I.E POINT II IlONNFAR Utfi ll\RIS
M. cic la Tnrliinicn', fiTméc d'une |)Orte bâtarde sous le nunulro impair 25.
Quand il fui dehors, il Iressaillil in>olonlaircment, et se repentit de mancpier à s;i parole envers sa ft'ninic |)oiir olx'ir à sa maîtresse; puis, jftant un coup d'cpil derrièn^ lui, ils'arrêla un instant, inilêcis, à regarder une finèlre de son hôtel , colorée en rouj»e sondire par la lueur d'une lani|>e, que renflaient les rideaux de soie écarlate : c'était la chamhn* d'Kmma où veillait cette lumière, ganlienne de son sommeil.
Anatole faillit retourner sur ses i^nsi-t céd«T à rinflucncc d'une voix secrète qui l'invitait à ne |X)int aller à l'OjW'ra. Mais le billet mystérieux de madame de Manigaud r»in(K)rta, et M. de Brioude, avec l'intention de témoigner sa déférence à cet ordre en se montrant au bal , y courut à In \\Mo , pf>ur en revenir plu* lot.
LE BAL DK L OPÉA.%,
Aumomonl où Analoloontrait <îan«ilo foyer, enromhrf» d'nno foiilo honrflonnanlo , un dornino, qui rlail \\\:\vv en cmlMis4a<I«* prrs du grand osra lier , s'rlanra vers lui, I»» wiisil |»ar le bras, et l'en! raina au fond (l'un corridor obscur.
— Analol»*, cv m- fis -l- !• s^tc que je
310 LE liyVL DE l'opéra.
veux être aimée! lui dit une voix fortement accentuée et aigre de colère , qu'il ne put s'empêcher de comparer à la voix douce et calme d'Emma.
— Vous avez voulu que je vienne ici , et je viens, reprit M. de Brio ude avec soumission.
— Vous venez bien tard ! répliqua-t-elle aigrement en lui lançant des regards irrités qui jaillissaient du masque comme des éclairs. Il y a une heure que j'attends; mais je vous excuserais si vous n'aviez pas d'autre tort î
— Quel tort ? s'écria-t-il, outré de cette injustice, sans savoir encore quelle en était l'origine. Louise, vous êtes bien injuste; je lais tout pour vous plaire^ pour vous prouver mon amour...
— Votre amour^ Monsieur? je n'y crois plus, interrompit madame de Manigaud avec emportement.
— Que dites-vous, Louise? m'avez-vous appelé pour m'injnrier, po!ir me désoler !...
Le BAL DK LUI'i:i;\. 'Aï"!
— Je \ous ui u|))>clc [K)ur vous couvuincrc (le fausselc et [Kjur rompre avec vous!
— Louise ne raille pas! je l'en coujurr, repartit M. de Lirioude en lui baisant uuc main ({u'ello s'cirorçait de disputer à ces tare>î>c's, que ne refroidissait pas le conlacl d'un ^aut pailunié.
— Vraiinoni !ai-je l'air de plaisanter, Monsieur? dit-elle d'un ton plus rude : ceci est une explication , et la dernière î>;ins doute.
— Mon Dieu! on accuse les j»ens a\ant de les condanuier , et on ne leur (itteiKl pas de se disculper.
— Moi, (|ui vous aime! ntoi , «pu vous aï préféré à tant d'autres, plus di^^nes d'être aimés! murmura-t-elleen diniinuant les intonations de s;i \ui\ , «{ui attirail la curiosité des {Kissans; moi, enlin . (pii ai trop long-tem|is souffert une rivale!
— Luc ri\ale! réj>cla-l-ii5tuiiciait ; lié î qui donc?
318 LE BAL DE l'oPÊRA.
— Votre femme! s'écria-t-elle avec un cri de rage.
— Louise , quelqu'un peut vous entendre ! parlez plus bas!... Mon amie, vous savez bien que je n'aime pas celle qui porte mon nom, mais que mon cœur n'a pas choisie?...
— Je sais que vous vous jouez de moi : hier encore, vous me juriez que le divorce était le plus ardent de vos vœux; que vous étiez impatient de me consacrer votre existence entière ; que vous aviez honte des chaînes qui vous chargent ; que vous les briseriez si vous ne pouviez parvenir aies détacher... Ces sermens étaient sur vos lèvres , mais non dans votre cœur !
— Je ne vous comprends pas , Louise , dit en tremblant Anatole, qui ne sentait jamais mieux sa faiblesse que vis-à-vis du caractère despote et violent de madame de Manigaud.
— M. de La Turbinière m'a raconté ce qu'il a vu , ce qu'il a entendu !
LC B%L Ml L'«9tlA« Ht
— Pouvcz-vous avoir 4gMd aux sornoUasde
cet hoiniiic?
— Ne vous a-l-il |>oinl fait une visita 00 soir ?
— lié liieii !
— Ilcliion! il vont a vu aux gOBOax de votre feinme , plus tendre, plus aroouretix auprès d'elle que vous ne fûtes jamais |k)ui moi !
— L'odieux mystificateur!
— Il NOUS a enleiulu proiliguer à celle femme mille témoignages d'attachemeDt » lâche 1
— C'est un menioiige y une ctiamma^ yiùm dis-je, puis4juo c'est vous seule <pie j'aime au monde !
— Moi seule! s'écria madame de Mioigiiid en dirigeant sur lui deux )eux eoflaoïnéi comme ceux d'une lionne en fureur; sî c*eil niui seule que %ous aimex , |>4)urquoi fOOf tant inipiieler des seotiuieos de vutre feoMûef
— Louise, M. de La lurbmiert a uii - Jt
3î20 LE BAL DE L OPÉRA.
dft \ipùre , dit Anatole , qui n'osa plus nier avec la même ténacité.
— M. de La Tuibinière, du moins, n'a aucun intérêt à m'abuser. Voyons si vous le démentirez? N'avez-vous pas, devant lui , donné à cette femme d'admirables conseils de fidélité conjugale.
— Quand cela serait vrai ? dit-il en hésitant.
— Si cela est vrai , vous ne m'aimez point comme je dois être aimée, et je suis une folie de vous aimer encore !
— Mon Dieu! que vous importe! reprit Anatole, qui était mal à son aise sur un sujet si délicat.
— Eh quoi ! Monsieur, est ce donc là ce que vous m'avez promis? s'écria madame de Manigaud , qui se croisa les bras et se posa devant lui comme une statue menaçante.
— Que vous ai-je promis ? dit-il , déjà bouleversé par cette scène imprévue, qui s'animait par degrés.
LE U\L bL L 01*1:11 A. :]*il
— De qui lier celle feniiuc , de divorcer? ropril vivcmciil le doiuino, dont la physionomie devait alors exprimer sous le mas(|ue toutes les angoisses de la passion la plus ovultêc.
— Je ne demande pas mieux , rêplicpia M. de Hrioude, interdit à Tidêe des conditions de déshonneur cprentralnernit pcut*éire ce di* vorce.
— Ce n'est pas as ;l»z (juo de l'allendre et de vous y soumellre; il faut le vouloir, il faut rublenir i>ar tous \o^ movens [H)
— ^JUcU iii'^jiio . Mil An&tOle tnçv. lii-
(|uiéliide, ne sachant ce ((u*il rêj)ondrait diOê le cas où ces moyens r raient à sa con-
science.
— Les plus prompts, les plus infaillibles sont les meilleurs. Ln un mot, Anatole, je suis lasse de tolérer un partage onensani . <( je vous somme d'opter entre elle et moi.
— Mon choix est i i 'it Anatole avec un véritable élau i\<} I ^