AU! AU! LUOMML DE BIEN
— Viens ç^i , coquin ! cria une voix lonnaiilo (|ue. la colcrc avait élevée au dessus de bon diapascui onlinaire. Corbleu! je l'approndiai à me laisser carillonner à la porte comme un sonneur des morts! Ah ! par la sambleu! je te couperai les oreilles, {tour te rendre Touïc meilleure ; puis , si cela ne suflit |>as , je te pendrai au cordon de la sonnette!...
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— Ah ! M. Je baron! gloussait une autre voix lamentable : je vous jure que je n'entendais pas!... Je dormais de si bon cœur... Aïe! aïe! Oh ! les oreilles ! . . Pardon!. . j'entendrai mieux dorénavant.
— Je croyais que tout le monde était mort ici! dit le baron de Ramoine qui fit son entrée dans le salon, en conduisant par les oreilles un valet d'écurie, à moitié vêtu. Ma foi! madame la comtesse, à quoi bon avoir à ses ordres quinze ou vingt escogriffes de cette espèce pour être si mal servi ? on aurait le temps de vous assassiner chez vous , sans qu'on vînt à votre aide! Je vous conseille maintenant de compter sur vos sonnettes ! Morbleu! l'utile invention, avec des marauds qui boivent, dorment, et jouent aux cartes comme nous!
— Comment , M. le baron , c'était vous qui sonniez de la sorte ? demanda la comtesse dont l'arrivée de M. de Ramoine changea la préoccupation et sécha les pleurs.
— Hélas! oui, Madame, c'était moi! j'ai
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ftonné , heurte , crié , le loul en vain : |Kas l'ouibre d'un >alet. Si ce n'eût \)^s été chez vous, corbleu! j'aurais enfoncé la porte, mis le feu à la maison. Enfin, essoufflé, époumoné, furieux , je suis descendu à l'oflice : personne; û l'écurie : personne encore. Je me disposais à commencer un siège en forme, iors(|uc j'ai aperçu dans nne remise ce triple animal hloiù sous des bottes de foin : il ne voulait pas s'é- \eiller ensuite, il ne voulait pas trouver la clé de la porte , sous prétexte qu'il était valet d'écurie, le drùle; mais je lui ai donné une bonne correction qu'il partagera, s'il ]•• vna, avec ses camai*ades, et pour cpi'il se souvienne de moi, je vais, sous vos yeux, lui cou[M?r les deux onillcs.
—Pour payer chacun suivant ses mérites, ce n'est |>asJcan qu'il iaudi ait punir .Mit LuciU* vu sautant au cou de M. de Kamoine <|ui, pour 1 embrasser, lâ( ha le initient qu'il martyrisait.
— Kl (|ui doue , ma petite Lucile? repartit
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le baron en regardant autour de lui , et en fixant les yeux sur l'abbé Costis, que cet épisode avait retenu Jusqu'à ce que le passage fut libre.
— M. le baron , je vous prie d'obtenir de maman que l'abbé Costis ne mette jamais les pieds dans cette maison : joignez-vous à moi , pour faire cette prière, si vous m'aimez un peu, et vous m'aimez beaucoup ?
— Si je t'aime, Lucile! s'écria M. de Ramoine , qui essuya une larme au bord de sa paupière. Je t'aime , comme si tu étais ma fille ! Je n'aime que toi au monde , toi et ta mère...
— Permettez-moi , M. le baron , de m'éloigner sans entendre de nouvelles injures? dit Tabbé en inclinant la tête et croisant les bras sur sa poitrine avec humilité.
— Morbleu ! M. l'abbé, quavez-vous donc fait à ma fdleule, pour qu'elle vous traite si ri-, goureusement ? dit en riant le baron de Ramoine,qui n'avait aucun soupçon.
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— J'cs|)erai.s (juc vous prendriez ma défense, Madunic la comtesse, répondit Tabbé a\ec un air di^nc et mécontent j j'espérais (jue vous me sauriez gré de mes efforts pour ménager les voies du salut à Mademoiselle votre lille; mais je commence à m'aperccvoir que mon zélé est un glaive à deux tmnclians , et (pio je me suis fait tort dans votre esprit...
— M. i'abl>c , ré])li(|ua la comtesse (|ui ne désirait rien tant (jue de voir son directeur se justifier avec éclat , si vos exhortulions n'ont porté <jue sur la danse , je vous approuve...
— Ouoi I l'abbé ne veut j>as <iue nous dansions, lors(pie nous dansons avec une grâce parfaite? interrompitM. deUamoine.Corbleu!
on ne danse pas dans vos églises, Monsieur!
— La danse est un exercice profane, répji- <pia la comtesse qui se persuadait volontiers que les griefs de Lucile contre l'abbé n'avaient pas «l'autrcs motifs ; si j'avais un avis à faire valoir là dessus, je ne soulïrirais pas que ma (ille se livrîlt à une récréation qui peut être une
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occasion de poche; mais, puisque M. le comte en ordonne autrement , je dois me taire...
— Cessez , Madame, de me défendre à contre-cœur , dit l'abbé Costis en méditant toujours sa sortie : le Ciel est juge de mes aclions, et les personnes qui cherchent me nuire se repentiront un jour î
— Encore une fois, chassez ce méchant homme ! s'écria Lucile qui frémissait d'être face à face avec cet audacieux séducteur ; sachez seulement qu'il ne s'agit pas de danse!
— Eh ! de quoi s'agit-il? reprit M. de Ramoine près de saisir au collet l'abbé qu'on accusait à mots couverts. Morbleu ! M. l'abbé , avezvous bien choisi les sujets de vos sermons?
— Monsieur, je n'ai rien à vous dire , et je ne vous reconnais pas le droit de m' interroger, dit arrogamment l'abbé Costis; je ne répondrai ([u'à Madame la comtesse.
— Ah ! faquin que vous êtes ! repartit le baron qui ne respectait pas plus la soutane que la livrée ; si vou^î n'étiez pas sous la sauve-garde
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«le Madame la comtesse, je vous adminisirerais plus d'un sacrement !
— Baron, vous vous oubliez! <lit Madame de Chatay, auprès de (jui Thabit ecclésiasli(jue avait recon(|uis toute son influence : nuuKjuer de respect à M, l'abbc , c'est en mancpier à moi-mùme !
— Toujours fail)le ! toujours dévote! murmura Irislomenl M. de Hamoine. M. rabl)é, puis(jue Madame la comtesse le permet, vous |>ouvez vous retirer.
— ( hii , Monsieur, je me retire d'une maison maudite que la foudre tarde à écraser! s'écria l'abbé en prenant le ion menaeanl, dès qu'il eut |>assé le seuil. Malheur à vous, Madame la comtesse! le Ciel vous punira de n'avoir pas protégé son ministre. Malheur à \olre filh.' impie, qui ose m'outrager devant vous ! On verra ce que c*cst que ma vengeance!
— L'infâme! murmura Lucile en se cachant la ligure entre ses mains , il machine encore
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quelque scélératesse pour empêcher mon mariage.
— Accordez-moi seulement la licence de châtier ce misérable tondu , dit le baron qui brandissait déjà sa canne à bec de corbin , et je lui ferai rendre Tame sous le bâton.
— C'est un prêtre , baron , répondit la comtesse en abaissant ces dentelles sur son visage : à ce titre, il a droit au respect. Mais il ne faut pas le poussera bout, grand Dieu!...
La comtesse de Chatay n'acheva pas : elle fit signe au baron de passer dans l'oratoire avec elle , et là ils se parlèrent à cœur ouvert pendant plusieurs heures.
Lucile , en demeurant seule dans le salon, craignait que l'abbé Costis ne revînt sur ses pas 5 et elle s'enfuit tout effarée jusqu'à sa chambre , où elle s'enferma pour rêver à sa prochaine union avec l'homme qu'elle aimait.
Lorsque le baron de Ramoine sortit de la conférence secrète à laquelle la comtesse s'était
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préparée depuis la veille jwr la prière et les larmes , il avait les yeux humides et les traits altérés; il ne proféra ni un jurement ni une parole, en remontant dans sa voiture, qui le ramena chez lui.
De retour à son domicile, il écarta d'un couj> de pied la TulijKî (jui le suivait avec une obsédante curiosité. Il alla droit au boudoir jaune, ouvrit le secrétaire, en tira la boite de laque qui contenait ses bijoux et ses lettres d'amou r ; il leva le double fonds, le sachet o<lorant, et ne trouva dessous que deux cahiers du .Vercurc de l'raiicc.
A celte vue, il frémit de tout son corps, regarda encore dans la boîte , exhala un sourd •;émissement , et tomba, comme anéanti, sur un sopha.
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Lk baron de Ranioinc arriva le proniior cliez le comte de Chalay pour assister comme Itmoin à la signature du contrat de mariage de Lucile avec M. de Uupelmonl : il devança les autres témoins, le noUiire cl le futur Ininiùmc, (|uoi(iu'il eût donné à sa toilette moins de temps qu'à la manifestation de sa mauvaise
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humeur, qui se déchargeait impitoyablement sur le maraud de la Tulipe.
M. de Ramoine avait passé cette nuit-là dans son lit , sans rêver à la bassette ni aux filles d'Opéra; car il ne ferma pas l'œil jusqu'au jour, et ne fit que poursuivre en idée la trace des précieux papiers qui manquaient dans son secrétaire.
11 avait été vingt fois sur le point de distribuer une large bastonnade à chacun de ses gens, et surtout à la Tulipe, en les jetant tous à la porte. H'avait conçu divers expédiens pour parvenir à la découverte du dépôt enlevé et du voleur; mais, sitôt qu'il s'arrêtait à quelque moyen extrême , la prudence lui conseillait de ne point ébruiter une soustraction qui pouvait amener en écho les bruits les plus ofîensans pour l'honneur d'une femme. Après avoir tout résolu , il se décida enfin à ne rien faire en attendant les événemens , qui prendraient peutêtre une tournure favorable.
Madame de Chatay était impatiente de le
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voir : cilc so trouvait seule dans le salon, où lies sièges avaient été rangés en cercle autour d'une table, devant laquelle serait assis le notaire au milieu (le rassemblée de famille. Dés qu'elle reconnut les pas pesans du baron , elle sortit à sa rencontre , et jugea d'un coup d'œil qu il n'apportait point ce (pi'elle thsirait avec an t d'anxiété .
Elle n'avait pas dormi la nuit plus que M. de Kamoine,<ît sa dévotion, prompte à s'elTrayer, lui aNail présenté mille fantômes terribles, dont le plus menaçant n'était pas la perte de sa position sociale : elle craignait piu' dessus tout de devenir une pierre de scandale et d'achoppement , sui\ant les expressions de l'É- Nangile.
Son agitatiuu iiiicmiur so rellélail sur son visage pâle et fatigué; ses yeux retenaient à j)eine les larmes a (Huant au bord de ses pau- |)iéres gonllées «'t rouges : elle ne venait à bout de so distraire d une préoccupation prolondc.
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qu'en roulant les grains d'un chapelet d'ébène entre ses doigts.
— Hé bien! cher baron, les avez-vous retrouvées? dit-elle en soupirant et n'espérant pas une réponse satisfaisante.
— Non , par la sambleu! reprit M. de Ramoine en frappant le carreau avec sa canne. Il y a là dedans du sortilège et du maléfice !
— Hélas! Dieu sait en quelles mains ces lettres et ce portrait sont tombés ! murmura la comtesse , qui se mit à fondre en pleurs.
—Quoi! Madame, voici déjà quevouspleurez ! Corbleu ! les pleurs n'avancent jamais les affaires : mieux vaudrait rire, pour faire contre fortune bon cœur, comme disent les petites gens. Est-ce que je pleure, moi? et pourtant, j'ai plus sujet de pleurer que vous n'en avez ; car je suis l'auteur de tout ce qui pourrait advenir de pis. C'est mon imprévoyance qui a causé le mal... Cependant je ne vois pas quel