‹ La sœur de MaugrabinChapitre 12 sur 57 · I. AMI DK I.A MAIbON · texte numérisé non relu

I. AMI DK I.A MAIbON

coinle! repartil ie baron, tinbarrabsc de ces éloges «ni'il ne croyait pas mériter au rond, el des fréquens serrcniens de mains qui los accompagnaient.

— Vous valez au contraire plus que vous ne pensez, cher baron, répliquait le comte avec une effusion <|ui témoignait desacondance t*n son ami : depuis vingt ans, nous nous connaissons 1

— Depuis \ingt ans; car celte connaissance a commencé le jour de votre mariage. J'étais auparavant fort attaché à la famille de (llignancourt.

— C'est vrai; je m étonne même que vous n^ayez pas C|)0usé ma femme : elle vous aimait alors mieux que moi, et vous n'auriez pas eu de |»eineà renqM)rtrr.

— IVut-élre, s'il n'y avait eu un obstacle in\in( ible à celte union , réjiundit le baron i\m rougit et baissa la léte.

— lié! (pnl obstacle? chnianda le comte, «(ui :iv:ul :i(lii'Ss«' viuf^t fois celle qucslion à

G8 L AMi DE LA MAISON.

M. tie Rainoine, et qui ivavait pas tiré de lui deux fois la môme réponse.

— J'étais trop jeune pour me marier , et maintenant je suis trop vieux, dit le baron qui sauta hors du lit et commença de s'habiller pour échapper à un entretien qui l'importunait.

— Holà ! mon cher , vous voyez tout en noir aujourd'hui : heureusement, vous n'avez pas d'enfant pour vous désespérer. Ventrebleu î n est-ce rien que de devenir grand-père ?

Le baron Ramoine était tombé dans une humeur sombre que ne dissipèrent pas les digressions emphatiques du comte de Chatay, sur les diverses sortes de bonheur qu'il devait au mariage et à la paternité : au contraire, le baron tressaillait de dépit , et retenait un sourire entre ses lèvres.

r.\ VALKT D'AITREFOIS.

\.K Tnli|>o mil tin àcesronli»lonros:iinioales, on accouranl à la voix do son nKiilr('<|n'il coiffa , jv)nima'la ci parfuin:r, sans ciro déconcerlé ni inlerronipu par les hrus(jucries, les injures et les bourrades du baron (jui s'rnnH)rlail à (oui propos, délacliail un coup de coude ou un coup de pied à ce palient serviteur , lui jetait au nez la boite à jioudre et les servii»llos, le menaçait du bâton et de mille morts avec d'Iionibb's jurtMuens, cl le |K.T«éculnit «^ans

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relâche, comme si c'eût été un parti pris de faire souffrir ce pauvre diable en punition de quelque grand grief.

La Tulipe ne proférait ni plainte, ni murmure , mais parfois il grommelait entre ses dents.

— Qu'as-tu à grogner comme un porc rétif? lui dit le baron de Romaine , en le souffletant i je ne comprends pas pourquoi je laisse vivre un maraud de ton espèce.

— Trop vieux! reprit le comte, qui ne laissa pas tomber la conversation : trop vieux pour épouser mademoiselle de Clignancourt ! vous raillez , cher baron : vous n'aviez pas plus de trente-quatre à trente-six ans à cette époque, tandis que moi j'en avais quarante-cinq?

— Aussi, avez-vous eu la préférence, comte; Mademoiselle de Clignancourt avait appris ^ dans le couvent où elle fut élevée, à n'aimer que les gens d'un âge mûr et respectable.

— Non , l'âge ne fait rien à l'affaire , et tel

Vy YALET n'MTnFFnm. 71

<|ue vous mo voyez , avec mes soixarue-rin(| ans sonnés , je suis encore de force à comniandcr un vaisseau de guerre.

— Dornez-vous à commander la manœuvre au festin et au bal de noces; je m'engage d'avance à boire comme (|ualre à la santé des époux cl à entrer en danse avec eux.

— Quel beau jour |K)nr moi, \uM\r nous! s*érria le conjte de Chalay en se frollant les mains avec un sourire de jubilaliun. Lurs<|ue Lucile sera mariée à un galant homme qui l'aime et (|ui la rendra heureuse, ma tAche de j»èrr se trouvera reujplie, et je ne craindrai plus de mourir.

— Ce que vous dites là, je l'ai éprouvé comme vous , mon ami , ajouta M. de lUimoine qui n^levcnail pensif cl mélancolique. Le plus fort lien (pii nousaltacheà la su;, c'esl un enfant ; mais si cet enfant est une (ille , dès qu'on Ta livrée au pouvoir d'un mari , on renonce à toute ('S|ioce de droil sur elle : on n'est plus |vour elle qu'un tlranger; on |M'Ut sortir du

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monde ou y rester, sans qu'elle veuille le savoir, ou plutôt elle attend de vous pour derniers sacrifices une prompte mort et une bonne succession.

— M. le baron ne mettra-t-il pas ses boutons de diamans, son épingle en peinture et ses bagues de pierreries ? demanda respectueusement la Tulipe.

— A propos , vous irez ce matin , interrompit le comte de Clialay, porter vos complimens à ma femme qui vous attend pour vous consulter sur toute cette affaire ?

— Vous ne m'y conduirez donc pas ? demanda le baron qui aimait mieux faire seul cette visite; j'en suis fâché , mais je vous en dispense; moi, j'y vais aller.

— Sans doute; puisque vous êtes attendu : vous trouverez madame la comtesse à sa toilette. Je me rends chez mon notaire , M. Desbrosses , pour arrêter avec lui les clauses du contrat.

— Je m'y rendrai peu de temps après vous;

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rar j'ai aussi dos ilis|>ositions à pivndro relalivemenl à ce contrai. Adieu , clior comte : je suis aise de marier celte enfant.

— Je savais bien que celle nouvelle vous réjouirait, cher baron; c/esl pounjuoi je vous ai réveillé de si bonne heure. L'avenir de ma fille est fixé , Ir inirMi n«^ m'iiKiujrle plus. Adieu.

— M. le baron no met-il pas ses diamans pour aller chez madame la comtesse deChatay 1 dit de nouveau la Tulipe «pii un ait laissé partir le comte pour réitérer celte «jueslion.

— Non..., oui..., NfâimeiUÎ ropiit M. dr Hamoine qui, à demi habillé, sans cravatte, St'ms manchettes et sans perriupic , s'était mis à feuilleter et à parcourir des papiers.

— M. le baron veut-il me confier la clé du coffre des diamans (pii, est, je crois, dans le secrétaire du boudoir jaune ? Il faudrait aussi la clé du secrétaire?

— Tiens, maraud, Na chercher mon écrin ? répondit le baron de Itamoinc, absoil»édans la

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confrontation des papiers qu'il tenait. Ne dérange rien , sous peine d'être rossé du haut en bas!

— M. le baron , s'il vous était indifférent de m'appeler la Tulipe au lieu de maraud^ qui n'est pas un nom d'homme , mais de chien, je vous serais obligé ?

— Prends ceci en compte d'obligation! répliqua le baron en lui lançant un terrible coup de pied que le valet reçut avec moins de résignation qu'à l'ordinaire. Maraud me semble trop doux pour un fripon comme toi , bon à pendre! Toute la valetaille est une engeance qu'on doit mener au bâton , et je ne serais content qu'après t' avoir brisé les os, maraud!

— Cassez tout ce qu'il vous plaira , excepté mes reins. Si vous n'étiez pas un si bon maître^ M. le baron ; si l'on n'avait pas de gros profits à votre service , je me casserais aux gages moi-même.

— Le maraud veut devenir plaisant, dit

UN V\LET d'autrefois. 75

M. do ftamoine on lui formanl la bouche avei* deux soufllols. Ce drùlo-là me déplaît tant (jue je le tuerai sur la place pour nren débarrasser !

Le baron d»' Hamoine, (jui joignait à un excellent cœur une sorte d'oslenlalion de dureté brutale , l'exerçait surtout à l'égard de ses domestiques, (|u'il regardait comme des êtres inférieurs à la condition d'homme, et qu'il no ÊC faisait aucun scrupule de nialtrailer par des voies dt* fait cpii étaient encore tolérées dans la discipline inililaire.

Les >alets de celle époque avaient un sentiment de servilité ({ui les rendait souvent plus dévoués (|ue les nôtres, mais en revanche ils surpassaient ceux d'aujourd'hui en bassesse et en fausseté, lorsqu'ils se sentaient la force do soutenir contre hîurs maîtres une guerre inl«*stine pleine d'endjûclies et de pii

Le caractère ini|»ortant et Tesprit borné de la Tuli|>e initaicul sans cesse M. de Hamoine,

76 UN VALET d'autrefois.

qui avait contracté de l'antipathie à l'égard de ce valet , et qui la manifestait d'une rude manière. La Tulipe supportait patiemment les rebuffades et les coups, parce qu'il s'en dédommageait sur la bourse du baron , aux dépens de laquelle il enflait la sienne : sa conscience se prêtait sans peine à ces accommodemens.

LE MON SE>S Dl* M AU AID.

PtNDWT que M. (!•• Uariioine conliiiuail >«s calculs à demi voix cl ne se souvenait pas même de passer son habit, la Tulipe couriil au boudoir jaune, poussa le verrou derrière lui, ouvrit le seen-taire avec lune <les deux clés i|U(* M. de llanioinelui avait remises njaehina- Irment, et avec l'autre un |>clit coffre de laccjue de Chine dans I«mjucI étaient les dianians : il

78 LE BOiN SENS DU MARAUD.

en tira précipitamment des boutons de jabot et de manchettes , une épingle et trois bagues très-riches; puis, levant le double fond de celte boîte , il y prit un paquet de lettres noué d'une faveur rose et parfumé de musc.

Il cacha ce butin dans sa poche^ en écoutant si personne n'avait pu le surprendre, et referma ensuite le coffre où rien n'indiquait que les lettres eussent été enlevées, car il avait eu la précaution de les remplacer par deux cahiers du Mercure de France , qui présentaient à peu près le même volume , sous un sachet d'odeurs.

Il emporta les diamans que son maître avait envoyé quérir , mais au lieu de retourner dans la chambre de M. de Ramoine , trop occupé de ses chiffres pour s'apercevoir de l'absence prolongée de son valet , il se dirigea vers un cabinet voisin de l' office et en fit sortir un abbé qui s'y tenait blotti et qui se cachait le visage avec son chapeau à cornes en guise d'éventail.

C'était un petit homme court et ramassé

LL UON SL.NS DU MAHAtU. 79

dans sa taille : î>oii cuorinc figure, onlumincc comiue une enseigne de marchand de vin , respirait à la fuis ia cafardise, la luxure et la |H,*rli(lie; ses yeux ronds à lleur de tète avaient un regard indécis qui ne se posait nulle part et qui errait continuellement de côté et d'autre, en é\itant de reocoDtrer les regards des personnes avec lescpielles il se trouvait.

Son habillement ne se distinguait |)oiiiL |>ar la recherche et rélégance (jui caractérisaient la coquetterie des abbés de boudoir j celui-ci ne se pi(|uait pas même de propreté , mais il ailichait une rigide observation de ses devoirs d'église et une sé>érité de principes cju'il n'a- \ait garde de pratiquer.

Comme il se donnait |MJur un saml homme, et couimeil était d'un âge parfaitement aiipropriéau rùle de moraliste ipiil jouait avec désavantage au milieu d'une société galante, IVivole cl volu|)tueuse, il n'avait «prune mince clienttîUe de désoles horribles à \oir. I.a c«>nitosse de (;liat:iv était la seule remmc , eucoïc

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