IS
Bli
( lotou . Ii I î v iv anglaise
Lard el jambon, la liv, aogl.
l'agriculture — ne se trouve pas dans une situation aussi propice qu'il y a quelques années.
Cette question offre cependant un autre aspect. Jl est parfaitement vrai que, dans les parties privilégiées, les terrains de l'Amérique valent aujourd'hui deux ou trois fois ce qu'ils valaient il y a dix ou douze ans, et que les prix des productions agricoles ont constamment baissé depuis une période de temps considérable. 11 est vrai aussi qu'une grande partie du sol vierge, particulièrement dans les États de l'est et du centre, a été épuisée, et exige maintenant les procédés de culture européens, qui sont beaucoup plus coûteux. Mais le fermier américain a en même temps réduit de toutes les manières les dépenses de son exploitation. Le prix de sa main-d'œuvre est moindre, et il se sert de machines beaucoup plus qu'il ne le faisait autrefois. Même quand il est obligé de reconstituer un sol presque épuisé, il est largement dédommagé de ses frais par une récolte plus abondante. Etenfin, comme conséquence de l'accroissement de la valeur de sa terre, il peut emprunter de l'argent, quand il en a besoin, plus aisément qu'autrefois; et c'est là aussi un avantage réel.
L'absence de recensements industriels dans les contrées européennes rend la tâche de vérifier leurs progrès agricoles plus difficile qu'aux Etats-Unis, où abondent les statistiques de ce genre. Le rapport sur le dizième Census (1880) montre qu aucun effort n'est épargné pour substituer le travail exécuté par des machines à la main-d'œuvre, ce qui, comme l'a remarqué avec justesse M. Michel Chevalier, est le seul moyen qui permette au travail cher de lutter avec le travail à bas prix. Considérez seulement les instruments aratoires qui contribuent plus que quoi que ce soit au développement de la principale branche de l'activité des Etats-Unis. 11 y avait, en 1880, 1,943 usines consacrées à la fabrication de ces instruments, représentant ensemble un capital de 02 millions de dollars, employant plus de 38,000 ouvriers, et consommant des matières premières pour une somme de plus de 31 millions de dollars par an. Avec ces
moyens de production, on fabriquait plus d'un million de machines diverses, évaluées à 68 1/2 millions de dollars, parmi lesquelles environ 20,000 machines destinées à la culture du coton. Dans ce nombre considérable d'in.cl,ruments agricoles, nous trouvons plus de 68,000 machines ensemenceuses de blé, 43,000 batteuses, 28,000 charrues, etc. On estime à plus de quatre millions le nombre total des différentes fermes des Etats-Unis, de sorte que, même en conservant la moyenne actuelle de fabrication, le nombre d'instruments fournis à chaque ferme ne serait en moyenne que de « un » par période dc'qualrc ans. Et cette industrie se développe constamment, d'année en année. La valeur des instruments aratoires des Etats-Unis est évaluée par le recensement de 1880 à 406 1/2 millions de dollars (2,032 millions 1/2 de francs), ce qui donne une moyenne de plus de 100 dollars par ferme.
Ce n'est pas seulement aux Etats-Unis que la valeur de la terre a augmenté dans ces dernières années. Le mêmf mouvement s'est produit dans notre pays et dans les autres contrées de l'Europe, et a suscité les mêmes efforts, c'està-dire des tentatives pour réduire les autres dépenses de l'agriculture. L'accroissement de la valeur de la terre aux Etats-Unis a été surtout causé par l'établissement de nombreux chemins de fer, qui ont permis d'apporter plus facilement les produits agricoles sur les divers marches.
En Angleterre, la plus-value « imméritée » de la terre, dont nous entendons tant parler, est due en partie à la même cause, mais surtoutà la plus grandi' demande dune marchandise dont la quantité est nécessairement restreinte : demande qui provient du rapide accroissement de la population. Et dans quelle proportion s'est produite cette plusvalue? On a déjà ditque la râleur moyenne de la rente des terres était en Angleterre de 13 schellings par acre en 1770, et de 30 schellings par acre en 1880 (I . Maintenant, si nous
(1)11 serait possible de remonter à des dates antérieures i 1770, mais cette date fournil uni' base suffisante pour établir des comparaisons dans un lui! pratique. En 1100, le fermage des terres arables
multiplions les 50 millions d'acres de terre cultivés par la différence qui existe entre ces deux sommes, nous obtenons un tolal d'environ 38 millions sterling (950 millions de francs de revenu) par an, représentant l'accroissement naturel de valeur dont les propriétaires ont bénéficié dans les cent dernières années. Multiplions encore ce résultat par la valeur de trente années d'acquisition, autrement dit, calculons à 3 1/2 pour 100 le capital de 38 millions sterling de rente, et nous obtiendrons une somme de 1,136 millions de livres (28,400 millions) qui constituera la différence entre la valeur actuelle des terres de la Grande-Bretagne et de l'Irlande et celle que ces terres avaient en 1770. On commettrait cependant une erreur économique et une injustice à l'égard des grands propriétaires de l'Angleterre en supposant que la totalité de cette plus-value est « imméritée ». Une grande partie en est due à des améliorations réalisées au moyen de drainages, de clôtures, etc., ou bien a été le résultat de la construction de nouveaux bâtiments ou de l'ouverture de nouvelles voles de communication ; le propriétaire a donc obtenu cette augmentation de capital au même titre que le manufacturier obtient les fruits de son capital et de son travail réunis. Mais, en ce qui concerne la culture de la terre, il existe cependant une très grande différence matérielle dans la plus-value « imméritée » des deux pays. Aux Etats-Unis, le bénéfice entre directement dans la bourse des cultivateurs réels du sol (1), et est employé principalement à perfectionner les procédés et moyens de culture, tandis que, dans le Royaume-Uni, il va remplir les poches
s'élevait à 1 sch. 1 1/2 il. et celui d'une prairie à 11 l/2d. par acre; et à partir de 1692, quand on imposa à la terre une taxe de4schellingspar livre sterlingtlerevenu, le fermage de la terres'éleva considérablement. (I) Sur 10,000 fermes qu'on comptait en 1880 aux Étals-Unis, 7,444 élaient cultivées par les propriétaires, et 1,732 étaient des sortes de métairies, dont les produits étaient partagés, et 804 seulement étaient louées en fermage moyennant un déterminé, payé en argent. En Angleterre, au contraire, le nombre des fermiers qui cultivent leurs propres terres est comparativement restreint.
fc52 SUPRÉMATIE DE L'ANGLETEUKE.
des propriétaires foneiers, dont un grand nombre dépensent leurs revenus à L'étranger, et parmi lesquels bien peu, relativement, prennent un intérêt pratique au développement des ressources agricoles du pays.
En Amérique comme en Angleterre, et en vérité dans toute l'Europe, il s'est produit dans ces deux ou trois dernières années un grand abaissement des prix qui a affecté presque tous les produits agricoles. Dans quelques cas il y a eu une réduction de 100 p. 100. Gomme nous l'avons démontré ailleurs, le grand problème de l'avenir est celuici : l'Amérique continuera-'-ellc à inonderles marchés de l'Europe du surplus de ses récoltes de céréales à aussi bon marché qu'elle l'a fait jusqu'ici?
11 serait intéressant d'estimer, si cela était possible, l'augmentation moyenne du capital des agriculteurs des deux pays pendant les vingt dernières années, en prenant pour base l'élévation de la valeur du stock de bétail et les autres moyens de contrôle. On a calculé que, dans notre pays, cette augmentation ne s'était pas élevée à moins de 114 millions sterling (2,850 millions) pendant les vingt années qui se sont terminées en 1875. Mais, même si cette évaluation était exacte, on devrait admettre que pour deux raisons principales, outre de nombreux motifs secondaires, il a dû se produire depuis 1875 une diminution plutôt qu'une augmentation. Tout d'abord les cinq années qui ont suivi 1874 ont été caractérisées par de mauvaises récoltes, qui ont beaucoup réduit les bénéfices réalisés par les fermiers sur la culture des céréales. La valeur moyenne du blé récollé dans le Royaume-Uni, non compris la valeur de la paille, est tombée de 8 1. 15 sch. par acre, moyenne des quatre années Unissant en 1874, à 6 I. 12 sch. pendant les cinq années finissant en 1880. Dans la dernière période. la culture totale «lu blé a compris environ 16 1/2 millions d'acres, ou une moyenne de 3,280,000 acres par an, de sorte que la différence de valeur entre les deux périodes constituerait une perte d'environ 35 millions sterling (875 millions de francs), rien que sur la vente du blé. La perle an-
rait été beaucoup plus considérable si la culture du blé n'eût pas été réduite sur la surface du Royaume-Uni de près de 800,000 acres, ou un quart de la totalité, dans le cours des six. années finissant en 1880. 11 est probable que le préjudice causé par l'épidémie du bétail et la dépréciation des récoltes a été d'une importance égale, et en acceptant cette évaluation, on ne doit pas porter à moins de 70 millions sterling (1,750 millions de francs) la perte subie par les fermiers anglais pendant cette période.
L'Amérique n'est pas moins bien partagée sous le rapport des ressources minérales, qui, après la richesse agricole, méritent d'être prises immédiatement en considération. Tandis que les dépôts carbonifères du Royaume-Uni sont évalués à 11,000 milles carrés, dont une grande partie a déjà été épuisée, le professeur Rogers estime que ceux des Etats-Unis comprennent plus de 196,000 milles carrés. Et on trouve dans ces derniers les mines de charbon les plus riches et les plus faciles à exploiter qu'il y ait dans le monde entier ». Dans les houillères de l'Ouest, le charbon ne coûte que le prix de l'extraction ; c'est-à-dire qu'il revient à 1 cent ou 1 cent 1/4 (5 ou 6 centimes) par boisseau » (1). Quelle est. demande un écrivain américain, « la valeur de 63,000 milles carrés d'une contrée qui renferme, sous une surface fertile, la houille, le fer, l'huile minérale et le sel? Là, tous les éléments de la force, de la chaleur, de la lumière, de l'alimentation, de la puissante vapeur, s'offrent en même temps à la science, à l'habileté et à l'énergie infatigable d'un peuple entreprenant » (2).
On peut dire, et non sans raison : Mais si l'Amérique possède toutes ces richesses, pourquoi ne s'atïranchit-elle pas de la protection? Les protectionnistes eux-mêmes, quand l'existence de ce système n'est pas en cause, sont prêts i admettre les ressources extraordinaires du pays, et par conséquent la possibilité de se passer des moyens de défense mis si libéralement à leur disposition. Pour mieux
(1) Lu question de la houille, p. 294, par Jevons.
(2) Traité sur la houille, le pétrole, etc., par Gesner. New-York, 1861 .
expliquer notre pensée, prenons l'article récemment fourni à une Revue anglaise (1) par M. Carnegie, un des plud grands fabricants de fer et d'acier des Etats-Unis. Cet écrivain dit, en parlant de Pittsbourg, qui, en sa qualité de métropole du commerce du fer en Amérique, est peut-être la cité la plus protégée delà contrée, dans le sens économique du mot protection : « C'est, sous le rapport des richesses souterraines, la capitale du plus riche district du monde connu. » Les gisements houillers de la Pennsylvanie sont si abondants que « des milliers de tonnes de coke ont été vendues au prix, de 3 sch. 6 d. par tonne chargée sur wagon » (2). Et encore : « La houille est chargée sur les transports anglais moyennant 3 schellings par tonne » (3). Les sources de pétrole du même Etat sont classées parmi les plus étonnantes merveilles naturelles de l'univers. M. Carnegie nous parle d'un de ces puits qu'il a acheté, avec la participation de quelques amis, pour la somme de 8,000 livres, à l'époque où les usages du pétrole étaient encore peu connus, et qui, plus tard, a donné dans une seule année un dividende de 200,000 livres, et bientôt a acquis une valeur de 1 million délivres sterling (4). Non moins remarquables sont les réserves de gaz qu'une nature prodigue a accumulées pour le service de l'homme dans ce pays favorisé. Ce gaz, regardé à l'origine comme une simple curiosité naturelle, est maintenant employé généralement comme combustible dans les verreries et les usines de Pittsbourg et des environs, et on peut se rendre compte des avantages qu'il offre par ce fait que, d'après l'aveu de M. Carnegie, il permet d'épargner dans l'usine de ce manufacturier les services de 90 chauffeurs et de réaliser une
(1) Macmilkm'8 Magazine de janvier 1885.
(2) Pas tuui à fait la moitié du prix payé ordinairement dans les houillères dp l'Angleterre.
(3) Les compagnies de gaz anglaises s'estimeraient généralement heureuses de l'aire leurs achats pour le double île ce prix.
(4) Ces puits à pétrole ont fourni 250 millions de barils jusqu'en 1884, et ils produisaient à ce moment h raison de 70,000 barils par jour.
4oo
économie de 400 tonnes de houille par jour! C'est véritablement la terre où coulent le lait et le miel pour le mani facturier, qui peut profiter tout à la fois des dons de la nature et des fruits du gé ne et du travail de l'homme. « Il n'est pas étonnant qu'un r Aiple d'origine anglaise, mis en possession de terres aussi riches, aussi vastes, et aussi aisément accessibles que celles des Etats-Unis, se soit étendu et multiplié. C'est à la libéralité prodigue de la nature qu'est dû principalement le développement des États-Unis » (1).
Voyons maintenant de quelle manière et dans quelles limites les États-Unis, avec tous les a antages particuliers dont ils jouissent, ont accru leur industrie, leur commerce et leur prospérité. En nous livrant à cette recherche, nous laisserons de côté les industries spéciales, dont il a été plus ou moins question dans les chapitres précédents. Nous ne nous occuperons ici que des résultats généraux.
D'après les recensements des États-Unis qui semblent accorder une attention particulière au développement des industries nationales, la progression des manufactures de ce pays pendant les trente années finissant en 1880, et à deux périodes intermédiaires, s'est accomplie ainsi que le montre le tableau ci-dessous :
Tableau de l'accroissement des manufactures américaines.