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est possible que, restreint à ses anciennes limites géographiques, ce pays eût montré les mêmes tendances au déclin matériel, pour les mêmes motifs que le Royaume- Uni. Car il est important de faire observer que la décroissance de la valeur des produits agricoles en Europe n'est pas duc à un affaiblissement de l'efficacité du travail ou à une diminution de la fertilité du sol, mais à la grande baisse de la valeur des céréales, et aussi, quoiqu'à un degré moindre, de certains autres produits; baisse provenant de la concurrence des Etats-Unis et des colonies.
On a essayé bien des évaluations de la proportion dans laquelle le revenu national se partage entre la classe supérieure et celle des travailleurs manuels. 11 serait impossible d'exagérer la valeur de ce renseignement s'il était possible de l'obtenir d'une manière certaine. Il ne peut exister de preuve plus concluante de la prospérité d'une nation que la disparition relative de la classe pauvre. Un pays qui a la supériorité à ce point de vue est très probablement plus prospère et plus satisfait que celui où se rencontrent les extrêmes de pauvreté et de richesse. On a souvent prétendu que l'Angleterre est le type caractéristique de cette dernière condition sociale, et on a fait observer que la pauvreté qui existe au milieu de nous est plus remarquée en raison du contraste éclatant du grand déploiement de notre richesse; cette observation est juste. Mais c'est une erreur absolue de supposer que ceux qui gagnent leur pain quotidien par leur travail soient plus pauvres en Angleterre que dans d'autres pays. Au contraire, la classe des ouvriers anglais, en général, perçoit un revenu annuel plus considérable que celui de n'importe quelle autre nation de l'Europe.
On s'est livré à d'assez nombreux calculs touchant l'évaluation du revenu de la classe ouvrière; mais ces évalualions sont trop peu d'accord entre elles pour permettre une conclusion certaine. Dans un essai présenté à la Société- de statistique, en décembre 1881, l'auteur de ce livre estimait ce total à 53ô* millions sterling (13,375 millions),
c'est-à-dire environ 42 livres (1,050 francs) par tète. Quelques mois plus tard, le professeur Lévi arrivait presque au même résultat par tête en partant d'un montant total différent, en raison du nombre plus grand des individus compris comme ouvriers dans son calcul. Dans chacun de ces tableaux, la proportion du revenu national attribuée aux classes ouvrières ne serait probablement pas au-dessous de 52 p. 400. Dans notre vingt-sixième chapitre nous dirons quelque chose de plus au sujet de l'accroissement de la richesse dans notre pays, spécialement comparé à ce même accroissement aux Etats-Unis.
En étudiant ce sujet de la richesse nationale, il est naturel de demander : Pourquoi l'Angleterre est-elle si riche et l'Inde si pauvre? Voilà un problème économique auquel on ne peut trouver de solution satisfaisante qu'en le soumettant à l'épreuve des chiffres. Un premier pas vers cette solution consiste à estimer la valeur actuelle des produits de la terre, eette source naturelle la plus importante de la richesse dans les deux pays. La valeur totale annuelle des produits agricoles dans le Royaume-Uni a été évaluée par sir James Caird à 260 millions (6 milliards 1/2). En 1880, la valeur des produits des mines anglaises, produits tirés directement du sol comme ceux de l'agriculture, se divise ainsi :
Charbon 47.000.0001iv. st. (1.475. 000. OOOfr.
Étaiu 670.000 (16.750.000)
Plomb 850.000 (21. 250. 000)
.Minerai de 1er.... 7. 000. 000 175.000.000
Sel 1.320.000 .000.000
Cuivre 686.000 (17.150.000
Toi al 57.526.0001iv. sl.(l .438. 150.000 tV.)
lui conséquence, la valeur totale annuelle des produits des mines et de l'agriculture en Angleterre peut être estimée à environ 317 millions sterling (7, 925 millions), donnant une moyenne d'environ !> livres 22.» IV.) par tête de la population. La valeur totale annuelle des pro-
doits des manufactures a été évaluée à 923 millions sterling (2,373 millions) ou 26 liv. 4 par tète (660 francs).
Mais; dans l'Inde, le revenu de la population est tiré presque exclusivement du sol. Il serait difficile de calculer quelle est la valeur du produit. Mais il n'est pas difficile de comprendre qu'il est loin d'égaler en valeur celui du Royaume-Uni, car l'Inde n'a fait que peu d'efforts ou même n'a rien fait, jusqu'ici, pour développer ses grandes ressources minières, et la valeur des produits qu'elle cultive est extrêmement minime, mesure pour mesure, relativement a ceux du Royaume-Uni, en raison tant de la grande puissance d'achat du capital monnayé (1) que de l'absence de marchés pour la plus grande partie des récoltes. Eu 1870, un écrivain «'occupant de l'agriculture indoue (2) calculait que la valeur totale de son produit ne s'élevait qua 200 millions sterling(5 milliards) ou environ 27 schelling (33 fr. 75) par habitant et que 100 millions de plus (2 milliards 1/2) représenteraient la valeur totale annuelle de l'industrie, etc. dans l'Inde, ce qui ne donne ainsi qu'un total général de 40 sehellings (50 fr.)par tête, tandis que le revenu moyen dans le Royaume-Uni s'élève à 35 livres (875 fr.). En 1876, le même écrivain a fait une seconde appréciation du revenu total de toute provenance pour l'Inde anglaise, dans laquelle il élève la valeur des produits agricoles à 260 millions sterling. Il estime la valeur du sel, de l'opium et des profits du commerce à 17 millions sterling; la valeur des produits manufacturés à 17 millions sterling; enfin lavaleurdu poisson, bétail, etc., à 15 millions de plus, ce qui, avec 30 millions ajoutés
(1) La valeur du produit de l'agriculture indoue, par acre, a été estimée à 12 roupies (soit 22 sehellings ou 27 fr. 50) dans les provinces du centre et le Pundjaub. Dans le Royaume-Uni, si nous acceptons le chiffre de 2t bushels de blé à l'acre et la valeur de ce blé seulement a 40 sehellings par quai ter, cela nous donne une valeur moyenne de 6 livres par acre (1o0fr.),ou 4i."i pour 100 de plus que la movenne de l'Inde.
(2) Rapport lu par I). Naoroji devant l'association de l'Inde orientale.
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comme profits divers, forme un total de 340 millions ou 40 schelJipgs (4G t*r.) par lête pour une population de 170 millions d'àmes, dans une bonne année ordinaire (1). D'autre part, il faut se rappeler, évidemment, que les naturels de l'Inde vivent avec un régime à la fois sobre cl peu coûteux. La commission des prix de Bombay a calculé les besoins des plus modestes serviteurs du gouvernement dans le district de Poonah en 1863, à 6 roupies 1/2 (soit 10 sch. = 12 fr. 50) par mois. En 1870, le prix proposé poulie nourriture des coolies émigrants s'élevait à un peu plus de o roupies par mois. Dans les prisons de l'Inde, le prix de la seule nourriture annuelle varie de 18 roupies 1/2 dans les provinces du nord-ouest, à environ 42 roupies à Bombay. En comparant les produits actuels du sol avec le prix de simple nourriture, l'auteur déjà cité remarque que « même pour la nourriture et le vêtement tels qu'un criminel les obtient, la production est à peine suffisante quand Tannée est bonne », et que les populations de l'Inde « ne récoltent pas assez pour subvenir au\ simples nécessités de la vie ».
(1) Pauvreté de l'Inde, par N. Naorcyi. Londres, 1878.