APRRS QUATRE ANS DE MARIAGE
ce fut de l'inexpérience aveuglée par la sympathie qui découle si facilement d'une ame vierge et aimante.
Ils s'épousèrent en bénissant le Ciel qui les avait créés l'un pour l'autre, et le maire qui arborait pour eux son écharpe tricolore, ce drapeau municipal que le Code Napoléon a déployé sur le front des époux, comme pour leur annoncer que la guerre est déclarée et que leur vie ne sera plus qu'un combat.
Les suites de ce mariage furent très-supportables, tant que la mère de l'une et le père de l'autre présidèrent aux destinées conjugales de leurs enfans; mais ils ne vécurent point assez pour voir s'évanouir la félicité qu'ils croyaient attachée au foyer domestique des nouveaux époux ; dès qu'ils eurent les yeux fermés, dès que leur présence et leurs conseils ne servirent plus de guide et de frein au caractère d'Anatole , celui-ci se laissa par degrés entraîner à son penchant naturel pour la dissipation et pour les plaisirs de son âge.
Il 110 lanla j)oint à s'apercevoir qu'il s'ôlail marié avant que le tennp<; des pa&slons Tôt venu, et eût, pour ainsi din, consunir tout ce qui germe de mauvais , de Siiuvage , dans le cœur humain , afin d'y planter la siigesse et de la féconder avec lf*s déhris de tant de brillantes folies réduites «'ii cendres.
Anatole n*avait pas donné de place à sa jeunesse, élouffée entre nne enfance que prolongea son éducation austère, et un ;^ge mùr ridicidement précoce que lui fit la condition de mari; cette jeunesse existait pourtant m lui, légère, capricieuse, ardente* : cIIp courait dans ses veines, exaltait son cerveau , se rellélait sans c<»sse dans sa pi'nsée, s<» mêlait à toutes ses actions, semblable à la sève du printemps qui monte des racines dans le tronc de l'arbre, et se réi)and de branche en bnindie pour jaillir en liourgeons et en ffuillapi^s.
Fnfin, la jf^unessc fit irruption; Anatole cessa de bitter contre ses goùls, et s*v al)andonna bientôt avec conjplaisance : il négligi^
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sa femme , ii eut des maîtresses , il ne porta plus qu'avec ennui le fardeau du ménage. A l'ennui succéda l'impatience ; à l'impatience, une résignation souffrante et désespérée.
Soir et matin, il se répétait, gémissant tout bas , que la plus sotte condition pour un homme jeune, c'est le mariage qui le façonne de bonne heure à la vieillesse en lui prêtant des habitudes , ces rides morales que chaque jour creuse davantage ; il se disait à lui-même qu'il était désormais perdu pour la société des femmes, pour la camaraderie des jeunes gens, pour les récréations vives, bruyantes et aventureuses, pour les dîners de garçons, pour les amours de passage; il s'avouait tristement que son tiîre d'époux le reléguait dans la catégorie des vieux qui n'ont pas de plus chères distractions que leur partie de wisk et leur tabatière; il se figurait même qu'il ne pouvait faire un pas dans le monde sans être trahi par le bruit des chaînes qu'il essayait en vain d'oublier.
Alors il eut donné la moitié des jours qui
lui rcslaicnt pour raclicler s;i libellé , |)our sortir du moins ilc la prison rDalriiiioniale , el pour n'y rentrer (|u'aprùs a\oir lasse son imajjinalion et son corps à voir «lu pays, à rei:ueillir des sensations , et à préparer des souvenirs pour le coin du feu de l'arriére-saison. La loi du tlisorce, qui subsiste inutile dans le réf)crtoire de nos lois, était encore à Tusagc de Tan de grâce isl 1.
Anatole de Brioude n'avait jms d'enfant, el ce lien du mariage, le dernier et le plus dillicilc à rompre, ne le retenait point par les libres délicates de rafleclion paternelle : il eût donc accepté avec joie une occasion de divorce , pourvu (|u'ellc ne fut pas trop éclatante ni trop sensible à la |);iuvre Kmma , (|ui préférait ses soulVrances d'ép(juse délaissée au coup mortel d'une Si'pralion décisive. Anatole comprenait bien (pi'il ne ramènerait pas à ce comwniancnl mutucly prévu et dirigé par les législateurs de manière ù satisfaire les deux i)arties en litige, cl à leur rendre une indi\idualilé à jk'u près