CHAPITRE XXII
DE L'EXTENSION DE L'EMPLOI DES FEMMES DANS L'INDUSTRIE ET DE SES CONSÉQUENCES.
L'influence sur la prospérité nationale de la concurrence entre les hommes et les femmes, pour les travaux dans les fabriques et les manufactures, peut ne pas sembler manifeste au premier abord. C'est pour ce molif que certains lecteurs nous reprocheront de traiter dans un ouvrage de ce genre cette question au moins éloignée de notre sujet, si elle ne lui est pas absolument étrangère. Mais un instant de réflexion suffira sans doute pour modifier cette appréciation. En effet, s'ils se Irouvait que deux pays eussent a peu près les mêmes ressources naturelles, et qu'ils fussent arrivés presque au même point de préparation pratique dans la carrière où les nations civilisées se disputent la suprématie industrielle, sauf toutefois en ce qui concerne les proportions relatives de travail masculin et de travail féminin, il n'est pas du tout impossible que cette seule différence fût suffisante pour déterminer le résultat final. 11 est évident que la différence dans le taux de la rémunération et dans l'efficacité relative du travail des femmes doit, en tous cas, exercer une influence considérable.
Mais nous avons ,i considérer celle question sous un autre aspect bien plus important encore. Il peut être vrai qu'une nation employant une grande proportion de travail féminin dans <c- métiers iudustriels devienne capable. ftvec ce secours, d'obtenir et de maintenir une supériorité
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industrielle qu'elle n'aurait pu atteindre autrement. Mais si, d'autre part, ou constatait que le recours au travail féminin est indispensable à une nation et qu'il est moins nécessaire à une autre pour que chacune conserve sa position industrielle, on admettra généralement que la situation la plus satisfaisante et la plus sure est celle de la nation où les femmes ne sont pas enlevées à leur sphère propre et naturelle, pour partager avec les hommes les travaux pénihles de la ferme, de l'atelier et de la mine. En résumé, on admettra que le plus haut degré de prospérité est indiqué par la plus basse proportion de travail féminin, et que le plus haut degré de civilisation coïncide habituellement avec le plus petit nombre d'ouvrières employées dans les métiers et manufactures. On peut affirmer avec raison aussi que l'admission plus générale des femmes dans les professions libérales est eu même temps la preuve et la conséquence d'une haute civilisation et de la prospérité nationale.
Sur les 13,344,000 femmes habitant l'Angleterre et le pays de Galles en 1881, 9.930,000, soit environ 75 p. 100, sont enregistrées comme appartenant à la classe « non définie et sans profession ». Font naturellement partie de cette catégorie les 4,739,000 jeunes filles au-dessous de l'âge de quinze ans; il reste donc à déterminer quelles sont les 5,191 ,000 autres unités féminines ainsi classées. S'il était admissible d'inscrire dans cette catégorie des « non définies et sans profession » toutes les femmes mariées, la partie nondélerminée seraitréduite à de bien minimes proportions vraiment, puisque 4,437,000 femmes sont désignées comme <( mariées». Maisce serait s'éloigner complètement de la réalité. Un nombre considérable, trop considérable malheureusement, de femmes mariées, spécialement dans les ateliers et les fabriques des districts manufacturiers, travaillent à la journée ou autrement, aussi régulièrement que leurs maris; il est en conséquence impossible d'inscrire toutes
les femmes mariées dans la classe mis indiquée. D'autre
part, la catégorie qui reste sans indication d'occupation est
beaucoup trop nombreuse pour être comprise tout entière dans la série des « filles résidant avec leurs parents ».
Mais ce n'est pas cette classe « non définie et sans profession » que nous voulons étudier, mais bien les 3,404,000 femmes ou 26 p. lOOdu total général, qui appartiennent à la population vivant de salaires. Ce nombre considérable est classé d'après les tableaux du census de 1881, comme il suit :
,196.000 ou 5.8 p. iOO exerçant une profession. 1 .545.000 i'â vivant comme servantes.