‹ La Suprématie de l'AngleterreChapitre 71 sur 83 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

« Ceux qui dans l'avenir étudieront la philosophie politique, auront à établir beaucoup de comparaisons entre les institutions américaines et les institutions anglaises. La parenté entre ces institutions est unique dans l'histoire. La République américaine a, tant par la richesse île son sol que par son étendue, une base naturelle pour leplus grand empire continu qui ait jamais été établi par l'homme... Le développement que la République a pris a été sans exemple dans sa rapidité et sa puissance. » Gladstone.

Déjà, dans le cours de cet ouvrage, nous avons eu plusieurs l'ois l'occasion d'établir des comparaisons entre les deux plus grandes nations industrielles des temps modernes ou anciens, le Royaume-Uni et les Etats-Unis. Mais les effets du développement de ces deux contrées et de l'influence qu'elles exercent aussi bien l'une sur l'autre que sur le reste du monde, sont tellement importants qu'ils exigent un examen plus attentif des conditions particulières et relatives de leur haute situation. On reconnaît au premier coup d'œil que ces conditions sont extrêmement inégales en raison des différences dans l'étendue du territoire elles ressources naturelles; et même ces différences sont telles que nous sommes appelé à établir plutôt un contraste qu'une comparaison.

Le territoire des Etats-Unis s'étend sur une superficie de plus de 3 millions de milles carrés. Celui du Royaume-Uni n'est que de 1 20,000 milles carrés. Le Texas, seul, embrasse un territoire aussi vaste que celui de l'Empire allemand,

de l'Angleterre et du pays de Galles réunis, et on assure que la portion de terre arable que possède cet Etat est au moins égale à la superficie de bonne terre que renferment l'Allemagne et l'Angleterre. Les États de Kansas, de Nebraska et d'Iowa réunis ont une superficie plus étendue que celle de la France, et contiennent, dit-on, une plus grande proportion de terres fertiles. Mais tandis que les quatre Élats que nous venons de nommer ont une population qui dépasse à peine 5 millions d'habitants, les trois contrées européennes qu'ils égalent en étendue territoriale renferment une population qui dépasse de beaucoup 100 millions d'âmes!

Ces faits n'ont pas besoin de commentaires. Ils démontrent avec évidence les ressources infiniment plus grandes qu'offre l'Amérique au développement de la population. Si considérables sont ces ressources qu'un écrivain compétent a calculé que les Etats-Unis, qui contiennent maintenant près de 60 millions d'àmes, peuvent presque en nourrir 100 millions, « sans augmenter la superficie d'une seule ferme; sans en accroître le nombre, simplement en amenant leurs récoltes à la moyenne qu'on peut attendre d'une bonne culture ordinaire; et quand ce résultat serait obtenu, il resterait encore pour l'exportation une quantité de grains deu\ fois plus considérable que celle dont les États-Unis disposent maintenant pour alimenter les affamés des nations étrangères. »

Il a été déjà question de l'immense développement qu'ont pris récemment tes ressources agricoles des États-Unis. Il est inutile de parler de l'étendue du territoire national de ce pays. Il est tellement vaste que nous ne pouvons, eu Europe, nous en former qu'une faible idée. Mais cette grande étendue même peut devenir une sérieuse entrave, du moins en ce qui concerne les relations de l'Amérique et de l'Europe. En ce moment la tendance des événements ne parait pas tout à fait favorable à l'avenir de l'agriculture américaine. Les meilleures terres des États de l'Est ont été cultivées, et beaucoup d'entre elles ont été assez épuisées

SUPREMATIE DE L'AMJLKTEKKE.

pour rendre nécessaire l'adoption du système de culture européen; c'est-à-dire <pfil a fallu fumer avec soin les terres, opération coûteuse; varier méthodiquement les récoltes, et substituer dans une forte proportion les prairies artificielles, aux céréales. En même temps que ces changements de méthode se produisaient, la valeur de la terre s'est beaucoup accrue, et les prix des produits agricoles ont considérablement baissé (1). Sur quelques points, dans l'Etat d'Orégon, par exemple, qui se consacre principalement à la culture du blé, le prix de la terre s'est élevé de 2,50 dollars l'acre, à 25 et 30 dollars. Dans Flllinois, les terrains qui se vendaient, en 1873, 1,25 dollar l'acre, ont été vendus plus tard entre 5 et 15 dollars, augmentation de valeur due surtout aux facilités plus grandes qui résultent de la construction des chemins de fer. Il en a été de même dans le Nebraska et les Etats voisins, où, jusqu'à l'apparition de la locomotive, la terre se vendait généralement 1,25 dollar l'acre, prix du gouvernement; tandis qu'elle vaut maintenant de 5 à 10 dollars l'acre, quand elle n'est pas située à plus de 10 milles d'une ligne de chemin de fer. Si nous ajoutons, à une telle augmentation du prix d'achat de la terre, une diminution de moitié ou même plus, dans les prix de vente réalisés par les productions agricoles les plus importantes, la première réflexion qui se présente à l'esprit c'est que la principale source de la richesse américaine —

(1) Un récent document officiel montre que de 1870 à. 1880 les changements suivants se sont produits dans les prix :

MARCHANDISES

Page 1