‹ La Suprématie de l'AngleterreChapitre 66 sur 83 · oTS.000 46 employées dans les manufactures · texte numérisé non relu

oTS.000 46 employées dans les manufactures

Ainsi le service domestique et les manufactures absorbent 3, 123,000 ou presque 92 p. 100 de toute la population féminine ouvrière du pays. Du service domestique nous n'avons que peu de choses à dire. Ses conditions sont à peu près les mêmes partout. Cependant on peut remarquer que pendant les vingt années qui précèdent 1881, le nombre total des femmes en service s'est accru de 474,000 ou 44 p. 100, tandis que la population féminine générale croissait de 3,045,000, ou de 29 p. 100 seulement. On peut admettre sans crainte que cette proportion indique l'emploi d'un plus grand nombre relatif de servantes, et par conséquent une aisance plus générale dans le pays.

En général, on ignore probablement d'une manière absolue à quel point le travail féminin fournit un appoint et fait plus ou moins concurrence au travail de l'homme dans les industries de notre pays. Deux cent quatre-vingts industries distinctes sont inscrites sur les tahleaux du Census pour 1881. Sur ce nombre il n'en est que vingt où le travail féminin paraît ne pas être employé, et puisque le nombre en est si limité, il n'est peut-être' pas déplacé de donner ici la liste de ces exceptions; la voici :

Meuniers.

Ajusteurs et tourneurs.

Fabricants de chaudières.

Charpentiers pour navires.

Couvreurs.

Porteurs de charbon.

Gaziers.

Carriers.

Tailleurs de pierre.

Ardoisiers.

Puisatiers.

Paveurs.

Constructeurs de routes et surveillants.

Cantonniers.

Entrepreneurs de chemins de fer.

Poseurs de plaques (navires).

Terrassiers.

Conducteurs de locomotives.

Égoutiers.

Batteurs d'or et d'argent.

Dans le dernier Census des États-Unis les occupations industrielles et manufacturières sont différemment classées, et sont seulement au nombre de 13o, sur lesquelles 33 n'emploient aucun travail féminin.

En examinant l'extension du travail féminin dans les divers pays, il est de la plus haute importance de tenir compte du caractère des industries où ce travail est utilisé, tout aussi bien que de son extension générale. Une nation qui laisserait 10 p. 100 par exemple de sa population féminine travailler dans les briqueteries, les mines de houille, ou les hauts-fourneaux, contribuerait plus à dégrader la dignité de la femme et ferait preuve d'une appréciation moins élevée de ses qualités fonctionnelles qu'une autre, chez laquelle 50 ou 60 p. 100, par exemple, de cette population seraient engages dans des métiers pour lesquels elle a une aptitude spéciale, et propres à maintenir le respect que les nations professent habituellement pour la dignité féminine, en proportion de leur civilisation. Mais ce serait entrer sur un terrain difficile; car on ne trouverait pas deux individus, encore moins deux peuples en parfait accord sur la nature du travail qui peut dégrader ou relever la dignité de la femme.

Parmi les occupations rudes et pénibles auxquelles nous pensons que les femmes ont le moins d'aptitude, il n'eu est probablement aucune qui soit ;mssi peu en harmonie avec les tendances de notre population féminine que les mines. Cependant il est prouvé que, dans la t iiande-Ure-

tagne, il existait en 1881 5,775 femmes employées dans les mines. Ce n'est évidemment que 1 p. 100 minime du nombre total des mineurs du pays, pas plus de 1,1 p. 100, mais c'est beaucoup plus qu'aux États-Unis où le nombre des femmes employées aux mines n'était en 1880 que de 79 sur une population minière de 234,000 personnes.

Ceux qui désirent que les femmes soient détournées de toute occupation, soit incompatible avec leur sexe, soit même ayant une tendance à diminuer leurs qualités et leurs aptitudes féminines, apprendront avec satisfaction que cbez nous, en Angleterre, la proportion des femmes employées dans les mines a considérablement diminué récemment. En 1861, sur 410,000 ouvriers employés dans les mines de charbon, cuivre, étain et sel de notre pays (Angleterre et Galles), on ne comptait pas moins de 16,805 femmes, soit environ 4 p. 100 (au lieu de 1,1 actuellement). INous pouvons donc affirmer que depuis 1861 nous avons marché rapidement dans la vraie direction, quoiqu'il y ait encore à désirer que les femmes ne soient d'aucune manière mises en contact avec les duretés de ce travail dégradant pour elles. S'il nous reste une consolation, c'est de penser que, tout en étant moins avancés que les Etats-Unis sur ce point, nous le sommes plus que plusieurs autres nations européennes. En Belgique, sur un total de 103,000 ouvriers de toute espèce employés aux mines de houille en 1883, on n'en comptait pas moins de 13,685 appartenant au sexe féminin. Sur ce nombre 5,500 étaient des jeunes filles au-dessous de seize ans.

Dans ce qu'on appelle ordinairement les métiers de construction, les choses ont bien changé en ce qui concerne le travail féminin, pendant les vingt dernières .innées. En 1861, sur un total de 505,000 personnes employées dans l'industrie de la bâtisse, plus de 2,500 étaient des femmes. Mais en 1881 on ne compte plus que 1,388 femmes dans cette catégorie, sur un total de plus de 666,000 ouvriers. La proportion p. 100 s'est donc abaissée, dans les dernières années, de 0,49 à 0,20.

390 SUPRÉMATIE DE L'ANGLETEHUK.

Bien des lecteurs trouveront étrange que sur un total de ^(J7,000 employés engagés dans la fabrication et la conduite des machines et outils, on ne compte pas moins de 14,000 femmes. Cette occupation exige un travail rude et pénible pour leur sexe, quoiqu'il ne soit pas nécessairement dégradant. Au contraire, quelques-unes des industries mécaniques, l'horlogerie, la fabrication d'instruments de science ou de musique, comportent un haut degré d'habileté et de capacité. Le plus grand nombre des femmes de cette catégorie est classé sous l'en-tète « instruments et outils », savoir 8,925 sur 48,556 ouvriers, après quoi le plus gros chiffre, 1,899 sur 4,864, est placé sous l'en-tête « attirail de jeux et de chasse ». Les 224 femmes employées dans la catégorie d'apparence guerrière de « armes et artillerie » sont sans doute principalement occupées dans les boutiques d'armuriers de petites villes, et on n'a pas à les rechercher dans les fabriques de Woolwich et d'Enfield. Nous pouvons ajouter que le nombre des femmes employées dans la fabrique des machines et outils s'est accru absolument, mais non pas relativement depuis 1861. Sur un total de 117,000 employés on en comptait alors 6,646 du sexe féminin; en 1881, on en compte 9,987 sur un total de 209,000.

Aux Etats-Unis, les femmes ne s'engagent dans les industries mécaniques qu'en très petit nombre. Sur 101,000 personnes désignées comme « mécaniciens » en 1880. il n'y avait pas une seule femme. Sur 13,749 ouvriers en outils et coutellerie, on comptait 'SX3 femmes ; dans plusieurs autres industries similaires, comme ouvriers charrons, poêliers, fumistes, fabricants de grilles, de chaudières à vapeur, île pompes, etc., le travail féminin n'est employé en aucun cas.

Les conditions dans l'Europe continentale, et spécialement en Belgique, en ce qui concerne le travail des femmes, sont bien moins satisfaisantes que celles que nous venons de décrire. Dans ce dernier pays le nombre des hommes,

sur une population de 5,600,000, l'emporte cl.* 52,000.

Mais, sur les 2,786,000 femmes, 961 ,000, ou 34 p. 100 sont employées dans un certain nombre de métiers où l'Angleterre n'en emploie que 26 p. 100. Cette différence devient encore plus remarquable, quand nous constatons que le service domestique et les industries textiles, qui chez nous emploient ensemble 63 p. 100 de la population féminine vivant de salaires, ne donnent du travail en Belgique qu'à 43 p. 100 des femmes ouvrières. La réalité est donc qu'en Belgique les femmes peuvent et doivent s'adonner à des travaux bien plus fatigants que chez nous. On les trouve en nombre dans les industries pénibles de Belgique, comme les hauts-fourneaux, ateliers de machines, fabriques d'artillerie, constructions, etc. ; et pour les travaux que nous sommes tout disposés à regarder comme appartenant presque absolument aux femmes, comme le service domestique, elles sont obligées de subir la concurrence des hommes.

>ious allons maintenant étudier le sujet du travail féminin dans ses relations avec l'agriculture, plus spécialement dans les deux pays que nous avons déjà souvent comparés, l'Angleterre et les États-Unis.

L'agriculture étant l'industrie principale des Etals-Unis, il est naturel de penser qu'on devra trouver, aussi bien en hommes qu'en femmes, dans la partie de la nation qui vit des occupations agricoles, une proportion de la population plus grande que dans tout autre métier, et telle est en effet la réalité. Le nombre total des personnes enregistrées comme employées dans tous les métiers sans exception, en 1880, était de 17,392,000. Sur ce nombre 14,744,000 étaient des hommes, et 2,647,000 des femmes; ainsi le travail féminin représentait environ 15 p. 100 du tout. Le nombre total des ouvriers des deux sexes engagés dans l'agriculture aux États-Unis était de 7,670,060, ou 41 p. 100 de toute la population ouvrière. Mais considérons-nous de plus près les conditions particulières de la population agricole, nous trouvons dans cette catégorie environ 48 p. 100, ou presque la moitié du total des

392 SUPRÉMATIE DE L'ANGLETEUUE.

hommes enregistrés comme employés dans tous les métiers des Etats-Unis, tandis que la population féminine vivant de salaires n'y participe <|ue de 2.'5 p. 100.

Mais une analyse plus serrée des chiffres prouve que la situation de la population féminine agricole des Etats-Unis n'est pas, à beaucoup près, aussi bonne que celle de l'autre sexe, tandis que sur les 7,075, 000 ouvriers agricoles, 4,169,000 occupent la situation de « fermiers ou de planteurs » ou, autrement dit, emploient leur travail ou celui des autres; 56,000 seulement des 594,000 femmes engagées dans l'agriculture occupent cette position. En d'autres termes, on voit que, sur les employés agricoles, laboureurs ou salaries, 19 p. 100 sont des femmes, tandis que sur ceux qui sont désignés comme employeurs ou maîtreslaboureurs, 1,3 p. 100 seulement appartiennent au sexe faible.

Il n'est pas sans intérêt de comparer ces chiffres avec ceux qui représentent la condition des choses, chez nous, c'est-à-dire dans un pays ayant à divers points de vue une situation bien différente.

Le nombre total des personnes classées en 1881, dans le Royaume-Uni, comme engagées dans les opérations agricoles, eny comprenant les jardiniers, était de 1 ,383,000; sur lesquelles 1,318,000 étaient des hommes el 64,800 des femmes. Le nombre total des personnes classées comme exerçant des métiers spécifiés, dans cette même année, étaitde 11,188,000. Ainsi 12 p. 100 seulement du nombre total des ouvriers étaient engagés dans l'agriculture, tandis que nous en avons trouvé il p. 100 aux États-Unis. La proportion des femmes occupées dans l'agriculture anglaise n'était que 5 p. 100 de ce même total gênerai.

Mais quand nous arrivons à diviser ces totaux entre les deux classes principales des « fermiers et herbagers, et tles ouvriers laboureurs », ou voit que 9, S p. 100 des femmes

engagées dans les occupations auxquelles préside Gérés

appartiennent à la première catégorie, el moins de 5 |».

100 à la seconde. Les nombres des employés dans l'agri-

culture seule, non compris les jardiniers, sont les suivants :

Hommes. Femmes.

Fermiers et herbagers 203.329 20.614

Laboureurs, etc 807.008 40.34-6

Totaux t. 010. 937 60.900

D'où il ressort que la proportion du travail féminin au travail masculin dans l'agriculture est beaucoup moindre chez nous qu'aux Etats-Unis.

Cette conclusion est en réalité exacte, mais elle est cependant sujette à certaines explications et modifications qui tendent à limiter sa portée. La plus importante de ces dernières est la différence qui existe dans l'emploi de la population colorée et celui de la population blanche. On nous permettra quelques remarques sur ce point.

Le recensement constate qu'il y avait aux Etats-Unis, en 1880, 6,580,000 noirs, sur lesquels 3,253,000 étaient des hommes et 3,327,000 des femmes; cette population nègre habite principalement les Etats de Alabama, Louisiane, Mississipi, Caroline du Mord, Caroline du Sud et Virginie. La proportion des hommes et des femmes de ces Etats engagée dans les deux principales classes d'occupations, l'agriculture, et les services professionnels et personnels, est indiquée dans le tableau suivant :

AJabama

Géorgie

Louisiane

Mississipi

Cii oline «lu N.

— du S.

Virginie

Totaux. . . .

Page 1