‹ La sœur de MaugrabinChapitre 26 sur 57 · ANXIÉTÉ · texte numérisé non relu

ANXIÉTÉ

tat pécuniaire , provenant d'un secret industriel ou scientifique. Tout à coup il fut frappé d'une idée qui lui sembla s'accorder avec toutes les probabilités : un trésor devait être caché dans ses domaines?

Mais il retomba , malgré cette supposition agréable , dans les commentaires les plus méticuleux sur la question de son honneur , lorsqu'il entendit une vive discussion éclater entre le notaire et l'homme au secret : il s'approcha de la porte pour surprendre le sens de cette conférence où il était apparemment intéressé ; mais il ne put saisir que des paroles sans suite, parmi lesquelles on mêlait souvent son nom et celui de la comtesse.

Une sueur froide baigna son front , et le mouvement de son cœur cessa presque par intervalles , pour redoubler ensuite d'activité: il comprenait enfin que ce secret pouvait être une affaire de vie ou de mort.

LE SFXRET.

Lorsque rinronrm ronlra dans Incahinel où M. Desbrosses le siii\il, la iC'ie basse et l'air consterné , ils trouvironl le comte de Chalay debout, appiivé contre la muraille, et couvrant avec sa main son visai^e sillonné de larmos.

— lié bien! Messieurs, dit le comte qui eut assez d'empire sur Ini-méme pour dissimuler

le trouble où il était , paicrai-jc ou non les cent mille livres?

— Ce secret est une infamie ! s'écria M. Desbrosses en lançant à l'abbé Costis un regard d'indignation et de mépris. Celui qui en fait trafic est un infâme !

— M. le notaire, vous oubliez ce dont nous sommes convenus, dit l'abbé qui rougit de sa sentence prononcée par un honnête homme; j'en appelle à votre bonne foi sur laquelle j'ai compté : le secret que je vous ai confié par anticipation importe-t-il au repos , à l'honneur et à la fortune de M. le comte de Chatay ?

— Monsieur , si vous étiez accessible au moindre sentiment de pudeur et de générosité , vous garderiez le silence et ne reparaîtriez jamais devant M. le comte î

— Vous éludez la question, M. le notaire; je vous remercie de vos conseils et ne m'en sers pas ; répondez seulement : Le secret que je vous ai confié...

— Monsieur , arrêtez au nom du Ciel ! in-

i.L :»lcri:t. 173

Icrrompit M. Dcsbrossos en s'eiïorçant c1«î l'eii- Iraincr hors de la salle ; acceptez plulûl la soiDiue que je vous ai offerte pour vous taire!

— Fi ilonc î Monsieur , je n'ai rien à recevoir de vous , |)uis(|ne je ne vous vends rien; c'est à M. le comte que mon secret apparlionl, et je vous prie de déclarer...

— M. le comte, reprit M. Deshrosses avec une voix suppliante , je vous conjure de ne pas écouter cet homme, et même de lui abandonner les cent m ille francs , à condition ((u'il se taira.

— Kst-ce que je demande l'aumùne , M. le notaire ? réplicpia insolemment rablx* Costis : je ne voudrais pas de cet argent, sans l'avoir {^agnù.

— Diabifî ! voilà trop long-temps que voiis dispute/, Messieurs, reprit le comte de Chalay quccha(|ue instant do retard rendait plus impatient d'arriver :*i une .solution de cette énigme. Avisons ;i prendre un pai li : je suis venu ici

pour acheter un secret aux prix de cent mille francsj ce secret les vaut-il ?

— Vous me forcez d'avouer que ce secret est de la plus grave importance pour vous et pour voire famille , dit le notaire tristement ; mais je ne vois aucune nécessité de vous le faire connaître, M. le comte, et si vous accordez quelque crédit à mon opinion , vous renoncerez à savoir...

— Votre opinion est sans doute fort respectable, M. le notaire, interrompit brusquement l'abbé ; mais elle ne doit s'exercer que sur un fait : le secret que je vous ai confié intéresse-t-il au plus haut degré le repos, l'honneur et la fortune de M. le comte?

— Oui , je ne puis m'empecher d'en convenir , répondit M. Desbrosses contraint de remplir une promesse qu'il gémissait tout bas d'avoir faite : ce secret, que je considère comme un assassinat moral , intéresse réellement la fortune et l'honneur , l'honneur surtout de M. le comte 5 (juant à son repos...

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