‹ La Suprématie de l'AngleterreChapitre 67 sur 83 · DANS LE SERVICE PERSONNEL · texte numérisé non relu

DANS LE SERVICE PERSONNEL

ET LES MÉTIERS BI'ÉCirlÉS.

Hommes.

Femmes.

Donc, si nous éliminons les principaux Etats employant le service des noirs, au moins en ce qui concerne les deux catégories de l'agriculture el des services professionnels et personnels, le tant p. 100 moyen des femmes employées aux Etats-Unis serait considérablement réduit, car le tant p. 100 moyen du travail féminin s'élève, dans les Etats que nous considérons, de 15 p. 100 à 26 p. 200.

On peut donc dire que, dans l'agriculture des Etats- Unis, le travail féminin n'est guère employé que dans les sept Etals à population noire indiqués ci-dessus, car nous voyons que, tandis que le nombre total des femmes classées comme « laboureurs » dans le pays tout entier est de 534,000, on n'en compte pas moins de 481,000 ou 90 p. 100 du tout, dans le sud. En conséquence l'on peut admettre que dans les Etats du nord et de l'est les femmes ne sont pas appelées, en nombre, au travail des champs, ou que certainement le nombre de celles qui sont ainsi employées est bien au-dessous de celui des femmes engagées dans ce travail en Angleterre, où 5 p. 100 de toute la population ouvrière agricole appartiennent au sexe féminin.

11 nous paraît convenable maintenant d'examiner brièvement l'extension comparative prise par les occupations professionnelles des femmes dans divers pays.

En essayant d'établir une comparaison entre les Etats- Unis et l'Angleterre en ce qui concerne les occupations professionnelles, un fait frappe tout d'abord : en Amérique il semble que les professions dites libérales s'ouvrent avec bien plus de facilité devant les femmes. Eu Angleterre, il n'existe pas un seul exemple d'une femme remplissant les fonctions de minisire religieux régulier, OU de prédicateur, quoiqu'on en compte i ,060 comme lectrices de l'Ecriture sainte, etc.; mais aux États-Unis, sur 64,533 « clergymen » 165 femmes sont classées comme étant réellement des ministres du culte. Puis encore, en ce qui concerne la médecine, sur un total de 15,091 médecins en Angleterre, nous trouvons que 25 femmes seulement sont indiquées comme exerçant actuellement la profession mé-

dicale, comme médecins ou chirurgiens, tandis que 2,432 sur un total de 83,239 remplissent ces fonctions aux États-Unis. Dans l'éducation des enfants, les femmes sont ulilisées en bien plus grand nombre que les hommes, aussi bien aux États-Unis que chez nous, mais comme la proportion des institutrices est de 70 p. 100 du total général en Angleterre contre 67 p. 100 aux États-Unis, il s'en suit que les femmes sont encore plus utilisées ici que là-bas, pour ce service. Si nous arrivons aux professions plus strictement littéraires, il semble que le nombre de ceux qui gagnent leur vie à l'aide de la littérature soit bien plus grand aux États-Unis que de ce côté-ci de l'Atlantique.

Les comptes rendus du recensement en Angleterre et dans le pays de Galles portent un total de 6,121 personnes des deux sexes dans cette catégorie contre un total de 13,151 personnes classées de même aux États-Unis. Mais le nombre des femmes qui y sont comprises eslproportiounellemcnt plus élevé en Angleterre où on en compte 467, qu'aux États-Unis où l'on en inscrit 608.

S'il est une classe d'emplois pour laquelle les femmes soient plus aptes que pour toute autre, par leurs goûts et leurs qualités, c'est probablement la carrière des bureaux. Dans celte carrière le travail est léger et facile, la durée n'est généralement pas exagérée, et si la rémunération est habituellement minime, elle est cependant aussi élevée que dans la plupart des autres carrières ouvertes au sexe féminin. Aux États-Unis, les employés dans les bureaux généraux et ceux du gouvernement, les hôtels, les magasins, forment une armée de 406,000 commis, sur lesquels 27,581 ou. 6,6 p. 100 sont des femmes. Pour l'Angleterre et le pays de Galles, les tables du recensement divisent cette classe en service civil et commis commerciaux. La première catégorie comprend en tout 25,568 personnes, sur lesquelles 3,216 ou 12 p. 100 sont du sexe féminin. Dans la seconde, le nombre total est de 181,475, dont 5,989 seulement, ou 2,7 p. 100, sont des femmes.

Evidemment d'après ces chiffres le gouvernement

SUPRÉMATIE DE L'ANGLEÏlilUŒ.

(cl spécialement les directeurs des postes) encourage l'emploi des commis féminins plus que le public en général. Il n'est peut-être pas surprenant, non plus, au moins pour ceux qui savent à quel prix infime le travail d'un commis peut être assuré, que les femmes ne s'emparent pas de ces positions plus rapidement encore. Néanmoins le travail féminin a fait des progrès même dans ce champ déjà bien trop encombré par les hommes. En 1861, sur un total de 55,657 commis de commerce, 274 seulement, ou 0,5 p. 100, étaient des femmes ; il y en a eu 2,7 p. 100 en 1881; dans les services civils le nombre des employés féminins a passé dans la même période de 1,822 à 5,989. Sur le continent, le travail féminin a pris bien moins d'extension dans les emplois professionnels qu'en Angleterre ou aux États-Unis. En France, on ne trouve que 151,000 femmes ainsi employées, soit 0,92 p. 100 de toute la population ouvrière comprenant les hommes et les femmes; en Prusse 124,000, ou 1,1 p. 100; en Autriche le nombre indiqué est seulement 28,500 ou 0,25 p. 100 de la population ouvrière; en Russie et en Turquie la proportion des femmes ainsi employées est encore plus petite, tandis que la proportion de celles qui sont occupées aux travaux manuels s'élève à un chiffre plus considérable.

Le tableau suivant du nombre total des femmes engagées dans les occupations industrielles, relativement au nombre total des employés des deux sexes de cette même catégorie dans les principales contrées du monde, est intéressant à cet égard.

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Les faits et les chiffres rassemblés dans ce chapitre ont une signification précise. Ils montrent que l'Angleterre occupe une position intermédiaire cotre les Etats-Unis et le continent européen quant au nombre des femmes employées dans les occupations industrielles, justement comme elle est placée à mi-chemin entre ces deux extrêmes pour le taux, moyen des salaires payés au travail industriel, sans qu'il y ait une corrélation bien évidente entre ces deux faits. Ils prouvent aussi qu'il reste beaucoup à modifier dans notre pays pour l'utilisation du travail féminin. On ne saurait accepter comme une condition satisfaisante que le travail féminin soit employé dans 2rt p. 100 des industries inscrites aux tableaux de notre recensement, tandis qu'il n'est utilisé que dans 7 p. 100 des industries pratiquées de l'autre côté de l'Atlantique. Que l'Angleterre tende à diminuer l'emploi du travail féminin dans les métiers pénibles et à se rapprocher ainsi de son illustre descendant transatlantique, c'est ce qui a été suffisamment démontré parles considérations invoquées. Son efficacité et sa supériorité industrielles seront-elles atteintes à un degré quelconque par cette réforme, c'est ce qui reste à déterminer. Parmi les nombreuses industries pratiquées également dans les deux pays, il y a de bonnes raisons d'admettre qu'il en est quelques-unes que l'Angleterre exerce plus économiquement en raison de l'utilisation plus étendue du travail féminin. Cette remarque est particulièrement applicable aux industries textiles, dans la plupart desquelles les femmes peuvent rendre des services tout aussi efficaces que les hommes, tout en recevant une rémunération bien moindre (1). Mais elle s'appliquerait probablement avec

(1) La Belgique peut être citée comme exemple de l'incapacité d'un pays qui emploie les hommes en majorité dans les industries lextiles, à rivalise!- avec les contrées où domine le travail féminin. En Belgique sur 8s,:;-J2 personnes des deux sexes engagées dans l'industrie cotonnière, 26,642 seulement, ou 20 p. 100 du total, étaient des femmes d'après le recensement de I88i.Hn Angleterre, au contraire, le nombre des femmes s'élevait à 355,523, sur un total de :;8f>,470 nu 60 p. 100

moins d'exactitude à d'autres industries, spécialement aux mines et aux industries mécaniques, où la force musculaire et la résistance à la fatigue sont des facteurs importants dans la détermination de l'efficacité relative. A un point de vue général il n'est pas douteux que l'extension de L'emploi du travail féminin tend à réduire le taux moyen des salaires. En France et en Autriche, où les femmes sont employées plus généralement qu'en Angleterre et aux Etats-Unis, Je travail reçoit en général une rémunération moins élevée, et les salaires tombent au taux le plus bas dans les Etats où les femmes sont utilisées en plus grande proportion dans les travaux industriels. Mais jusqu'ici l'Angleterre n'a été atteinte à aucun degré matériel par suite des considérations ci-dessus exposées. En dépit du taux généralement plus éle\é des salaires dans notre pays, et de l'emploi plus restreint du travail féminin relativement au travail masculin, nous ne sommes pas aussi menacés dans notre suprématie par les pays qui font appel au travail des femmes, que par des contrées nouvelles, qui en font un moindre usage, et où la moyenne des salaires est plus élevée que dans le nôtre.

du nombre lolal des employés dans l'industrie du colon, en 1881 ; aux États-Unis, sur un lotal de 100,771 engagés dans la même industrie, 91,479, ou ii3 ]>. 100 appartenaient au sexe féminin. 11 semble juste de supposer que pour la Belgique, où le travail est si peu cher, un emploi plus étendu du travail féminin permettrai! à ce pays de prendre une situation bien plus élevée dans le commerce des cotons.

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