‹ La sœur de MaugrabinChapitre 11 sur 57 · L AMI DE LA MAISON · texte numérisé non relu

L AMI DE LA MAISON

que VOUS n'ayez pas de proches parens , les collatéraux sortiront de terre...

— Morbleu! pensez -vous que je ménage mon bien pour des collatéraux? Croyez-vous que je me bornasse à manger le revenu , si Lucile ne devait pas être ma légataire?

— Merci, merci pour elle, cher baron, dit le comte en lui secouant cordialement la main ; vous êtes un ami de l'âge d'or. Mais vous savez que Lucile sera riche après nous, et que je lui laisserai plus de deux cent mille livres de rente, non pas en fonds de terre, il est vrai, mais en exploitations manufacturières.

— Comte , voulez-vous écouter un conseil que je vous ai donné mainte fois? Fondez plus solidement l'avenir de Lucile : vendez vos manufactures et vos fabriques , ne vous exposez plus aux chances variables du commerce, faites de l'argent avec vos marchandises, et achetez des bois, des fermes , des champs.

— C'est-à-dire, ruinezvous, diminue/ de trois (|uarts l'intérêt de votre argent , placez à

l'ami m: la UAiâ^us. U

ileu\ |>our cent ce qui vous rapporte quinze el davantage ; ayez des fermiers qui ne vous paieront pas, des terres «jui resteront en friche 5 réduisez-vous à la portion congrue : plus d'Iiùlel, plus de valets, plus d'êcpiipage, plus de fêles!

— Vous ùtes le maître de vos écus , cher comte : usez-en à votre guise , mais {Kirmettezmoi de souhaiter que la fortune de Lucile soit à l'abri d*un malhetn*.

— Allez, haron , cette enfant ne vous csl pas plus chère (|u'à inoi-mènie, et vous savez que les plus grands sacriticesne mecoùteraieni pas |>our assurer son sort.

— iS'e savez-vous pas aussi, comte, que je donnerais jusqu'à la dernière goutte de mon 8ang |K)ur (|ue Lucile fût heureuse !

— Elle le sera, mon ami, elle va l'ùtrej ctr ce mariage lui convient à merveille; elle n'est pas indiilirenle pour le mérite ilc M. de Ituprlmont qui Taime passionm mont; dlo a dit à sa mci*e <|ue le jour de nocc*8 n'arriverait

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jamais assez tôt. Yoilà pourquoi déjà j'ai fixé ce jour, et c'est demain que nous dresserons le contrat.

— Demain , cher comte ! N'est-ce pas trop précipiter les choses? Un mariage, ce me semble, n'est point un jeu, et l'on doit y regarder?

— Bon! les meilleurs mariages sont ceux où les époux se prennent sans se connaître et sans s'être étudiés. Tenez , le mien est un exemple à suivre : J'avais quarante-sept ans environ , j'étais capitaine de frégate , je n'aimais au monde que mon état , qui n'a pas été créé pour les maris , j'imagine ; je ne songeais pas à entrer dans la condition de tant de gens que j'avais pillés comme un vrai corsaire. Je rêvais uniquement à devenir lieutenant de vaisseau , et si l'on m'avait prédit alors que ma femme légitime était née, j'aurais coupé les oreilles au prophète. Hé bien! vous souvenezvous de ma subite métamorphose?

— Sans doute , vous vous êtes marié et vous

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avez obleiiu le grade de licuteiiaiil do \aisseau |)ar l*enlremisc de la famille de voire femme. — Ce fut comme un changement de décorations à l'Opéra : j'étais attendu à Brest pour mettre à la voile; je sollicilais encore à Versailles pour Hiiroaloir mes droits d'ancienneté. Un ami , le chevalier de la Nanse , me rencontre dans ranlichaudjre du ministre de la marine: nous causons; je lui confie luniipie but de mon ambition : il se recueille; puis, il s*écrie «jn'il a mon affaire, cl me demande tout à coup si je ne suis pas marié : * Parbleu! je m'en garderais bien, repris-je innocemment. — lié bien ! je vous marie dans trois jours , si vous voulez , cl dans trois jours vous voilà lieutenant de vaisseau I — Comment cela ? répli(piai-je déjà presque apprivoisé avec le mariage. — Uien de plus sim(>lf : une parente du ministre , mademoiselle de Clignancourl , viritl de sortir du cou\enl ; elle* est belle non moins qu'une vierge; de Kajihacl et plus pieuse (pi'un Chartreux; elle met tousses plaisirs dans l'exer- II. 5

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cice de ses devoirs de religion , et, pour n'en être pas distraite, elle ne veut épouser qu'un gentilhomme qui la laisse entièrement libre de mener une vie de sainte , et qui soit par état souvent éloigné de la maison. — Tope! je suis le gentilhomme qui convient à cette fdle-là et à la lieutenance de vaisseau. » Les choses allèrent en effet comme le chevalier l'avait prévu; en moins de trois jours , j'avais obtenu la main de mademoiselle de Clignancourt et le grade auquel j'aspirais. Je partis, il est vrai, le lendemain des noces , et je ne revins pas , comme je l'espérais , pour assister à la naissance de ma fille : j'étais prisonnier des Anglais. Vous vous en souvenez bien , baron ?

— Il n'y a pas moyen d'oublier de pareilles circonstances , reprit M. de Ra moine absorbé dans une préoccupation chagrine : c'est moi qui tins Lucile sur les fonts î

— Oui , vous êtes un excellent ami , baron , un ami.

— Vous m'estimez plus que je ne vaux , cher

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