‹ La sœur de MaugrabinChapitre 46 sur 57 · II. ao · texte numérisé non relu

II. ao

Parole la plus sacrée! ce serait conscience que de le tromper, entendez-vous, Madame? car vous n'auriez pas beau jeu avec lui.

— Morbleu ! Monsieur , faites-moi grâce des éloges! interrompit Anatole, qui ne fut pas la dupe de cette ironie dite avec une perfide naïveté.

— Monsieur, reprit madame de Brioude, empruntant à sa situation de femme offensée cette dignitédeton et de visage que son sexe emploie toujours à propos, quelles que soient les noirceurs auxquelles on ait recours pour semer la mésintelligence entre M. de Brioude et moi , je ne perdrai pas la confiance que j'ai mise en lui, et je ne dévierai pas de la ligne de mes devoirs.

— Sublime! s'écria M. de La Turbinière, que cette brusque apostrophe déconcertait et qui feignait l'enthousiasme pour cacher son embarras. Épouse sensible et courageuse , que la chaîne de l'hymen te soit légère !... Mon cher, ajouta-t-il d'un accent moins théâtral.

VH MYSTiriCATEL'M. 1107

la conliancc (jiron vous accorde à jiihlc lilro vous iKTmeUra sans Houle de venir celle nuit an bal (le roixTa?

— Moi! dil en rougissant Anatole, (|iji s'clail mis d;ins une position trop moral** pour ne paraître pas indiirérent à un plaisir «pie madame de Itrioude ne partagerait |ki8. J'aime mieux dormir.

— Comment, mon cher, dormir! Vous parlez comme un l>onnelior. Le bal du lundi gras est le plus iK'au de lotis, et la cour ira. Emnjenez-y ma<lam(* ?

— Non , Monsieur, dit Kmma sans osteota* lion de pru<lerie, je préfère rester cliez moi ; mais M. de idioudi*, qui S4> plnîl d.ins a*ssortes de fôles, vousaccoin^ -doute...

— Je ne m'en soucie |kis, reprit Anatole, attristé par ics [icnséos et ses pressenti mens. Cette promenade de mas(|ues n'a |kis d'altnit |X)ur le«» gens qui craignent la poussière et les paroles inutiles.

— Vous êtes ce soir d'uno humeur dn^muA,

mon ti'cS'Cherî répliqua M. de La Turbiuière en se levant, piqué d'avoir mal réussi dans le but de sa visite; je me relire pétrifié et mystifié.

Aussitôt que M. de La Turbinière fut parti , Anatole , qui se repentait déjà d'avoir sacrifié ses plaisirs au misérable amour-propre de pas ser pour un mari jaloux , donna le bonsoir à sa femme, et eut à subir les remerciemens de celle-ci , toute reconnaissante de l'échec que le bal de l'Opéra venait d'éprouver à cause d'elle.

Il échappa le plus vite possible à cette mystification prolongée avec une bonne foi candide, et se renferma dans sa chambre, en maudissant sa femme , le mystificateur et sa propre maladresse; car il avait d'avance projeté d'assister à ce bal , où madame de Manigaud devait aller peut-être , et où il eût trouvé , dans tous les cas , quelque agréable distraction.

LE POINT DIION.NKIR î>Fs >I\IIIS.

IN monvcmenl de pudeur ol d«^ drpil a\:iil puî»<*ul engager Anatole dnns une \oie de |h^nitcnce , |)Our laquelle il uo se sentait aucun poncliant , cl le faire etourdimrnt rononriT au parli pris de ne |K)inl laisser celle nuit là flans son lit. Il fui lenlt* d al>ord de ne i»»nir nul complo du inipris qu'il a>ail :ilT«*clé à ron-

310 M^ POINT d'honneur DES MARIS.

tre-cœur pour le bal masqué; et il s'habilla même afin de s'y rendre ouvertement.

Mais , pour la première fois depuis son mariage , il s'était préoccupé des représailles que sa femme pourrait exercer contre lui , et de vagues soupçons sur elle avaient survécu aux insinuations goguenardes du mystificateur : il se figura bientôt , à force de creuser sa préoccupation , que madame de Brioude cachait le véritable sujet de ses larmes, et couvait au fond de sa mélancolie inexplicable un amour adultère , plus ou moins éloigné de son but; alors le fantôme du déshonneur, tel qu'il l'entrevoyait à travers le préjugé social, se dressa devant lui et le glaça d'effroi.

Il avait souvent arrêté son esprit sur les chances et les conséquences d'un divorce réclamé et approuvé par les deux parties intéressées; mais il s'était jusque là abstenu de toute prévision relative à une faute qu'il jugeait légère de sa part , impardonnable chez sa femme 11 se reprocha donc de n'avoir point

LF POINT li'H(iN>F.tR DKS HAllIII. Mi

Mmez ménagé \os a[>))an>iiC6S à Tégard de maflame do Brioiulo , et do s*i>tro iiii|>rn(lemment exposé à la poino du lalion. Il ne se promit jw* toutefois do rolranrJMT rien à ses habitudes, ni d*étre aussi sévère pour lui , qu'il voubit le devenir pour Kmma ; il résolut seulement de niellre dans sa Hiron d'agir pins do circonspection et de lermer les youx de sa fommc aux exemples de dissipalinti «pril lui avait donnés.

Ainsi, do ce moment, il se l'clicita d'a\oir paru fort insouciant du l)al do l'Opéra, et crut devoir en faire bon marché |>our exiger davantage de madame de Brioude dans une autre occasion. Oo n'«-tait pas un retour d'aiïection conjugale, pro<luit par le remords, mais une terreur pani<pio d«»s |>érils aux()uol$ un mari est oxpos<' , ol ipiil avait l)ri\««i |M'ndanl (|ualro annoos sans y 8ong«'r; périls si redoutablos [)Our lui, qu'il n'eût fias \oulu d'un divorce acheté à ce prix.

IVnflaut (pril se livrait à ci»f» appn'diensiont

.*M'2 LE POINT d'hONNEîH DES MARIS.

imaginaires , sans loutefois se décider à se mettre au lit, on lui apporta un billet de madame de Manigaud , lequel ne contenait que deux lignes : « Venez au bal de l'Opéra , sinon « je ne vous pardonnerai jamais. »

Anatole ne balança plus, et ses craintes de mari s'évanouirent en présence de son impatience d'amant. Néanmoins il ne voulut pas perdre le fruit de la concession qu'il avait faite à sa femme en refusant d'accompagner M. de la Turbinière à ce bal qu'il eût tant regretté de perdre. Il attendit , pour s'y transporter, que tout le monde fût couché et endormi dans la maison.

Vers une heure du matin, il prit un passepartout dont il faisait usage quelquefois, descendit dans le jardin sans éveiller personne , et sortit par une porte qui s'ouvrait sur la rue de la Victoire, et qui n'était pas numérotée, la porte-cochère de l'hôtel ayant le numéro ^6. Vis-à-vis de l'hôtel, se trouvait la maison de

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