LE CAI\1KL
minislôre à im pareil complot contre volrc
— Oirap|)elez-vons ma iillc? reprit le comte aTCC furie; vous savez bien que je n'ai pas (l'enfant! De ({iiel droit un bâtard usurperaitil mon héritage?
— M. le comte, vous êtes, sans le savoir, victime d'un guet-apens exécrable: ne faites |)as retomber sur des innocens le chAliment ûi\ aux cou{»ables! Je vous en supplie, ne précipitez rien; cherchons à démtMer la trame de ce mystère d'ini<|uité, et vous vous repentirez bientôt d'avoir soui>çonné , bien plus, condamné votre femme, (|ui est un ange d<" vertu et de pureté !
— Un monstre de perfidie et de noirceur ! Mais, de par tous les diables! vous ne nrem|)é* clierez pas de disposer de mes biens , c'est-àdire du.peu c|ue j'ai encore, en faveur de la personne ( pi i me plaira, de \ous-niéme, si j'entends vous prouver par là mon amitié.
— Je n'ai |»as besoin do vous aunoncor au*
paravant Tusage que je ferais criin legs de celte nature : je ne l'accepterais que pour le restituer!
— A \ous croire, je devrais rendre grâce au misérable qui m'a trompé, qui a souillé mon bonheur, domestique... C'est lui!... Adieu, Monsieur, laissez-nous! j'écrirai mes dernières volontés sans votre secours... Ne me parlez plus de cette étrangère ni de son indigne mère! M. Desbrosses, je vous somme de vous retirer et de vous conformer à mes intentions ! Silence sur toute chose! le secret qu'on vous a confié en participation est à moi seul !
Le comte de Chatay ferma la bouche aux représentations du notaire et l'entraîna presque de vive force jusqu'à la porte du cabinet qu'il referma sur lui à double tour, après y avoir fait entrer le baron de Ramoine , qui éclata de rire au bruit de la clé dans la serrure.
Le baron était plus gai que d'habitude, à cause des sommes d'argent qu'il avait gagnées
LE CAHILL. 20î»
coup sur coup; les lihations du sou|>or ne contribuaient pas jHîuàsa joyeuse clis|>osilion (l'esprit : il cliaiicelait à chaque jkïs et ne Irou- \ait pas à point nommé les mots (ju'il voulait prononcer.
Le comle lui serra le bras avec tant de vigueur, (jiie ce bon vivant accusa ses rhumatismes de la douleur cpiil ressentit et <pii lui arracha un cri plaintif; ce{>endant il céda au désir du comte, et s'assit ù coté d'une table couverte de pa|)icrs, enlre lcs(piels apparaissaient des pistolets , de la poudre et des balles.
— Corbleu! comle, dit le baron en se souvenant de la bonne chère qu'il avait brusquement interrompue avant que la soci«lé lui eut l'ait lever le siège , cette table-là, avec ce qu il y a dessus, ne ress<'mbl«* guère à celle que j'ai cpiillée pour vous ol)éir. J'ai cru , morbleu! (|u il s'agis.s;iit de (|urhpie grande afl'aire, et (|ue peut-être on mariait Lucile à minuit; mais^ Dieu merci! ma \enue n'était pas urgente, H. 14
et je rosserai la Tulipe qui m'a débité des contes à dormir debout.
— Vous avez bien fait de venir , Monsieur , reprit le comte avec une glaçante solennité de geste et de voix : autrement , je serais allé moimême vous chercher.
— Oui-dà! cher comte, j'en eusse été fort aise, répliqua le baron à qui les fumées du vin ne permirent pas déjuger du premier coup d' œil le changement opéré dans la manière d'être du comte à son égard : je vous aurais
recommandé à deux charmantes coquines
Chut! je vous eusse fait boire comme un marin que vous êtes; vous auriez joué, par la sambleu ! et l'amour de la bassetto eût conquis votre cœur de sage incorruptible...
— Je ne vous ai pas mandé pour entendre vos propos d'ivrogne, Monsieur; le cas est plus sérieux. Je vous prie de m'écoater d'abord , et de répondre après, lorsque j'aurai tout dit. Je serai bref autant que possible , et j'espère que
Il: CAl.TIL. 211
volrc réponse sera de iiiciuc ircs-courlo el liès-explicile.
Le baron de Uauioine fui frapjHJ du ion sce et froid de son ami. 11 se mit en devoir d'écouter, el, dès la première phrase que prononça le comle, il devina les suivantes.
Toutefois, il profila du temps de réflexion qu'on lui oiïrait, |>our choisir un parti el iK)ur se pré|)arer à le suivre juscfu^au hont (bns toules ses conséquences; il fui soutenu |>ar rallachemenl (|u il poilait à la comtesse de Chatay ,eLjugi.Hil , à certaines formules indécises de lallocutiou du comte, que celui-ci doutait encore |>ar intervalles et ne demandait pas mieux que de pouvoir douter, il se détermina fermement à nier.
Il déguisa son éujotiun et ses angoisses sousun extérieur calme et prestjue indinérenl j il s(j)»p()rl;i lesregurils scrutateurs du comte, et ne détourna pas les siens tant que dura lénumération des gricls de ce rnari oulragé. Le
vin, qu'il avait bu à copieuse dose favorisa son air d'assurance en écliauffantson cerveau : il ne se troubla pas une seule fois.
Le comte de Chatay commençait presque à penser qu'il avait été dupe d'une odieuse machination, comme M. Desbrosses avait essaye vainement de le lui persuader.
— Eli bien ! Monsieur , qu'avez-vous a répondre ? demanda le comte en considérant le baron avec amertume plutôt qu'avec rage.
— Rien, cher comte, sinon que tout ce que vous m'avez débité n'a pas le sens commun, répondit M. de Ramoine dont le cœur était violemment agité.
— Avouez plutôt , Monsieur , puisque je sais tout. Je ne vous haïrai pas moins, mais je vous estimerai davantage, si tant est que je puisse vous estimer!
— Je nierai tout , M. le comte , et je vous prouverai (|ue l'abbé Costis est un fourbe qui se venge de moi, parce que je l'ai expulsé de
LE TARTF.!.. 213
\olrc maison, lors(ju il lormail liMlt^ssoin il'i-nlever, de séduire voire lille...
— Votre fille, à vous!... Mais il n'est pas question de l'ablxj Coslis, il est <|uestion de ce |)orlrait , de ces lettres (|ue j'ai eus entre les mains...
— Clés lettres sont supjK)sées , ce portrait a été fait sans l'aveu de madame la comtesse, rabl>é Costis est un calomniateur : voilà ce <|ue je prétends prouver.
— Prouvez-le , et je vous Ix'nirai, et je vous rhérirai, et je nous donnerai Uion saut; , s'il le faut , poui* l'tir.' « rj.îtpr nia reconnaissance!
— Vous a\e/. déjà une Icllrede cachet contre l'abbé Costis? dit le baron de Kanioinc en ra|)ercevant déployée sur la I; lie : k n « Ur moi-la, jt? vous jure d'a\oii demain lespreu\es manifestes de la fausseté de cette correspondance î M. le comte , au nom de \olrc honneur , conliez-n)oi cette lettre de cachet 1
— Qu'en ferez-vous de plus (piemoi-ménie?
214 LE CAnTEL.
Demain, au point du jour, nous nous battons à mort.
— Soit ! Mais cette lettre de cachet? Je vous en rendrai bon compte, et ensuite je serai à vos ordres pour en finir comme il vous conviendra.
— Prenez-la donc , et Dieu vous entende , si vous espérez par là vous procurer les moyens de me convaincre d'erreur et d'injustice!... Demain , à six heures , trouvez-vous sans témoin , avec des armes , dans le bois de Vincennes, le long des murs du couvent des Minimes.
— Je m'y trouverai , M. le comte. Mais Dieu, que vous invoquiez tout à l'heure, ne permettra pas que votre malheureuse femme , que votre fdle soient opprimées par d'infâmes calomniateurs! Demain, à six heures, je vous apporterai sans doute de quoi éclaircir vos soupçons et je vous forcerai à me pardonner.
— Monsieur, c'est un duel à mort et sans témoin que j'exige : vous comprenez que je n'irai pas divulguer mon déshonneur en appe-
LE CVRTEL. 215
lanl (les arbitres dans un dilît-rend «[uc nous devons vider seul à seul. Comme l'un de nous deux succombera nécessairement , il faut , pour que Tautrc ne soit j>as accusé d'assassinat , nous munir d'une déclaration signée que nous échangerons sur le terrain , et dans la- (juclle chacun reconnaîtra fjue ce duel à mort cl sans témoin a été accepté préalablement par les deux ad\ersaires, (pielles qu'en puissent être les chances remises à la justice du Cii'l.
— Je me flatte que celte déclaration sera parfaitement inutile de votre |)art ; quant à moi y je subirai ma destinée sans m'en plaindre : rapjKîlez-vous toutefois , s'il y a lieu , ({u'un saerilice n'est |)oiiit une expiation!
LA LFTTRK I)F ( ACIIET
I.K baron do riainoinc ne retourna \\:\^ dans le Iripol où il s'était promis tU' passer la nuit : il rentra chez, lui [)Oursc préjKirer à exécuter le projet qiril avait conçu par une gcDëreuse et subite inspiration de dévouement , tandis «pie le comte dr (llialay , irrité de trouver tant d'indinVrencc et de K-serve dans un rou-
218 LA LETTPxE DE CACHET.
pable, se laissait emporter à des menaces, à des sermens de vengeance.
Durant cette longue et pénible conférence , le baron resta, pour ainsi dire , sur la défensive , sans prodiguer les protestations d'innocence ni les indignations feintes ou réelles au sujet du fait qu'on lui imputait : il se contenta de nier froidement , tranquillement , obstinément. Le comte de Chatay fut presque ébranlé. Ils se séparèrent néanmoins dans les termes d'une politesse glaciale et séclie, en s'engageant mutuellement à être exacts au rendez-vous du lendemain .
Le baron , qui ne s'était pas couché et qui avait mis en ordre ses papiers , sonna son valet de chambre à quatre heures du matin.
La Tulipe était averti de se trouver prêt au premier signal , et comme il dormait tout habillé étendu sur un banc de l'antichambre , il se leva en sursaut , fît trois pas en chancelant, bâilla de toutes ses forces et accourut en se
LA lETTRE DF. CVCHET. JIQ
fiollanl les yeux sans rriissir à dislin^nrr noilemenl les objets.
Ce fut la voix rude et farouclie de son maître qui acheva de dissiper son sommeil; uncou[) de pied que le baron lui décocha dans les jambes ne cniiirjbua i^as moins î^ l'éveiller tout à fait.
— Ça, maraud, lui dit le baron (|ui était prêt à partir , je ue te fais pas rhonneur de croire à ton courage , mais je crois à la cupidité (|ui jK'ut ton tenir lieu.
— En effet, M. le baron, j'ai un couraj^e héroï(|ue pour gagner de l'argent, répondit la Tulipe qui se tenait hors de la |>ortée dune rhi(pienaudej l'argent est un baume à tous les maux, et je supporterais plus galment les caresses dont vous me gratifier, si ]o récoltais des écus lurs^pie vous semez des coups.
— Ils'agitdefigurer sur mon testament pour une somme de dix mille livres : ne fcnis-tu l^as buniH' figm-e en présence de ce legs?
— Oui, M. le baron, mais je serais désolé de souhaiter la mort d'un si excellent maître , et j'aimerais mieux que la clause qui me concerne reçût son exécution de votre vivant , pour que vous soyez témoin de mon bonheur, de ma reconnaissance. Avec dix mille livres, on vit honnête homme en Champagne.
— Hé bien ! morbleu ! tu les auras comptant, si tu fais bien ton devoir , et même je ne me bornerai pas à te rendre honnête homme pour si peu de chose.
— Vous n'avez qu'à ordonner : je suis propre à tout , M. le baron ; je ne me suis jamais senti plus de cœur , j'aftronterais la gueule d'un canon... Dix mille livres!
— Allons , corbleu ! nous verrons cela : je vais te mettre à l'épreuve. Masquons-nous et armons-nous ; pas un mot , pas un mouvement, il suffit que tu obéisses en silence !
— Voici la première fois que je porte un masque, M. le baron : je prie Dieu de ne pas
LA LLTTRE DE CACIIKT. 221
s'ollonsor de celle mascarade , puisciue nous ne sommes ()as en carnaval.
— Tais-loi, marand , inlerrompil le baron de Ramoinc en Tinvilant du pied à marcher en avanl. Si lu ne gagnes i)as les dix mille livres , lu pcrdi-as plus (jue les deux oreilles.
La Tulipe, le >isage couverl d un mas(|uo noir cl porlanl des pislolels avec une (Tainli>e précuilion , descendil le premier dans la rue ; le baron le sui\ail d<» près, êgalemenl masque et armé sous son manleau de drap brun : il lenail à la main un pelil codre de bois des lies conlenanl seulement ce (|ui était nécessaire pour écrire et allumer du feu.
(il fiacre slalionnait à |>eu de dislance de riiôiel : un evempl de police se trouvait dans cette voiture avec deux sergens ({u'on a|»pelail alors iKxjuciuns , à cause de leur casa(|ue blanche brodée; un troisième hoijuelon servait do corhor.
— IWjnjuur , ^^ .^sieurs , dil le baron en
ouvrant la portière , vous ne vous faites point attendre. Nous pouvons sur-le-champ exécuter la lettre de cachet dont je suis porteur, et que je vous remets , M. l'exempt. Il y aura cinquante louis pour vous, Monsieur, et deux pour chacun de vos gens : je puis vous les délivrer d'avance.
— Cela ne pressait pas , Monsieur , reprit l'exempt qui les prit avec beaucoup d'empressement et garda la part de ses trois sbires. Permettez-moi seulement d'examiner la lettre de cachet , pour ne pas commettre d'erreur de personne. C'est bien, ajouta-t-il après avoir lu à la clarté des lanternes du carrosse 5 avant six heures, votre homme sera écrouéà la Bastille. Adieu , Monsieur , ne nous retenez pas davantage , de peur que l'oiseau ne s'envole et que le nid ne soit vide.
— Je vous demande, M. l'exempt, d'assister moi-même à cette expédition, car il est important que je constate l'identité du personnage. Mon valet montera derrière la voi-
LA I.ETTUt DE CACHET. 'Jj3
turc , si vous ne vous y opposez pas. Il esl aruiê à tout liasarJ pour nous prêter uiaio* forte, s'il on était besoin.
— Votre compagnie nous sera fort agréable, Monsieur. Vous devez être en crédita la cour, pour avoir obtenu si vite une lettre de cachet contre un prêtre ?
— Il est vrai que je ne suis pas mal en cour, M. rexemi»l , dit lo baron , <|iii s'empressa de tirer parti de 1 inlluence (pion \oulait bien lui sup|K)ser auprès du roi et des uiinislres. Les lettres de cachet surtout ne me font [>as faute , et j'en aurais pour la moitié des habitans de Paris , si tel était mon bon plaisir.
— Je vous serais grandement oblige , reprit lexcmpt qui ne doutiiit pas que Tinconnu mas<pié ne fût un grand personnage, si vous daigniez me i*ecom mander aux bonnes grâces de M. le lieutenant de i)olice. Je suis (kto de famille, et une place de quinze cent livres est médiocre i>our vivre avec six enfans.
— Ma protection vous est acquise , M. l'exempt , pourvu que vous me secondiez avec le zèle qu'on vous connaît : je vous promets tout mon appui.
— Héî Monsieur , je suis à vos ordres , moi et mes gens : nous nous ferions tuer pour vous qui daignez vous intéresser à la situation de ma petite famille.
— Gardez-vous de vous effrayer des propos que tiendra l'abbé Costis, et ne m'adressez pas la parole, afin qu'il ignore qui je suis.
— A coup sûr;, vous êtes un seigneur riche et puissant: cela se voit ailleurs qu'au visage et aux habits! vous n'avez qu'à disposer de nous à votre gré.
— Je vous dirai à l'oreille ce qu'il faudra faire , et je ne vous cache pas que le roi attend impatiemment le résultat de notre expédition. I
L'exempt , qui avait été prévenu seulement au milieu de la nuit de se rendre en fiacre avec
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liois ho(|uelons dans une rue ilésignéc , jHiiir agir en veiiii dune lellrc de cachet secrtle , demeurait con>aincu <|ue le baron de lianioiue était au moins le due de Kielielieu en personne , et il se flattait agréablement de prolitrr d'une si haute jiroleelion.
La gratilication de cinquante louis , le mab- (|ue de I inconnu , la livrée magnifique de la Tuli|)e , el , plus (|uc tout , cetle lettre do cachet signée le soir même, dans un moment où elles étaient fort rares ù cause de l'abus qu'on en avait fait ; ces différentes circoiislanccs, en un mot, se groupaient aux yeux de Texenqjt comme autant de preuves irrévocables de b qualité de son conq)agnon de rouli*.
Les deux ho<|uetons, accoutumés à une obéissance |>assive el stiq»ide, n'auguraient pas moins favorablement du personnage assis devant eux au fond du carrosse , et se serraient Tun contre l'autre pourquoi fût \)cn gêné :du reste , ils étaient encoi-c mieux disposes que II. i3
l'exempt à se soumettre aveuglément à tout ce qu'on leur commanderait au nom du roi.
Le baron de Ramoine se réjouit des facilités que le hasard lui présentait pour venir à bout de son dessein aussi audacieux qu'étrange.
La voiture roulait avec rapidité dans les rues désertes et sombres : elle s'arrêta enfin devant une porte d'allée, au dessus de laquelle pendait une énorme enseigne, où le caprice du propriétaire avait fait peindre une grue.
C'était l'hôtel garni de la Grue, assez paisiblement habité par des provinciaux qui s'y succédaient dans leur passage à Paris ; néanmoins la police , qui, à celte époque, exerçait une surveillance minutieuse sur les maisons publiques pour y recueillir les documens scandaleux destinés à égayer le petit coucher du roi y n'avait pas tardé à découvrir que l'abbé Costis logeait dans cette auberge depuis deux jours.
Le baron de Ramoine , l'exempt et les deux hoquetons descendirent, quand la Tulipe eut
ouvert la porlicre ; jiuis, le liacrc s cluigua do <|iiel(|ues i>a8 el resla près d'une unlre {>orte ({ui déjHîDdait aussi de riiùtcl. Le ho(iucloii (jui le conduisait mil |)ied a lerre comme les autres, el (il sentinelle vis-à-vis de celte porte.
— Ouvrez , de pr le roi ! cria rexempl a haute voix. Des 11aiidie;iu\ !ajoula-t-il en parlant aux valets (|ui ne bétonnaient [mn d'une visile de celte e.s(>èce , et <|ui reçurent tres- |)olimenl les envoyés de la |Kjli(r. Vous avez ici un locataire «pii syest installé d«'|Hiis d^'iiv jours , el qui, de son \eriLible nom, i u l*abt)é Costis?
— Oui , M. 1 exempt , ré|>ondil un dci» domesli(|ues de l'hold; il se fait appeler le chevalier de Coslis, et lo^^e au M^cond étage , N. 10. Faut-il l'avertir?
— Je Tavertirai bien! dit l'exempt (|ui avait tiré une ba(^uelle d ebene , allribut de sa charge. Toi, em|Mîche «pic p< • -«nn»* n. >>.Mi. de la maihOii , «lil-il u lUn <li* :x4's hoipielon*
TIS LA liitul; de cachet,
qu'il posta au bas de l'escalier. Monseigneur, vous plaît-il de monter avec nous? ajouta-t-il en se tournant vers le baron de Ramoine.
— Va-t-en garder le carrosse, dit le baron à la Tulipe que le nom de l'abbé Costis aurait fait rentrer sous terre , si cette retraite lui eût été possible. Remplace le cocher, entends-tu ? reprit le baron à voix basse ; sois prêt à partir, dès que je te l'ordonnerai! Songe que tu joues un jeu à gagner dix mille livres ou à perdre la vie !
— Ouvrez, au nom du roi î cria l'exempt , qui frappa de sa baguette contre la porte du N. 10, et qui réitéra trois fois de suite la formule consacrée.
Les valets ne donnèrent pas au hoqueton le temps de briser la porte à coups de crosse de carabine ; ils l'ouvrirent eux-mêmes à l'aide d'un passe-partout , quoique l'habitant de la chambre n'eût pas fait un mouvement. ,
Qïi entra avec de la lumière; le lit était vide,
Il I.KTTnK l»K » \r.HH1. t^2^
maison Irouvariioinme, «{ui vouait (Von sorlir, caché dans iin<* armoire , en chemise et. serrant contre sa [>oitrine un pacinet do lettres et d'autres papiers.
Col homme , chez (pii l'effroi et la surprise avaient produit une vive impression , ue pouvait s'en remettre et n'opposait pourLint aucune résistance à rcxempt <pii Tavait saisi par lo bras vn le sommant de se rendre , de livrer ses armes cl de marcher au nom du roi, (|uoi- (pie l'ahlM» Coslis fut pres<pie nu et ne pariH muni d'aucune arme.
— Que me veut-on ? dit-il «n l)albuliaut et on faisant tous ses efforts pour prendre contenance. Dcqiiol cîroil vio!c-l-on mon domioilo? Vous vous trompez, Messieurs!
— N'est-ce pas vous qu'on nomme rnhlx- Coslis? demanda l'exempt i\\\\ avait déphné la loltre de cache!. Vous êtes prisonnier du roi.
— Moi, |»risonnier î s'écria l'ahlx» (pii de» \int pâle de raî:«\ai>rês avoir été écarlalc de
"i80 LA LKÏTRK DE CACHET,
honte et de terreur : je ne suis pas celui que vous cherchez, laissez-moi !
— Yous allez m'accompagner de bonnegrace à l'endroit où j'ai ordre de vous mener, sinon je vous y contraindrai par la force , M. l'abbé.
— Oui , je suis abbé, et, à ce titre, je m*en réfère à la juridiction ecclésiastique : j'exige donc qu'on me mène devant Monseigneur l'archevêque.
— Arrachez lui ce qu'il tient dans les mains, dit bas à l'exempt M. de Ramoine , qui se contenait à peine en voyant l'infâme auteur des infortunes d'une famille entière; ce sont des papiers d'État que le roi désire examiner luimême, et que j'irai lui porter à Versailles, aussitôt l'arrestation faite.
— On ne me les arrachera qu'avec la vie ! s'écriait l'abbé , se débattant contre l'exempt et le hoqueton qui employaient la violence pour lui ôter les papiers que le baron de Ramoine attendait avec anxiété , sans oser se mê-
I \ LCTTKE nu CACHET. ^|
1er à la luUe. Ces li'Uri's soiil à moi ! ce SODI des letlres dr fciiiiin's, Messieurs!
— Vous les réclamerez an roi, ({ui jugera si elles peuvent vous ôlre restituées, répondit Texerapt en les confiant an haron qui les glissa dans sa poche.
— Le roi!... cela n*cst pas possible, Mes* sieurs! criait Tabln} qui s'agitait avec désespoir et qui refusiiit de s'habiller, malgré les injonctions redoublées de Texempl. On vous abuse! le roi n'est j)Our rien dans luul ceci!... .\li ! les lettres ! continua-t-il en apercevant le baron de Ramoine , mns^jué et immobihMlans un coin. Est-ce vous, M. le comte de Chalay?... Faites-moi rendre la liberté et mes cent mille livres, je vous abandonnerai les lettres.
— Pnis(|ne M. l'abbé ne veut pas se vêtir , interrompit l'exempt en étendant s;i kiguette, cnlevcz-lc en cet é<|uipage et jiorle/.-le dans le carrosse.
Le ho<]ueton , qui était doue d'une vigueur
prodigieuse , nécessaire souvent dans son métier, s'empara de l'abbé comme d'un enfant têtu , et le tenant sous le bras aussi facilement que si c'eût été un parapluie, il le transporta jusqu'au fiacre, sans autre précaution que celle de lui presser les côtes avec le coude pour le dompter en l'étouffant à demi.
L'exempt et le baron de Ramoine , également satisfaits du succès de leur expédition , escortaient le prisonnier , qui avait pu proférer à peine quelques faibles cris entrecoupés de malédictions et de menaces ; mais il se dédommagea du peu de bruit qu'il avait fait tant qu'il fut entre les mains du hoqueton , en poussant d'épouvantables hurlemens, lorsqu'on l'eut déposé haletant et meurtri au fond de la voiture.
— Le misérable s'en va certainement ameuter tout le quartier, dit le baron à l'oreille de l'exempt : voilà déjà des gens aux fenêtres ! je vous autorise à user de rigueur : ce que vous
I K lettre: iif cachlt. SSS
ferez sera bien fail, cl le roi l ;ipprouveni. Ainsi, bâillonnez ce criard |>oiir le forcer de se laire!
— Ah! vous criez comme si Ton vous écorrliail î (lit l'exempt, dévoue à son prclendu prolecleur : M. le lieutenant de jKjlicc ne permet pas (|u'on trouble le sommeil de messieurs les bourgeois. Vous crierez loul votre soni dans le château de la Ibslille. Faites-lui un bâillon a>ec ce mouchoir, Messieurs!
En un instant l'id)!)/* Coslis eut la bouche comprimée par le linge (|u'il monlait avec ses dents en faisant d'horribles grimaces correspondant à d'horribles contorsions; car le ho- (juelon , pour remi)echer de déranger le bandeau <(ui le réduisait au silence, tira de sa poche une corde netive et lui attacha les mains derrière le dos.
Puis, comme l dbbe , dans sa rage impuissante, ébranlait la voiture par des b..n Is fougueux et cherchait à briser «lu pie I les [H)f
lières, une seconde corde serrée autour de ses jambes le condamna enfin à une complète immobilité : il n'avait de libre que le regard, et il défiait encore ses ennemis.