CHAPITRE XXIV
u Le caractère de l'Anglais moderne reflète la constitution anglaise en ceci, qu'il abonde en paradoxes, qu'il possède toutes les forces, mais y joint toutes les faiblesses, qu'il semble alternativement s'élever bien au-dessus ou s'abaisser bien au-dessous du niveau moral moyen de l'humanité, qu'il mérite toutes les louanges ou tous les blàmesselon qu'il estconsidéré sous l'un ou l'autre de ses nombreux aspects, et que c'est malgré beaucoup de défauts et d'erreurs que le peuple du Royaume-Uni a établi déjà ou établira son droit à être reconnu, parmi les enfants des hommes, comme le fils aine d'une race impériale. » W. E. Gladstone.
« L'ambition de créer de la valeur met en oeuvre toutes les facultés ; le gouvernement devient une corporation industrielle, et chaque maison se transforme en fabrique. La tendance invincible vers la création d'utilités ne permet pas au talent de rester caché — elle enseignerait à l'araignée, si cela était possible, à tisser des bas de soie. In Anglais, qui ne mange et ne boit pas plus, ou pas beaucoup plus, qu'un autre homme, travaille trois fois autant d'heures dans le cours d'une année qu'un autre Européen; sa vie, comme travailleur, vaut trois vies. 11 travaille vile. Tout en Angleterre se fait rapidement. Les Anglais ont accru l'efficacité de leurs efforts personnels par la création de ce merveilleux outillage de machines qui distingue ce siècle de tous les autres. » 11. W. Eubrson.
Après la possession des ressources naturelles de premier ordre, il n'\ a pas de l'ait qui exerce une influence plus puissante sur l'état industriel dune nation que l'efficacité comparative de son travail. Le « travail efficace » implique un certain nombre de qualités indépendantes de la simple dextérité dans les manipulations ou de l'aptitude
à remplir des tâches pénibles. 11 s'identifie dans une large mesure avec la haute intelligence, l'habileté technique, la force physique, la ténacité, la sobriété, le désir et la faculté d'exceller, qualités qui doivent être favorisées par une bonne administration, une subdivision minutieuse et méthodique du travail, par les machines les plus perfectionnées, un capital suffisant pour assurer la production en grand, et de nombreux éléments de moindre importance qui contribuent à l'économie de la production.
Cette énumération incomplète des conditions essentielles de l'efficacité des opérations industrielles suffit pour montrer qu'une comparaison entre l'efficacité du travail de différents pays n'est pas une chose aussi simple qu'elle le paraît tout d'abord. Un pareil problème est si réellement compliqué que, à supposer qu'il ait jamais été résolu, il ne l'a jamais été d'une façon satisfaisante. Aucune solution ne peut pénétrer au cœur du sujet si elle ne lient pas compte des différences économiques, qui distinguent toujours un pays d'un autre, comme le taux des salaires, et la quantité des choses nécessaires à la vie que ces salaires sont capables de procurer. Après l'influence d'un climat fortifiant et agréablement tempéré, il n'est pas de circonstance qui affecte plus favorablement l'efficacité comparative du travail qu'une alimentation saine et substantielle. Celte condition se rencontre plutôt dans le nord et l'ouest de l'Europe que dans l'est et le sud et cela seul suffit pour expliquer les difiérences de force physique que constate l'observation; mais le climat trop brûlant contribue peutêtre plus puissamment encroe que l'insuffisance delà nourriture à rendre le travail inefficace ; cette dernière n'est souvent, en vérité, que le corollaire de l'autre. Il résulte encore de ces faits que les habitants des pays du nord ont une immense supériorité sur ceux du sud. « En traversant les contrées méridionales de l'Europe, » dit Gilbart (1), « on trouve des terres mal cultivées, des marais qui s'éten-
(1) Lectures et essais, vol. Il, p. 357.
dent sur des surfaces où croissait autrefois le blé; les avantages naturels sont négligés; on voil des rivières sans ponts, des baies sans navires, des provinces sans routes, des villes sans industrie. L'homme reste inactif, anéanti sous un soleil accablant. Trop indolent pour entreprendre un travail quelconque, en dehors de celui qui est nécessaire pour soutenir simplement l'existence, il estime que les jouissances de la vie ne valent pas les efforts qu'il faut faire pour les obtenir. » Seaman appelle L'attention sur le même phénomène quand il dit (1) : « Le manque d'éducation industrielle et les habitudes d'indolence et d'imprévoyance ont toujours été, chez presque toutes les tribus indiennes et les nations de l'Amérique, des obstacles insurmontables au progrès, de quelque nature qu'il soit; et ce sont les mêmes causes qui ont entravé les progrès de toutes les populations qui vivent sous la zone torride. >* 11 n'est pas nécessaire de multiplier davantage les citations à ce sujet.
Les plus puissantes nations du monde sont généralement situées dans la zone tempérée, et aucune d'elles ne peut se vanter de posséder une supériorité marquée sous le rapport du climat. Il y a en vérité, pour le taux des salaires payés au travail, des différences très considérables entre telle ou telle contrée, par exemple entre le Royaume-Uni et les États-Unis; mais ces différences de salaires ne coïncident en aucune façon avec la somme plus ou moins grande de bien-être dont on jouit dansces divers pays. Si on forme un groupe de quatre ou cinq grandes nations industrielles, avec les Etats-Unis à une extrémité et la Belgique à l'autre, on trouvera probablement, au point de vue de l'efficacité du travail, que l'alimentation assurée par la rémunération du travail ne varie pas suffisamment en nature et en quantité, pour expliquer d'une manière satisfaisante les différences qui se produisent incontestablement dans les résultats de l'activité industrielle. Un artisan anglais consommera probablement dans le cours d'une année un tiers
i Progrès des nations, seconde serin, p. 19.
ou un quart de viande de bœuf ou de mouton de plus qu'un habitant de Ja même classe dans l'un des autres pays mentionnés; mais il est très douteux qu'on puisse admettre que cette différence produise un effet suffisant, pour expliquer la plus grande diligence à l'ouvrage de bon nombre d'ouvriers, et la plus grande efficacité du travail du plus grand nombre.
Arrivés à ce point du sujet, nous devons nous efforcer de trouver une solution à un double problème qui se pose ainsi :
1° Quelles sont les différences caractéristiques dans l'efficacité comparative du travail des diverses nations industrielles?
2° A quelles causes spéciales peut-on attribuer ces différences caractéristiques?
11 est manifeste que ce n'est que par l'examen détaillé et consciencieux de tous les renseignements nécessaires pour élucider la seconde question que la première peut être résolue. Ces renseignements ne se trouvent pas sans recherches, llssont, pour la plupart, profondément enfouis dans les livres de comptabilité des grandes manufactures, ou ensevelis dans les rapports consulaires; et quand on les a découverts, ils ne peuvent être utilisés que par des hommes spéciaux qui doivent, pour que leur étude ait une certaine valeur, être plus ou moins complètement familiarisés avec \cs conditions du travail et des salaires dans les différents pays. Pénétré du sentiment de la nature délicate de celte investigation et des qualités particulières qu'elle réclame pour avoir quelque valeur, nous désirons ne parler qu'avec la plus grande circonspection, quoique ce sujet ait absorbé une part importante de notre attention pendant de nombreuses années.
Par quelles mesures d'évaluation tenterons-nous d'estimer la valeur comparative du travail, et à quel étalon la ramènerons-nous? C'est à peine si deux espèces de travail peuvent être soumises au même critérium. Le gravait agricole exige évidemment la force physique, une connaissance spéciale des procédés de la culture, et une application per-
m-v crante. Le travail manufacturier, en prenant pour type l'industrie du coton, est plutôt une affaire de dextérité manuelle et de pratique incessante: Le travail des mines nécessite surtout une grande force de résistance physique, unie à un degré plus ou moins marqué d'adaptabilité a une position spéciale pour exécuter le travail requis. La valeur du travail de l'ingénieur résulte en partie de l'habileté technique; en partie d'une longue élude de l'art d'adapter les moyens au but. L'efficacité du travail dans L'horlogerie, l'optique, et d'autres industries, que l'on pourrait compter par centaines, provient surtout des connaissances techniques et de l'habileté manuelle. Il en est de même des autres occupations. Parmi les nombreuses qualités qui concourent à l'efficacité du travail, chacune se manifeste à un degré différent selon la nature de ce travail. 11 ne serait possible, en conséquence, de déterminer l'efficacité comparative du travail que dans les cas où les mêmes occupations existeraient dans la même proportion, et avec des conditions exactement semblables dans différents pays; comme une telle uniformité ne se produit pas, et ne peut pas se produire, il en résulte qu'au seuil même de l'enquête, on se trouve arrêté par des obstacles presque insurmontables, si même ils ne le sont pas entièrement.
Ces considérations répondent justement, quoique peutêtre d'une manière incomplète, à ceux qui ont l'habitude de généraliser dans la plus large mesure possible, en fixant la râleur comparative dune quantité de travail déterminée dans divers pays; Evidemment de telles généralisations n'ont aucune portée dans la plupart des cas. Gomme personne ne peut apprécier exactement les conditions variables du travail dans chacune des mille industries établies maintenant dans les pays civilisés, de même personne ne peut juger avec autorité, sauf dans une limite bien restreinte, de la valeur comparative de ce travail. Ouand on demandait à Socrate ce qu'il pensait des œuvres d'Heraclite, il répondait : « Je trouve excellent ce
que j'en comprends; en conséquence, j'en conclus que la partie que je ne comprends pas doit être excellente aussi. » Le principe qui guidait le philosophe grec est le seul qui puisse être appliqué sûrement au sujet qui nous occupe; mais l'application ne doit pas en être invariable, et doit évidemment être soumise à de nombreuses restrictions. L'oubli de celte règle a fait commettre de grandes injustices à l'égard du travail anglais; injustices dans l'exaltation de ses mérites aussi bien que dans la condamnation de ses défauts. L'artisan anglais n'est ni le prodige de vertu, ni le type d'incapacité et de vice que l'on a représenté.
Quelque environnée de difficultés et de circonstances variables que soit nécessairement notre investigation, il existe cependant quelques caractères à l'aide desquels l'efficacité comparative du travail dans divers pays peut être approximativement déterminée, pour un nombre limité d'occupations industrielles. L'agriculture, qui occupe la plus grande partie de la population de toutes les nations modernes, ne se trouve pas dans cette catégorie. Une des plaintes les plus fréquentes, c'est que le travail du cultivateur devient de moins en moins efficace, et on a attribué, en grande partie, notre crise agricole à cette circonstance. Mais il s'est produit un si grand changement dans les conditions de la culture depuis une cinquantaine d'années, que toute comparaison entre le travail accompli à chacune des deux périodes par un cultivateur de moyenne habileté ne peut manquer d'être erronée, malgré l'étude la plus scrupuleuse. Cette comparaison s'établirait non entre le travail de la bêche et celui de la bêche, le travail du fléau et celui du fléau, le travail de la faucille et celui de la faucille, mais entre le travail manuel et celui de la charrue à vapeur, entre le fléau et la machine à battre perfectionnée, la faux et la moissonneuse-lieuse, enfin enlre des instruments qui accomplissent leur œuvre dans des conditions entièrement différentes aussi bien sous le rapport de la méthode que des résultats. Nous n'atteindrions pas davantage le but que nous poursuivons, eu
divisant la superficie arable de chaque pays, <>u la quantité cl la valeur îles produits obtenus, par le chiffre de la population qui, d'après les tableaux <lu recensement, était engagée dans l'agriculture à chacune des deux époques comparées. Dans quelques pays, dans le notre par exemple. la culture des céréales nécessite une grande dépense de travail manuel, pour le drainage, les clôtures, la fumure des terres, le sarclage, etc., en dehors du simple travail de la semaille et de la récolte, qui, dans certaines contrées, constitue presque la totalité des efforts exigés. Quand, en conséquence, nous énonçons ce l'ait, que le nombre d'ouvriers employés à L'agriculture dans ce pays est, relativement à la superficie cultivée, presque le double de celui qui est employé aux Etats-Unis, on ne doit pas en conclure nécessairement que le travail du cultivateur américain vaut deux fois celui de son congénère anglais. Le prix élevé de la main-d'œuvre, pour commencer par cette considération, oblige le fermier américain à se servir dans la plus grande mesure possible des machines épargne-travail, de sorte que la différence apparente dans l'efficacité du travail peut être, et est sans doute, due entièrement à ce fait. Si nous pouvions comparer le travail accompli pendant une période de temps considérable au moyen de machines parfaitement semblables, sur un sol d'une nature identique, dans les mêmes conditions de climat et de récolte, uous posséderions les éléments nécessaires pour prononcer un jugement équitable ; autrement, ce jugement est impossible. Il existe quelques industries importantes, communes a tous les pays civilises, et qui ne présentent pas les difficultés spéciales de comparaison qui viennent d'être indiquées pour l'agriculture. Telles sont les manufactures, Icn houillères, les fonderies, les usines métallurgiques et une ou deux autres industries. Mais, comme L'auteur l'a démontré dans une brochure lue en ÎSM devant la Société de statistique (1), il existe des conditions particulières à
(1) De l'efficacité comparative et des bénéfices 'ht travail i'n Angleterre et a l étranger.
chaque nation qui la différencient de toute autre, et qui nous obligent, en conséquence, à n'accueillir des conclusions générales qu'avec la réserve déjà recommandée. Ainsi, dans la production houillère, l'Amérique est supérieure à l'Angleterre sous le rapport de la quantité extraite quotidiennement ou annuellement par homme employé, tandis que l'Allemagne et la France restent loin derrière nous. Cette conclusion est-basée sur la division du chiffre représentant la quantité totale du minéral extrait, par le nombre des ouvriers employés à l'extraction, et, comme opération, rien ne saurait être plus exact. Mais néglige-t-on de prendre en considération le fait que la houille américaine est plus facile à extraire que la houille anglaise, et que les mineurs de Philadelphie travaillent pendant un plus grand dombre d'heures qne les mineurs anglais, on s'expose à méconnaître la cause de l'apparente supériorité des premiers au point de vue de l'efficacité du travail, et la mesure dans laquelle y contribue leur plus grande habileté ou leur plus grande énergie, si toutefois ils possèdent ces qualités à un plus haut degré. De même, l'infériorité supposée des mineurs allemands et français est due probablement moins à une moindre capacité de travail qu'à une moindre épaisseur des bancs et à une plus grande difficulté d'extraction du minéral. Tout en reconnaissant l'influence que ces circonstances et d'autres encore peuvent exercer, il n'est pas sans importance de constater que, soit à cause de la plus grande efficacité du travail de nos mineurs, soit à cause des gisements plus favorables et de l'épaisseur plus considérable des lits de houille, ou pour d'autres raisons, moins faciles à discerner, la moyenne de production du mineur anglais est plus ('levée que celle de tous les autres mineurs du monde, les mineurs américains seuls exceptés. La même supériorité dans les résultats obtenus se manifeste dans l'extraction du minerai de fer; la moyenne de production des ouvriers anglais étant, pour une période donnée, plus élevée que celle de tous les antres ouvriers, excepté du petit nombre de travailleurs
employés dans les mines du Luxembourg, où le produit considérabte est dû à la facilité extrême de l'extraction. Dans les manufactures, en outre, les ouvriers anglais, soit qu'on évalue leur travail par le nombre de broches qu'ils surveillent, soit par la quantité de iil qu'ils obtiennent, donnent, par employé, un résultat bien supérieur à celui des ouvriers des autres pays. Mais on ne doit pas grossir la portée de ce l'ait, car, quoiqu'il y ait de bonnes raisons de croire qu'au point de vue de la simple habileté mécanique, l'ouvrier anglais est supérieur à tout autre, l'étendue de cette supériorité doit élre déterminée par des considérations qui ne peuvent être appréciées aussi aisément (pie Je nombre des broches ou la quantité moyenne de matière ouvrée obtenue; — par exemple la qualité ou la finesse comparative du produit I .
Quel qu'ait élé dans le passé le degré réel de supériorité du travail anglais, celte supériorité est sans aucun doute due, en grande partie, au plus grand perfectionnement, et à l'extrême variété des appareils de notre outillage mécanique, comme aussi au meilleur dressage, et à la connaissance plus complète des procèdes techniques que nos artisans ont pu acquérir en raison de ces avantages. Mais ce sont là des qualités dont nous ne pouvons pas conserver le monopole. Tout indique au contraire (pie nos rivaux étrangers étudient minutieusement les causes de notre supériorité sous ce rapport, et cherchent à nous égaler.
Nous trouverons en Allemagne nue preuve évidente de ce t'ait. « Il y a trente ans, l'Allemagne économique, comparée à l'Angleterre, n'existai! pas; mais si nous établissons maintenant un parallèle entre l'industrie anglaise et l'industrie allemande, nous trouvons que les progrès de cette dernière ont élé véritablement merveilleux. Pendant toute cette période, les Allemands ont suivi les Anglais pas à pas, important leurs procédés et leur outillage, enga-
(1) On trouvera des chiffres sur ce sujet dans un mémoire que l'auteur a lu devant la Société de statistique en décembre 1884
géant, quand ils le pouvaient, les meilleurs ouvriers des fabriques les plus importantes, s'appropriant nos méthodes et notre organisation industrielle; mais en outre ils donnaient une attention spéciale à un sujet dont les Anglais ne se sont guère occupés : « l'instruction technique ou scientifique de leurpopulation ». La croyance générale, c'est que le service militaire obligatoire en Allemagne est pour l'industrie de ce pays une entrave permanente, mais « le jeune homme reprenant son travail à vingt-trois ans peut très rapidement regagner ce qu'il a perdu, et se trouve dans de meilleures conditions qu'un homme de cet âge qui n'a pas fait de service. Le service militaire enseigne l'ordre, la régularité, la discipline, et l'art de rendre efficaces les efforts combinés » (1).
Au point de vue de la capacité de travail, on affirme que « les Allemands ne font pas autant d'ouvrage que les Anglais; mais ils sont généralement plus dociles, plus intelligents et plus dignes de confiance que ceux-ci. Ils sont sobres. Les pertes de temps qu'entraîne la boisson leur sont presque inconnues » (2). On prétend que les irrégularités visibles dans la conduite môme des meilleurs travailleurs anglais n'existent pas chez les Allemands. Berlin était autrefois une cité d'ivrognes, mais on affirme que ce vice n'existe plus parmi ses habitants, et on attribue cette amélioration à l'éducation. Les progrès accomplis en Allemagne ont été de même réalisés, avec plus ou moins de succès, par la Belgique, la France et la Suisse.
Nos compétiteurs étrangers n'ont pas seulement cherché à rivaliser avec nous sous le rapport des procédés les plus économiques et du perfectionnement des machines industrielles. Ils ont poursuivi un autre but, et, suivant une remarque déjà faite, ils nous ont dépassés dans la connaissauce technique des arts et des principes sur lesquels repose essentiellement l'industrie en général. Il est maintenant hors de doute que l'éducation technique des artisans étran-
(i) Rapports de la commission royale de l'Instruction technique. .' Idem.
gers est généralement supérieure à celle des nôtres. Ce fait esi affirmé avec une insistance décourageante à presque chaque page du rapport des commissaires royaux pour l'instruction technique; on y lit : « Quoique les spécimens • les manufactures du continent, à L'Exposition internationale de Paris en 1878, nous eussent indique de grands progrès, nous n'étions pas prépaies a voir le remarquable développement des ressources naturelles, ni la perfection des établissements industriels que nous trouvons actuellement en France, en Allemagne, en Belgique et en Suisse. L'étranger fabrique maintenant beaucoup de machines de toute sorte égales au point de vue de la qualité et de l'usage à celles île notre pays; dans beaucoup de cas, elles sont égales aux nôtres comme fini et comme efficacité, et elles sont souvent adaptées au travail des manut'acluresavec autant d'habileté et d'intelligence qu'en Angleterre. »
Les commissaires royaux, cependant, ne s'en tiennent pas à ces considérations. Ils ajoutent que dans quelques branches de l'industrie, surtout dans celles qui demandent une connaissance approfondie de la chimie organique — telles par exemple que la préparation des couleurs artificielles extraites du goudron minéral, l'Allemagne a pris incontestablement li1 premier rang.
« L'introduction, par Solway, de Bruxelles, du procède ammoniacal dans les manufactures de soude, et l'application allemande du strontium dans les raffineries de sucre ont marqué le début d'une nouvelle ère pour ces industries. Relativement à la production économique du coke, nous ne faisons que suivre lentement les traces de nos voisins du continent; les expériences faites en France pendant plus d'un quart de siècle dans le but de recueillir dans cette opération le goudron minéral et l'ammoniaque n'ont attiré notre attention que dans ces derniers temps,
« La ventilation des mines profondes au moyen de pompes aspirantes a été perfectionnée en Belgique avant de l'être en Angleterre, et quoique notre système de puits tubulaires ait, pendant bien des années, servi de modèle
aux autres pays, l'étranger y a introduit des améliorations ({ne nous adoptons maintenant avec profil.
« Les cours d'eau qui abondent en Suisse et dans d'autres contrées montagneuses sont utilisés comme force motrice au moyen de turbines qui fonctionnent d'une manière irréprochable. L'exportation que Yerviers fait en Ecosse de fils de laine qui ont été cardés et tissés par des machines de fabrication anglaise, avec des laines provenant de l'Amérique du Sud, qui autrefois se vendaient à Liverpool et à Londres, mais pour lesquelles Anvers est devenu le principal marché; cette exportation offre un exemple d'un commerce spécial du aux soins minutieux, intelligents et persévérants apportés aux détails; le bon marché du travail dans les manufactures belges aide au maintien actuel de ce commerce spécial.
« Le commerce des rubans de Baie, celui des velours et soieries en tous genres de Crefeld, les fabriques de tissus mélangés de Chemnitz, sont des industries récemment établies ou transformées, qui, au double point de vue de la hardiesse de l'entreprise ou de l'heureux succès des résultats, ont été rarement dépassées dans notre pays par des créations analogues. Et il n'est pas inutile de rappeler ici que, si l'instruction technique de nos rivaux du continent a pu, dans une certaine mesure, leur permettre d'entrer en concurrence avec nous sur leurs marchés nationaux, sur ceux des neutres, et même parfois jusque sur les nôtres, ils doivent en grande partie leurs succès à un labeur plus patient, à une adaptation plus souple, à une économie plus serrée, et aussi à l'instruction générale, à la connaissance des langues modernes et de la géographie économique que possèdent ordinairement les manufacturiers du continent.
'< Mais, quelque grands qu'aient été les progrès des pays étrangers, et quelque active que suit leur concurrence dans certaines branches industrielles importantes, nous pouvons sans hésiter dire avec une conviction que nous croyons partagée par les manufacturiers du continent eux-mêmes, qu'au point de vue général de l'art de construction et de
l'exploitation des principales manufactures, notre peuple peste ;ï la tête du monde industriel. »
Les exemples qui viennent d'être cités portent, il est vrai, plutôt sur les autres conditions d'efficacité de production économique que sur les efforts individuels du travailleur: mais l'efficacité absolue du travail ne provient pas seulement de la capacité physique d'accomplir une tâche déterminée dans un espace de temps donné. Dans l'économie des manufactures modernes, ce n'est même pas celle qualité i|iii est la plus nécessaire.
Mais s'il montre que les nations étrangères font des progrès, le rapport de la commission royale d'instruction technique cite plusieurs exemples frappantsdc la supériorité dont jouit encore l'Angleterre au point de vue industriel. Il établit que dans certaines manufactures du continent l'outillage est entièrement d'importation anglaise, et, en ajoutant les droits d'entrée, les frais de transport et d'installation au prix d'achat, le prix de revient final est d'environ 25 p. 100 plus élevé que dans le Lancashire. 11 cite aussi de nombreux cas dans lesquels de grands manufacturiers du continent rendent témoignage de la supériorité du travail anglais. Un grand industriel de Gand pensait que « de bons ouvriers anglais peuvent faire dans le même espace de temps un travail de 20 p. 100 plus considérable que des Français ou des Allemands. Les Anglais ont plus d'énergie et tiennent à la besogne plus longtemps. Ils possèdent une plus grande force physique. En outre, les industries mécaniques sont ordinairement plus concentrées en Angleterre et les Anglais s'alimentent mieux et plus copieusement que hoirs rivaux du continent. »
Presque tous les pays dont les ressources naturelles ou les industries ne sont qu'imparfaitement développées fournissent des exemples de la haute valeur attribuée au travail anglais. Souvent ces pays attirent des ouvriers anglais dans le but d'initier les populations indigènes aux méthodes et aux procédés anglais, mais ils les retiennent à cause de leur incontestable supériorité, même quand l'éducation de leur
population ouvrière est aussi complète que possible. A Fodos Santos. à Valence, au Brésil, un certain nombre de jeunes tilles anglaises travaillent côte h côte avec des jeunes tilles indigènes, mais tandis que les jeunes filles du pays ne surveillent que deux métiers, et ne gagnent que de 4 à 18 sehellings par semaine, les ouvrières anglaises en dirigent trois et gagnent de 17 à 30 schellings pour la même durée de travail, outre la nourriture et le logement (1). Gallenga offre un témoignage analogue relativement aux. salaires plus élevés payés en Russie (2) aux artisans et ouvriers de manufacture anglais. 11 est naturel que le travail anglais soi t ex traordi nai renient rémunéré tant qu'il sert à enseigner ses procédés, mais on l'abandonnerait quand l'instruction est complète, s'il n'était pas bien avéré qu'il mérite la haute paye accordée invariablement à sa plus grande efficacité. Quoique les différences d'efficacité comparative du travail chez les divers peuples doivent se chercher surtout dans les occupations qui demandent un certain degré d'habileté technique, telles que les industries manufacturières, ces différences ne se manifestent pas exclusivement dans ces branches de l'activité humaine. On peut, au contraire, les reconnaître dans la culture du champ le plus ordinaire, quel que soit d'ailleurs l'avantage dû à l'emploi plus ou inoins étendu des machines. 31. Porter a clairement démontré ce fait, et établi que dans la Grande- Bretagne, en 1881, 1,000 individus consacrés à l'agriculture assuraient l'alimentation de 3,174 personnes, euxmêmes compris; tandis qu'en Irlande 1,000 individus employés au même travail ne nourrissaient que 1,522 personnes, eux-mêmes compris. M. Porter a soin de modilii'i- ses calculs en tenant compte des produits agricoles exportés d'Irlande et importés dans la Grande-Bretagne; sans cette modification on trouverait que le travail de 1,000 personnes employées a la culture dans la Grande- Bretagne équivaut à celui de 2,030 personnes occupées de
M) Rapports commerciaux des '-'insuls <!>' Sa Majesté, n° 37. 1884. (2) Utu excursion d'été ta Russie.
la même façon en Irlande; mais mémo en admettant ces restrictions, la différence dans L'efficacité du travail est très considérable, en dehors d'ailleurs des différences de fécondité des terrains, el des secours fournis à la culture par les machines (L).
On peut, jusqu'à un certain point, considérer les mots efficacité du travail » ei ■ régularité des occupations » comme des termes équivalents. La régularité des occupations contribue évidemment dans une grande mesure à 1 efficacité générale du travail. Ouelquefois les interruptions du travail sont causées par le manque de matière première, la rareté des commandes, ou par d'autres événements qui échappent complètement au contrôle du travailleur. Ouelquefois ce sont les travailleurs eux-mêmes qui sont responsables du chômage (2). A d'autres moments encore ce sont ces différentes causes réunies qui réduisent d'une manière plus ou moins sérieuse le nombre des jours d'œuvre de Tannée. A ce point de vue, les travailleurs n'ont pas toujours une égale responsabilité. Dans les pays catholiques, particulièrement dans l'est de l'Europe, les solennités religieuses et les fêtes occasionnent de fréquentes pertes de temps. Saint Lundi encourt à cet égard de graves reproches dans le Royaume-Uni. Mais il y a dans tous pays un important prélèvement sur le temps ouvrable. pendant lequel aucun travail n'est fait. Les Etats-Unis fournissent peut-être un des meilleurs exemples de régularité du travail que l'on puisse citer. Les jours fériés reconnus y sont rares, espacés, et la population ouvrière se distingue généralement par son assiduité et sa sobriété. Mais même aux Etats-Unis, pour un travail tel que celui des houillères,
(1) Progrès de la nation.
(•2) La disette de bouille qui s'est produite en l*7;f dans notre pays a élé incontestablement le résultai de la diminution du travail des mineurs. Les rapports officiels des inspecteurs des mines démontrent que si chaque mineur employé pendant cette année avait donné une moyenne semblable à celle de 1883, la quantité de houille extraite aurait été de 33 millions de tonnes plus considérable, ce qui eùl rendu toute disette de bouille impossible.
dont la régularité est si facile a assurer, on assure que le nombre moyen de jours pendant lesquels ont travaillé les mineurs employés dans un des principaux districts, celui de Wilkes-Barre,enl883,ne s'est élevé qu'à 228; soit 26 p. 100 de moins que le nombre total des jours ouvrables (1).
De tous ces faits, il résulte que relativement au temps employé au travail pendant une période déterminée, il existe entre les diverses nations moins de différences qu'on ne le croit communément. En Angleterre, le nombre des heures de travail est moindre que dans tout autre pays de l'Europe, mais comme dans presque toutes les autres contrées européennes les jours fériés sont plus nombreux, les conditions tendent à s'égaliser. Mais, en mettant de côté cette considération, il est à peine nécessaire d'ajouter que l'efficacité du travail ne doit pas être mesurée seulement, ou même principalement par le nombre d'heures ouvrées. Si on admettait ce critérium l'Angleterre serait très probablement classée au dernier rang. Mais, quelle que soit sa durée, le travail anglais est plus tenace, plus assidu et plus productif.
Il faut encore rappeler qu'il n'existe rien de semblable à « une supériorité uniforme » ou une différence moyenne d'efficacité dans une industrie particulière quelconque, et moins encore dans les industries considérées dans leur ensemble. Aucune usine du monde n'a probablement, pendant deux années, donné le même produit moyen par ouvrieremployé. D'une année à l'autre, le produitsubit des variations considérables, indépendantes de causes spéciales telles que les grèves, les crises, ou la pénurie de commandes. Si, par exemple, on divise la quantité de houille extraite par le nombre d'ouvriers employés à ce travail dans un district particulier, ou une contrée, pendant une période de plusieurs années, on trouve que la moyenne de production par ouvrier varie considérablement d'année en année. Un meilleur exemple encore est fourni par une
i Rapport du consul Clipperton sur le commerce, etc., de Philadelphie penrlanl l'année ÎHM, p. 1077.
M PRÉMAT1E DE L'ANGLETERRE.
houillère isolée dont les liions et les conditions de travail sont les mêmes d'une année à l'autre. Sir Isaac Bell on cite une dans le South Durhatu où le poids de la houille extraite par homme et par jour a varié d'une moyenne de 70, M quintaux en 1875 à mie moyenne de 01, 90 en 1880; soit une différence d'environ 17 p. 100 en faveur de cette dernière année, différence qui s'est produite saus cause perturbatrice spéciale il .
L'étal de l'agriculture et des manufactures dans l'empire du Brésil offre un exemple frappant de ce fait que la race, l'énergie et l'habileté acquise exercent une plus grande influence que ce qu'on appelle les avantages naturels. Aucun pays du monde ne possède probablement des ressources supérieures à celui-là. Tous les genres de produits agricoles y croissent magnifiquement, et on y trouve en telle abondance les productions tropicales que, dans beaucoup de cas, les fruits les plus rares constituent la principale alimentation du peuple. Et cependant, le travail y reste dans l'état le plus misérable et le plus avili. Les journaliers libres, pour ne rien dire des esclaves, s'offrent en grand nombre au prix quotidien de 1 sch. 9 d. Notre consul à Bahia donne les détails suivants sur la manière de vivre de ces journaliers (2) : « Ils mènent toujours une vie nomade quand ils sont loués, et n'éprouvent aucune difficulté à s'établir près du centre de leur travail; quelques pieux enfoncés en terre et grossièrement recouverts de feuilles de palmier constituent pour eux un abri suffisant. Leur nourriture est de la nature la plus grossière eise compose surtout de farine de manioc, d'huile de palmier, de bananes, de plantains et de jaca. In agouti, un iguane, un lézard à double queue, un singe, un perroquet, un crabe terrestre ou d'autres mets analogues constituent les friandises du dimanche et des jours de fête, quand ils peuvent trouver le temps d»1 se les procurer par leur chasse. »
(1) Principes des manufactures de fer et dîaoier, |>. ;i07.
[2) Rapports commerciaux, n° 137, 884
Il résulte de tout ce que nous avons déjà dit que l'efficacité du travail dépend de nombreuses conditions particulières, dont plusieurs ne proviennent ni de la conduite ni de la volonté des travailleurs eux-mêmes. Cette efficacité est soumise à des influences qui tiennent au sol et au climat, au degré d'habileté acquise, à la régularité des occupations, au genre de travail accompli, à la facilité de se procurer une nourriture saine et substantielle, et de maintenir par cette alimentation un fond de vigueur et d'énergie, aux efforts tentés pour améliorer la position économique des travailleurs, à la facilité de se procurer des machines et de les employer, enfin à l'aptitude pour s'assimiler des connaissances techniques. L'agriculture de l'Inde est bien au-dessous de celle de l'Angleterre, non pas nécessairement parce que le travail indou est très inférieur au travail anglais, quoique cette infériorité soit de la plus haute importance et doive être attribuée en grande partie à l'influence climalérique, mais aussi parce que le zemindar et le ryot (cultiArateur et paysan indous) sont trop pauvres pour se procurer les instruments indispensables à une culture efficace et économique. En Amérique, la culture est moins coûteuse qu'en Angleterre, parce que les fermiers américains possèdent ordinairement des machines qui accomplissent une notable partie du travail qu'on fait encore ici à la main. 11 ne s'ensuit pas nécessairement que le travail cher soit toujours le plus efficace. On ne peut baser aucune loi de ce genre sur de simples différences nominales de prix. Mais le travail le plus payé est généralement le plus efficace pour deux raisons : d'abord parce que sa plus grande efficacité lui a permis de réclamer un salaire plus élevé; et ensuite le fait même de cette élévation de salaire engage et oblige l'ouvrier et le patron à maintenir l'efficacité du travail par tous les moyens mécaniques à leur portée.
Il est temps maintenant de réunir en faisceau les rayons de lumière épars que nous nous sommes efforcé de projeter sur cette question complexe. Nous constatons que le
,;, SUPRÉMATIE Uli L'ANGLETERRE.
travail anglais, ju^é d'après l'une quelconque des nombreuses considérations développées ci-dessus, conserve jusqu'à présent son haut rang, mais que cette supériorité sur le travail étranger, maintenue jusqu'ici, diminue chaque jour. La part de prééminence que nous devions à une plus grande facilité d'employer les méthodes et les machines perfectionnées, à une longue éducation industrielle, à une connaissance spéciale des procédés manufacturiers, doit lentement, mais inévitablement, devenir le partage des nations rivales et enlin se perdre pour nous. 11 n'existe probablement pas de procédé ou d'invention importante permettant de réaliser une économie sur la production qui ne soit déjà connue de toutes les nations industrielles du monde. Dans l'avenir, à mesure que les autres nations accumuleront du capital, elles se hâteront d'utiliser leurs nouveaux moyens d'action pour faire disparaître les imperfections qui existent encore dans leurs industries et élever ainsi l'efficacité de leur travail au niveau de celui de l'Angleterre. Par quel procédé, dans ce cas, « le prix de la course reviendra-t-il au plus agile, et le gain de la lutte au plus fort? »
Principalement, nous le croyons, par le maintien d'un haut degré d'efficacité et de conscience dans l'exécution du travail. Quelques écrivains semblent penser que, en ce qui concerne le travail anglais, ces qualités nécessaires s'altèrent visiblement par suite de mauvaises influences manifestes et auxquelles on n'aperçoit encore ni remède ni palliatif.
« La puissance, dit M. W. R. Greg, et l'organisation de nos classes ouvrières augmentent d'année en année; et cette puissance eteette organisation sont constamment employées à élever le taux des salaires et à diminuer la durée du travail; tandis que, comme conséquence des mêmes causés, le travail devient moins consciencieux et moins discipliné. Le résultat inévitable de ces actions combinées, c'est que le nuit de la production des objets pour la fabrication desquels l'Angleterre a toujours été si renommée a fortement hausse
positivement et relativement; tandis que l'immense accumulation et le bon marché des capitaux, qui jusqu'ici réduisaient si considérablement le prix de revient relatif, cessent d'être le monopole de ce pays (1). »
Les appréciations extrêmement pessimistes de M. Greg exagèrent probablement le mal, mais elles contiennent un avertissement que nos industriels, et les classes ouvrières en particulier, feraient bien de ne pas négliger.
L'Angleterre profite peut-être des plus grands avantages naturels et des circonstances les plus- favorables dont ait jamais joui une nation, mais ces conditions heureuses ne sont pas nécessairement hors de la portée des autres peuples. L'habileté technique, la force de résistance physique, et l'énergie invincible de la race anglo-saxonne ne sont plus, comme autrefois, l'apanage exclusif de l'Angleterre. Au contraire l'Angleterre partage maintenant ces précieuses qualités avec d'autres pays, dont les populations réunies sont plus de trois fois supérieures à la sienne ; et chacun de ces pays semble résolu à réaliser pour lui-même, nécessairement plus ou moins contre l'Angleterre, tous ces progrès qui ont procuré à notre mère patrie tant de richesses et tant de gloire.
I Revue contemporaine, juin 1874.