‹ La sœur de MaugrabinChapitre 48 sur 57 · LE BAL DE L OPÉRA · texte numérisé non relu

LE BAL DE L OPÉRA

qui toucha madame de Manigaud et calma sa fureur jalouse.

— Alors hâlez-vons d'en venir à un divorce nécessaire, Anatole; si vous tardez à le réclamer vous-même, on aura bientôt i'audace de l'exiger de vous , pour vous faire affront.

— Je vous atteste, Louise, que je n'ai pas moins d'ardeur que vous pour ce divorce ; mais madame de Brioude s'est prononcée trop explicitement sur ce sujet , pour que j'espère la faire consentir à ce que nous désirons l'un et l'autre.

— Vous êtes plus faible qu'une femme, Anatole , murmura Louise , avec un sourire de dédain.

— Enfin, que puis-je faire? dit-il, tremblant qu'on ne le lui apprît.

— Tout, pour réussir! s'écria-t-elle d'un ton résolu.

— Vous ne m'ordonnez pas de la tuer? dit-il amèrement.

LL bVL DE L'ofLIU. 3i3

— Non , mais de rompre les liens qui voui

uiiissont à elle.

— Ils sont rom|)US(le fait, vous no Tignorcx pas; elle n'est pins ma femme (|ue de nom, cl \ous seule , Louise, loi seule , mon amie , as hérité de ses droits, de mon amour, do mon dévoucmonl...

— Cependant ou la uomme votre femme ^ vous habitez lu même maison, pcul-élre la même chambre; vous la \oyez tous les jours sans contrainte, sans vous cacher; vous b menez ouvertement dans le monde, ^ous ne rougissez |>as d'elle, tandis que mui , >otre maîtresse, >otre ffuinie jKir le cœur, vun^ ne \enez chez moi (|u'eu cachette, \ous n'osex avouer luul haut les senlimens que vous mo jiiro/. tout bas; vous avez lionlodc moi; vous n«' \ou(lrie/. point que je parusse à volrt* bra» dans une pronuiiade; vous me traitez commo une prostituée quon couvrt; de baisers en m.*cret , quon couvrirait de crachais en pu

'il.

o"2i LE lîAL DE l'opéra.

Anatole , cela ne peut durer plus long-temps ! Cela va cesser d'une manière ou d'une autre.

— Sans doute , notre position respective a bien des embarras, bien des peines; j'en souffre plus que vous! reprit tristement M. de Brioude en baissant la tête.

— La faute en est à votre malheureuse faiblesse , qui ne sait pas prendre un parti , dit madame de Manigaud en lui pressant les mains qu'elle appuyait sur son cœur.

— Je ne suis pas si faible qu'on le suppose,

et si j'étais décidé à suivre tel ou tel parti ,

je marcherais jusqu'au bout sans balancer ,

sans reculer: ce soir encore, j'essayais de

préparer ce divorce.

— Ma lettre a donc produit bon effet ? interrompit Louise, avec une pétulance qui la trahit elle-même.

— Je soupçonnais bien que c'était vous ? dit Anatole , qui ne se fût pas , sans cette indiscrétion , rappelé la lettre anonyme dont il avait pourtant deviné l'auteur.

— Jo no mVn rarlio \tns , ivpliqn i-i.« ||,. on «lissimuhnl sa ronfusion par un.» lausM.» franchis*^ , je l'ai fail pour vous rentiro sor- \ice: quel a êlé le n^sullal de ma ru«ie ?

— Madame île Brioiidea decliiré voire lellre.

— Aj)rès l'avoir lue ?

— Sans que celle le<inre fît li moindre imf)ression sur elle.

— r^lle n'a pas pleuré en la lisant ?

— Klle pleure toujours , c'est son pasietemps.

— Je suis élonnée (pielle n'ait |>as cherché, sollicilc une explication avec vous, objecta madame de Manigaud en rcnt'chis&ant :

cette explication , où elle st* serait jetée dans nn premier mouvement de colère, pouvait amener l'occasion qui \ous manque pour une rupture décisive. Mais je ne renonce pas à y arriver tùt ou tard.

— Trovez-moi , Louise, conlenlons-nous d'être heureux d'inlellij^'ence , sans témoins, sins rnnfidnns : ntdïlions qu'il y a enln? nous

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