LE LENDEMAIN DE LA BASSETTE
Puis il prit la canne des mains de son maître et la remit dans celles du comte de Chatay quî, durant cette correction , s'était assis dans une vaste bergère , le corps renversé en arrière , les jambes croisées , et les dix doigts occupés à caresser sa tabatière d'or émaillé.
l/AMf DE LA MAISON
Le comte n'avail guère plus de soivanlo-cinq ans, mais il j);iraissait en avoir (piatro-vin^ls, lanl sa haulo laillc décrivait niio courbe de f>liis (Ml |)lus prononcée, lanl sa marrho élail lenleel pénible , tant ses niouviMucns avaienl do raideur el de gène, lanl son visage |>arclieniiué el cicatrisé se derorniail sous les rides. Les faliguf's d'un long service dms \:\ nrïrine
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du roi et surtout les souffrances éprouvées pendant quinze mois passés par lui comme prisonnier de guerre en Angleterre avaient usé son corps plus que les chagrins eussent pu faire.
Or, il était parfaitement heureux avec la certitude que rien ne manquait à son bonheur : Il avait concentré toutes ses affections sur trois personnes, sa femme, sa fille et le baron.
— Vous traitez vos laquais comme des mousses , dit le comte de Chalay en aspirant une large prise de tabac dans la paume de la main, dès que la Tulipe se fut éloigné, mais vous eussiez fait grâce à ce maraud, si vous saviez la bonne nouvelle que je vous apporte de première main , puisque madame la comtesse ne me l'a dite qu'hier soir.
— Une bonne nouvelle , cher comte ? répondit le baron dont les yeux se fermaient malgré lui. Serait-ce que l'on vous a nqmmé contre-amiral , et moi , lieutenant-général?
i.'ami de l\ mm.son, Bft
— Je croyais, cher ik'iroii , <|iie vous ii unIci (ruinbilion que pour jouer et boire mieux (|ue vos adversaires? La nouvcllo dont il s'agit me cause plus de joie qu'un brevet d'amiral!
— Qu'est-ce donc mon \iril ami? N'avez* vous pas trouvé un breuvage <|ui fait rajeunir? Redevenez-vous tendre et amoureux ? Faitesmoi part de votre secret.
— C'est h cette intention (jue je suis venu si malin , afin que nul autre n'apprenno avant vous celle afl'aire de famille : nous marions nnlrc fille unicjuc!
— Ahî vous avez décidé cela sans moi ! s'écria M. de llamoine étonné et mécontent d'une confidence sî tardive et si imprévue : vous mariez Lucile !
— Oui, baron, la chère pelilc a dix-neuf ans (dix-neuf ans, ra nous ramène un peu loin d*iciî) el je suis pressé, moi, de voir mes petits en fans.
— Kl moi donc! s'écria le baron qui s'élaii levé vivfmpiit <;!ir son séant et qui nes'apen;ut
00 i'ami de la maison..
pas que deux grosses larmes coulaient le long de ses joues.
— J'étais bien sûr d'avance que vous ne seriez pas moins sensible que nous à cet heureux événement, dit le comte qui pleurait de voir pleurer M. de Ramoine.
-— Madame la comtesse consent à ce mariage? demanda le baron avec une émotion sur la nature de laquelle le comte de Chatay s'était bien trompé.
— Elle consent à tout ce qui plaît à Lucile, et moi je consens à tout ce que désire ma femme. Puisqu'il faut toujours qu'une fille se marie, je suis aise que ce soit bientôt.
— Comment avoir tardé si long-temps à m'avertir? reprit M. de Ramoine, dont le dépit succédait à la surprise : je ne reconnais pas là madame la comtesse I
— 11 n'y a pas de temps de perdu , cher baron; c'est seulement hier que notre gendre Tutur s'est présenté chez madame la comtesse pour faire sa demande en forme.
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— Quel est oc gendre, je vous prie? A-i-il lie la naissance, de la figure, de la fortune? car Lucile sera riche : elle n'est pas de mauvaise maison , et elle est par dessus tout charmante.
— Charmante, vous Tavez dit; ce n'est point parce que je suis son père, baron, mais, parole criionneur, je n'ai jamais vu de i>lus jolie lille...
— Nommez le jeune homme? interiompit M. de Hamoine, (jui stii\ait une idée parliculiêre à travers les digressions du comte.
— I rrdéric de IWiiM'Imont , conseiller à la grand'chambrc du parlement de Paris : il sera, un jour ou l'autre^ premier président, et il aura d'héritage deux c<mH mille livres de rente.
— iN en avez-vous pas trois cent mille, vous? N'en ai-je pas encore soixante ou (piatrc- Ningt mille (|ui reviendront aussi à Lucile?
— liidi ! mon (lier, vous vivrez cent ans, >igoureux comme xotis (Mes! D'ailleurs, «pioi-