APRÈS QUATRE ANS DE MARIAGE
lèvres en signe d'impalience mêlée de dépit.
Pendant ce temps-là, sa femme brodait au métier , le front penché sur son canevas pour cacher les larmes qui ruisselaient le long de ses joues , malgré l'effort qu'elle faisait pour les retenir.
— Voilà pourtant, pensait-il, la triste et rapide conséquence d'un mariage d'amour , cette monstrueuse alliance de mots et d'idées qu'on n'a pas encore tout-à-fait rayée du vocabulaire social , ccUe rare et fantasque création du hasard qui produit aussi des veaux à deux lôtes et des enfans jumeaux!
Anatole et Emma étaient mariés depuis quatre années à peine, et les deux dernières ne comptaient plus pour le bonheur de l'un ni de l'autre.
La raison de convenance et de fortune , qui fait la plupart des époux dans ce qu'on nomme le monde, n'avait pas été entièrement étrangère à l'union de ces jeunes gens, appartenant également à une famille distinguée, en appor-
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tant chacun 20,000 li\ros d»* rcnlos dans la coniniunauU* ; mais le cœur avait déjà parlé , iors(ju'on les mit en présence pour la première fois avec le projet arrêté de conclure ce mariage, s ils n'y paraissaient pas contraires.
Anatole et Lmma se voyaient souvent dans les concerts cl les bals, où leurs parens se rencontraient r hiver ; les propriétés du père d'Anatole et celles de la mère d'Fmina étaient en (Champagne dans le même canlou , de sorte (|ue la jeune personne et le jeune homme se reliouvaient avec joie l'été, et se plaisaient réciproijueincnl.
('.ommt; ils avaient mainte fois parcouru ensemble les allées du parc de Brioude , comme ils avaient dansé ensemble bien des contredanses, comme ils se séparaient toujours trop tùt et se rejoignaient toujours trop tard, ils |>ens<Tent d un commun accord (|u'ils seraient parf;tilcmenl heureux le jour où ils ne se (juitteraient pins , le jour où ils pourraient causer, danser et se promener seuls tout à leur aiw5 :