et croissante du froment nécessaire pour alimenter notre abondante population.
Comme débouché pour le surplus de population de la mère patrie, la possession assurée de colonies est de la plus extrême importance. Dans le Royaume-Uni, la population tend depuis longtemps, et de plus en plus, à dépasser les moyens de subsistance. L'émigration est le remède naturel et évident à cet état de choses. Mais les habitants d'un pays ne sont enclins à émigrer que lorsqu'on peut leur montrer qu'ils trouveront à ce déplacement des avantages personnels. Toutes les plus importantes colonies appartenant à la couronne britannique présentent cet attrait. Le taux moyen des salaires est très élevé dans nos principales colonies, relativement aux salaires payés en Angleterre, tandis que le coût moyen des aliments, dans ces mêmes colonies, est généralement bas, en comparaison des prix de la mère patrie. Mais ces avantages, déjà si grands, ne sont pas les seules attractions qui s'offrent à L'émigration. Nos colonies, en thèse générale, sont extrêmement salubres. La moyenne température à l'ombre, à Sydney, est de 62°, 6' Fahreinheit (17° centigrades) et c'est aussi à très peu près la température moyenne de toute la
Nouvelle-Galles du Sud. Dans d'autres parties du Continent australien la température s'élève davantage, mais nulle part elle ne devient insupportable à l'Européen. Au Canada la température moyenne varie de 44°, 3' F (7° centigrades), Montréal, à 32° (0° centigrade) dans le Maniloba. Nos colonies du Cap possèdent un climat plus modéré que presque toute autre partie du continent africain ; enfin nos autres colonies sont placées pour la plupart dans la zone tempérée.
Que nos colonies soient importantes pour la mère patrie parce qu'elles lui fournissent les moyens de subvenir à ses besoins alimentaires considérables et croissants, c'est là un fait qui n'exige que peu ou point de démonstration. Mais on peut objecter qu'en ce moment nos approvisionnements alimentaires ne nous sont pas fournis principalement par nos propres possessions. Au contraire, sur un total de 84 1/2 millions de quintaux de grains reçus par nous en 1883, 16 millions 1/2 seulement, ou 19 p. 100 du total, sont importés de nos propres colonies, en y comprenant le Canada et l'Inde. Le reste provient de pays qui sont ouvertement en rapports peu amicaux avec l'Angleterre, en matière de commerce. Plus de 20 p. 100 du total nous arrivent de la Russie et de l'Allemagne, contrées qui non seulement s'efforcent, par des tarifs hostiles, d'exclure les marchandises anglaises, mais contrées aussi avec lesquelles, sur certains points de notre politique nationale impériale, nous pouvons à tout instant nous trouver en hostilité ouverte. Environ 50 p. 100, ou la moitié du total, sont reçus des États-Unis; et quand nous nous rappelons L'affaire de l'Alabama, et les efforts persévérants de cette république pour développer les manufactures nationales aux dépens de l'Angleterre, ce n'est certes pas à nous de montrer aucune partialité en faveur des fournitures alimentaires qu'elle nous envoie en si grande abondance. Combien ne serait-il pas plus désirable de transférer notre clientèle à nos propres colonies, auxquelles nous Bomnies déjà si redevables pour les débouches de notre commerce.
et dont nous avons le droit d'espérer des acquisitions encore plus considérables dans l'avenir?
On peut nous opposer que, toutes choses égales, nous ne pouvons pas acheter notre blé dans l'Australie, le Canada ou l'Inde, a aussi bon marché qu'aux. Etats-Unis. C'est ce qui n'a pas encore été prouvé; et il faudrait beaucoup plus de détails que nous n'en pouvons donner ici à ce sujet, pour étudier tous les aspects de cette question. Au premier abord, il est tout à fait évident que si les blés d'Australie et de l'Inde ne pouvaient lutter heureusement, comme importation, avec ceux des États-Unis, nous n'aurions pas vu nos acquisitions passer de 100,000 quintaux seulement en 1870, à environ 14 millions de quintaux en 1883. Ce seul fait est, ce me semble, péremptoire dans l'espèce, et prouve la capacité de notre empire colonial à fournir le blé qui nous est nécessaire, aussi convenablement et à aussi bon marché que les Etats-Unis. Sans doute cette fourniture ne pourra pas se faire du jour au lendemain. 11 faut dans nos colonies, comme dans l'Inde, un beaucoup plus grand développement de nos lignes ferrées pour atteindre ce résultat, et nous pouvons affirmer qu'avec la fédération impériale, le capital anglais ne pourrait trouver un meilleur revenu final que dans la construction des chemins de fer nécessaires pour mettre les grandes étendues de terres à blé de l'Inde et de l'Australie mieux à portée des marchés anglais. Ces lignes ferrées deviendraient probablement de lions placements (à ne considérer que ce point de vue), dans un temps très court (1); mais elles procureraient certainement, dans tous les cas, des ressources illimitées d'alimentation, probablement moins chères que la fourniture actuelle, pour la population si considérable de la mère patrie.
L'Inde diffère de nos autres possessions en ce que notre gouvernement y est maintenu par la force des armes. On trouve, en général, dans tout ce que l'histoire peut fournir
(1) U^j.'i les chemins de fer de l'Inde payent un dividende moyen de plus de '•') p. 100.
de situations analogues à celle île nos affaires indiennes, que le profit a été du côté des « pouvoirs existants », et que les pays vaincus ont été gouvernés avec une attention spéciale pour l'avantage des conquérants. Même sous le régime assez juste de l'ancienne Rome, les nations sujettes etles colonies étaient tenues dépaver de groses sommes pour réduire les charges, qui, sans ce tribut, seraient retombées entièrement sur le peuple dominateur. Mais l'histoire de notre gouvernement de l'Inde nous offre un système différent. Il est vrai que nous avons développé avec ce pays un énorme commerce d'exportation, quia plus que doublé en vingt ans. Mais celte exportation a été parfaitement libre et non forcée. Nous n'avons pas obligé les peuples soumis à acheter sur les marchés anglais, ils ne l'ont fait que lorsque telle a été leur volonté. Nous les avons laissés parfaitement libres de recourir à tout autre marché, au mieux de leurs intérêts. Ils ont usé pleinement de cette liberté, à ce point même que les produits indiens, agricoles et manufacturés, arrivent dans toutes les parties du monde. Et quand même l'Inde ne trouverait à sa soumission pas d'autre avantage que d'obtenir les facilités pour disposer ainsi de ses produits, celui-là seul serait énorme. Mais l'examen des comptes rendus d'exportations et d'importations du Royaume-Uni fait voir que, pendant les quinze années qui finissent en 1883, nous avons importé en marchandises de L'Inde une valeur dépassant de 94 millions sterling notre exportation totale dans ce pays pendant la même période. Autrement dit, nos importations de l'Inde, pendant ce temps, montent à 4G8 millions sterling (11 milliards 700 millions) et nos exportations vers L'Inde n'ont atteint qu'une valeur totale de 37 ï- millions sterling (9 milliards 350 millions).
Ici, nous avons à [Miser deux questions importantes. D'abord, l'Inde, avec le système de la liberté absolue du commerce, a-t-elle pu trouver pour ses produits, dans d'autres pays, des marchés aussi bons ou meilleurs que les nôtres? En second lieu, existe-t-il un motif spécial
pour que la Grande-Bretagne reçoive de son Empire indien, plutôt que d'ailleurs, une aussi énorme quantité de marchandises ? La réponse à la première question est donnée par ce fait que, sur les exportations totales de Tlnde en 1882, montant à une valeur de 83 millions sterling (un peu plus de 2 milliards), non moins de 35 millions sterling (875 millions de francs) ont été reçus par le Royaume-Uni.
On répondra peut-être : « Oui, mais après tout, cela ne fait que 42 p. 100 du total. » C'est vrai, mais en analysant les chiffres, on trouve qu'aucun autre pays n'a reçu plus de 15 p. 100, et que ce dernier chiffre représente l'exportation en Chine, chez la voisine porte à porte, pour ainsi dire, du pays producteur, et une voisine qui, malheureusement à l'appréciation de plusieurs d'entre nous, se livre à une consommation très spéciale et très extraordinaire (l'opium). Tout en ayant le choix sur tout le reste du monde, l'Inde n'a pas réussi à placer dans une année quelconque plus de 10 p. 100 de ses produits natifs dans n'importe quel autre pays, et son commerce avec sa voisine si grandement redoutée et envahissante, la Russie, est représenté par le chiffre ridicule de 0,006 pour 100.
Evidemment si les lndous devaient être jamais appelés à évaluer les avantages comparatifs qu'ils pourraient recevoir du gouvernement de la Russie, en regard de ceux que leur confère celui de l'Angleterre, ce fait seul leur fournirait une réponse suffisante.
Il en est qui soutiennent que la politique coloniale de l'Angleterre a été une méprise. A ceux qui tiennent ce langage, comme à ceux qui prétendent que les colonies n'ont dû jusqu'ici que peu de chose à la mère patrie, il est sans doute convenable de répondre en appelant leur attention sur les résultats obtenus par une autre grande puissance colonisatrice européenne, la France.
La République française possède seize colonies, placées pour la plupart dans des régions malsaines ; peu d'entre elles sont douées de ressources naturelles d'une grande
;iSO SI l'HKMATIE DE L'âtLlTB— L
valeur et toutes sont dans des conditions plus ou moins arriérées. La population française totale, civils et natifs de ces colonies, d'après les derniers rapports, était de 5 millions 1/2 d'habitants, sur lesquels veillaient des garnisons et une police comptant 121,494 hommes, avec un nombre d'employés français s'élevant à 16,502. Leur revenu total ne s'élevait pas à 3 millions sterling (75 millions de francs) et le montant de la somme annuelle dépensée par l'État français pour venir à leur aide n'était pas au-dessous de 4 millions sterling (100 millions). Comparer ces faits avec ceux qui ressortent de la situation de l'empire colonial de l'Angleterre, ce serait presque une réduction à l'absurde de l'opinion que nous combattons. Nous n'avons parlé jusqu'ici que des avantages que procure à la mère patrie son empire colonial; c'est maintenant le devoir d'un historien fidèle de présenter l'autre côté de la question. INier qu'il y ait un autre coté, ce serait manquer de gravité et de sincérité. La possession d'un si nombreux assemblage de « principautés et de puissances » dans les différentes parties du inonde, attire sur l'Angleterre des risques et des responsabilités si considérables «pie jamais probablement aucune nation n'en a eu d'aussi redoutables à envisager. Par suite de l'effort nécessaire pour garder ouvertes les grandes voies qui conduisent à nos possessions coloniales et en ramènent, nous sommes à chaque instant susceptibles d'être emportés dans le tourbillon d'une grande guerre européenne. Depuis l'époque de la guerre de l'Indépendance américaine jusqu'à nos jours, ce danger a toujours été présent et menaçant; et la plupart des guerres, grandes ou petites, dans lesquelles nous avons été engagés depuis cette époque, ont été entreprises, plus ou moins directement, par suite des difficultés qui nous sont imposées par nos obligations envers nos colonies. C'estde ce haut prix que l'Angleterre a dû payersa suprématie. Que ce compte soit encore loin d'être entièrement réglé, c'est ce que prouve suffisamment la récente attitude si menaçante de la Russie.
Puis, c'est encore une méprise commune de supposer que si les colonies ne coulribuent en rien aux dépenses de la mère patrie, elles ne nous coûtent rien non plus, comme dépense directe. Quels sont au contraire les faits ? D'après sir John Lubbock (1) il n'a pas été publié de compte des sommes dépensées par la mère patrie dans ses colonies avant l'année 1858, mais de 1859 à 1869 cette dépense s'est élevée à plus de 41 millions sterling (un milliard), soit une moyenne de 4,100,000 livres sterling (100 millions) par an. Jusqu'à 1870, la mère patrie supportait les dépenses militaires des colonies, et quoique d'autres mesures aient été prises peu à peu pour un grand nombre d'entre elles, notre dépense de ce chef est toujours, ou était encore tout dernièrement, très considérable.
Des considérations semblables ont fait que des hommes d'Etat très sagaces et pratiques se sont demandé s'il ne serait pas possible de s'entendre pour un traité qui assurerait une union plus ferme et plus durable que celle qui existe maintenant entre la mère patrie et ses colonies. 11 n'entre pas dans notre dessein de traiter la vaste question de la « fédération impériale », mais si l'on considère que les colonies ne sont maintenant unies à la mère patrie que par des liens susceptibles de se briser à la plus légère tension, il convient que les hommes d'Etat responsables de l'empire examinent comment un pareil état de choses pourrait être modifié. Personne n'est disposé à douter de la loyauté des colonies. Il n'y avait non plus aucun motif de douter de la loyauté des habitants du Nord-Amérique quand éclata la guerre de l'indépendance. Le danger est aujourd'hui aussi réel et aussi imminent qu'alors. Le Canada a déjà une population bien plus grande que celle des États-Unis en 1780. Le gouvernement de cette époque regardait sans doute l'impôt qui conduisit à la guerre de la révolution comme « une bagatelle aussi légère que l'air », mais une bagatelle tout
(I) Revue du dix-neuvième siècle, 1877, page 38.
352 SUPHEMAT1E DE L'ANGLETERRE.
aussi légère peut, à chaque instant, conduire à un résultat tout aussi déplorable en ce qui regarde nos possessions coloniales actuelles. Les colonies australiennes ont refusé tout dernièrement une proposition de la mère patrie de contribuer aux dépenses du gouvernement des îles Fidji, annexées à la Couronne pour se conformer à leurs propres désirs ; et si l'Angleterre n'avait pas pris le parti d'être généreuse, de sérieuses complications auraient pu facilement s'élever sur le principe que soulevait ce litige. En outre, il n'y a pas de moyen plus sur de créer des frottements et de l'irritation entre deux parties de l'Empire, que le maintien des tarifs différentiels et profondément hostiles, qui caractérisent en ce moment jusqu'à un certain point la politique des colonies. C'est un sentiment assez. répandu en Angleterre que les colonies, tant qu'elles sont sous l'autorité anglaise, ne devraient pas èlre autorisées à établir des tarifs hostiles au commerce anglais, pas plus qu'à suivre un autre système économique que celui avec lequel la mère patrie s'est identifiée. Des hommes d'Etat coloniaux, d'autre part, sont disposés à s'irriter de toute tentative faite par la mère patrie, pour suggérer les principes et le système d'impôts à l'aide desquels les colonies peuvent prélever leurs revenus, et nous ne devons pas oublier que tous les pays possédant le blé en abondance, et n'ayant qu'une industrie peu développée, trouvent quelque chose d'attrayant et de plausible dans les doctrines protectionnistes. A l'époque actuelle, on constate que trente et une des colonies ou autres possessions de la couronne britannique prélèvent, sur les colonnades, un droit d'importation qui varie de 2 p. 1U0 dans la Gambie, à 12 I 2 p. 100 dans l'Australie occidentale et à la Jamaïque. Le sucre est chargé de droits qui varient de 3 sehellings par quintal, en Victoria, à 18 8 d. dans la Guyane anglaise. Le papier et les fournitures de bureau doivent payer depuis \ p. 100 sur la cote d'Or jusqu'à 12 1 2 p. 100 a la Jamaïque; et 28 colonies imposent des droits
s'élevant depuis 4 p. 100 aux Burbades jusqu'à 17 1 - p,
100 au Canada, sur certaines qualités d'un article d'une consommation aussi nécessaire que le fer. Et ceci n'est pas tout. Quelques colonies poussent si loin l'erreur dans leur système fiscal qu'elles lèvent des droits sur des articles d'exportation, comme si elles voulaient encourager par une prime les entraves à leurs moyens de développement; et de ce chef, ni l'Inde, qui impose un droit d'exportation de 6 1/2 deniers par quintal sur le riz, ni le Canada qui impose un droit de 4 sch. 2 d. par mille pieds cubes de pins ou de sapins, ne sont exempts de blâme. Des faits de cette nature n'ont pas pour résultat de faire naître dans la mère patrie des sentiments de bienveillance envers les colonies; mais il n'y a probablement pas beaucoup à espérer qu'un avenir prochain puisse amener l'adoption d'un tarif uniforme.