‹ La sœur de MaugrabinChapitre 50 sur 57 · I.r n4L DK I. OPI.RV · texte numérisé non relu

I.r n4L DK I. OPI.RV

suivre la fugilivc cl de Tapaiser pr une ré- Iraclalion (jiic ramourcùl arrachée à raroour« propre conjiigi!.

Qiiaiid il essaya de la rejoiiulrt^, il s'apcrrul avec dt-pil (ju'il ne par\iendrait pasâ la reconnaître parmi colle cohue di» dominos difTcren* de couleurs, mais ù peu prcs semhialilcs d'aspeel, sous c<»s mas^pif^s r?nlfm< ni îniinolnh^ cl mvslérieux.

Anatole so promenait lonloment (hn% \e foyer, la salle n les corri(iors fi<» rOp«'»ra, c\arninaiit <!«* |)n.*s cliatitie Hmiiiih' inaM|iuV (|(ii semlilait 1»* reman|ner de loin, voyant purloul la taille de madame de Manigaiid , rnltMidanl partout le froisseuK'nt de sa rubc, l'CuiiLaiil les voix, flairant les {urfums : ile6|M*rait d<'( dinrir le mouchoir aiidiré de sa maltnvss^.

Il était si absorbé dans sa minutieuse recherche, qu'il ne répondait pas aux questions qu'on lui adressait au passage; il congédiait même assez brutalement les intrigues qu'on voulait nouer avec lui, et s'isolait tellement au milieu du bal, qu'il ne vit pas M. de La Turbinière passer et repasser accompagné d'un domino qui lui parlait avec feu.

— Hé, hé! dit à M. de Brioude le mystificateur qui vint se placer devant lui, après avoir fait asseoir sur une banquette le domino qu'il conduisait, vous y venez donc, mon cher!

— Ah! c'est vous, M. de La Turbinière! reprit Anatole, qui ne se souvenait plus de >ses griefs contre ce malfaisant personnage. Où est-elle ?

— Qui? votre femme? répliqua le mystificateur, avec une malicieuse grimace.

— Quel homme! s'écria M. de Brioude, qui ûiillit s'emporter. Avez-vous vu madame de Ma nigaud ?

u: coitpi or. JXl

— Certes, oui; elle \oii» cherclio, mou liv^ cher.

— Kilo me clierclic ? repril Anatole 4|ui, joyeux plutôt (ju'êlonnê, se mit :i rourir au hasard pour la rencontrer.

— Ne prenez donc jws le mum auxtituti, cheval poussif du char de rhyœénêe! rriail M. de La Turhinicre en s^cflTorçanl d'arrékT cet amant (|ui ne rêcoulait pas.

— Elle me cherche? rcpiiail-il eu tournant les yeux à droite et à gauche, en se pcnclunl vei's tous les dominos. Elle n'est donr i>Îih .«n colère contre moi!

— Comment se porte madame de Brioudc?

dit M. de La Turliiniêre en le retenant par le ]ian de sou Inhit.

— Que voulez-vous dire? rejiarlit biustpi**ment Anatole.

— S'arnuse-t-elle beaucoup? continua d'un air conlidentiel le mystificateur sournois.

— Elleapeul-étredc beaux rércf, p«is'|u'cllo dort.

— Elle dort? reprit M. de La Turbinière, en faisant sonner sa langue au palais et en clignant d'un œil. Elle dort, la pauvre colombe : ne la réveillons pas!

— Je ne comprends pas vos facéties? répondit M. de Brioude, dans l'esprit de qui retentissait le mot d'ordre des infortunes con-» jugalesj je n'ai nulle envie de les comprendre. Bonsoir.

— Bonne nuit, mon cher, et bonne nuit pour madame! dit le myslificateuren sifflotant de manière à imiter le cri étrange d'un oiseau allégorique.

— Si vous n'étiez pas un mystificateur de profession , reprit Anatole en se contraignant à paraître tranquille, vous n'auriez jamais le loisir de remettre l'épée dans le fourreau.

— Monsieur, croyez-vous que madame de Brioude ne sait pas que vous êtes ici? dit M. de La Turbinière, qui enfonça son chapeau, en avant et prit un visage sinistre.

— Oui, je le crois! répondit M. de Brioude,

qui senlail le besoin de se rassurer lui-mèma , au sujet (l'une in<|uitlude à laquelle M. de La Turl)iniùrc a\ail donné une nouvelle impulsion; je suis même certain que personne, chei moi, ne soupçonne mon absence, puis<|uc je suis sorti sans lumière, par la petite porte du jardin . et (|ue j*en ai la clé dans ma |>oche.

— Mon cher, voici madame de Manig.iud qui vous api)olleî ditM.de La Turbinirre on prolil;int de la distraction d'Anatole |)Our lui enlever cette clé , avec une dextérité de presUdi^'ilateur , qui était le comble de l'art dans les ni)stilications. Je vous laisse à vos amours, galant mari , et vais tirer les rideaux de madame Brioude.

W, de la Turbinière , «prc* cvUe boutade^ armé du |>assr-|)artout , à la conquête duquel il s'était si ell'rontément ristjue , alla daus le vestiaire écrire un billet, (ju'il ra|){Kjrlapronq>temenl avec la clé à madame Mani^aud , qui attendait la lin ile cette aveiilure eu s'auiuuut

à la vengeance contre Anatole et surtout contre Emma , cette rivale qu'elle détestait davantage, depuis qu'on la lui avait préférée.

Elle entretint de ses projets le mystificateur, qui se frottait les mains et bondissait d'impatience : il avait trouvé dans la vengeance d'une femme plus de ressources de noire méchanceté que dans sa propre imagination, exercée à concevoir des ruses diaboliques. Cependant il eut un sentiment d'inquiétude sur les suites de ce plan hardi , qui pouvait amener une fâcheuse catastrophe, et il craignit de se voir impliqué dans une intrigue dont il ne sortirait pas sain et sauf.

— Je ne suis qu'un écoh'er auprès de vous! dit-il à madame de Manigaud qui lui avait arraché la lettre des mains, et qui cherchait quelqu'un parmi les hommes circulant autour d'elle : vous avez le feu sacré, parole d'honneur ! Je vous rends les armes de la mystification , et je ne demande qu'à servir sous vos

LE COMPLOT. a;i7

onlios comme \oloiii;iiio. \Jais qui chargem- \ous des fondions tle iiiailrr dus Luilesœuvres?

— Le premier venu , ii|iril-tlle dislraitcment sans conlinucr son enqurU* ; quel(|ue bon garçon (|ui ua pas peur, (pioNpin ligure à moustache ; nous n'avons ici que l'embarras du choix.

— Mais il pourra de loul cela K*suUer une afl'airc désagréable? répliqua La Turbiniérc ; le lail est grave : un flagrant délit ! Si j*élais lo mari , jo ne demanderais pas mon reste, cl dirais seulement : < Il |Kirait que je suis do tro|) ici! > M. do Itrioudr n'rst |>as commo moi : d'après la proirN.'tion de foi (juil faisait ce soir devant sa femme, je lo crois rajtabic do tuer les deux conqjli'ossur la place.

— <Ju'il les tue ! s'écria madame Ifanigaud, avec une froide cruauté : je serai débarrassée de cette femme qui m'im|K)rtuoc,quo jo bais, que je rencontra toujours entre lui el moi '

— Voilà le grand mol ïàdic ! O cbanuaut 11. aa

démon que vous êtes, vous gagnez plus de maris au divorce que Satan ne gagne d'ames à l'enfer! Quels bons tours \ous avez joués à ce pauvre vieux mariage qui ne vous avait rien fait!... Hé , hé! n'est-ce point là le motif de la guerre que vous lui avez déclarée? Mystifié, ce digne mariage, mystifié comme un Beaunais !

— Je vous rejoins dans un moment , dit madame de Manigaud en lui quittant le bras pour suivre un jeune homme qu'elle avait choisi entre cent : attendez-moi là , pour savoir le succès de mon entreprise.

— Un mot seulement, mon adorable : je ne vous disputerai pas la gloire de votre intention devant Dieu , ni devant les hommes , entendezvous?

— Oh ! vous serez un des témoins, repritelle , en revenant à M. de La Turbinière.

— Témoin du duel?

— Non , du flagrant délit.

— C'est un peu sérieux pour une mystification , parole d'honneur.

— J'oubliais la clé : doiiiiez-la-Dioi?

— Ali ! la clé , un vt*rilable passc-fKirtoul !... je n'y songeais pas plus que vous.. . Je Tai ini&c dans ma poche en écrivant le petit poulet, Diaiilre! l'aiirais-jc perdm*!

— Perdue ! ô ciel! je vous en voudrai:» loulc ma vie, à la mort!

— Ne m'en voulez jias, gracieuse sylphide! car la voici, celle clé qui duil ouvrir la |Mirle a volrt; protégé. Conimenl le nommez-\ous '

— Je ne connais pas le nom de et» jeune homme "?

— renlends par ce nom-là : le divorce!

LK SI^JDK.

.M:i(I:iniiMl('M;iiii^atJ<i, (jtii n'avait pnKc|iiitte dvs y(Mi\ l'inconnu (|trelIo so |)ro[K)s:iii ilcni- |)loy<'r dans celle andacieusi! inlrigue , lo rejoi^'nil à lra\iTS la presse» cl lui pril le brafi fjiniiicrcincnl.

C'était un homme largement pro|)ortionnê et richement étoiïc , (|ui aurait pu, |ar sa lailli* rt s;i carrure , aspirer à la canne de lambour-

342 LE SKÎDE.

major , si la fortune militaire ne l'avait élevé , (le campagne en campagne , au grade de lieutenant des grenadiers ; il portait sa tête haute et souriait dans sa moustache en homme sûr de sa valeur intrinsèque.

Néanmoins aucun domino ne venait égayer la promenade du vainqueur , qui se rappelait , en manière de consolation , les conquêtes galantes qu'il avait laissées derrière lui ; vainement il dévorait du regard tous ces masques noirs , qui devaient lui cacher de si jolis visages; vainement il s'aventurait à glisser quelques agaceries guerrières dans l'oreille de ses voisines : à peine s'il obtenait un coup d'œil ou bien une parole.

A cette époque , la société distinguée allait seule au bal de l'Opéra, pour s'y mêler aux gens de cour , et même aux personnes de la famille impériale. Un lieutenant en congé , espèce de paysan à demi civilisé par la magie des épaulettes, grand et bien fait, mais gauche dans son assurance, et rustique dans son exté-

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rieur, n'avait pes en soi assez île pit^ttige |iuur excilor la curiosilé fôminine, ni assez de nouveauté pour cvo<|uor une aventure; car dam ce ten)|>s do batailles continuelles, |)res4)ue tout ]es hommes aiipnrtennnl aux arnices , une moustache rébarbative n'était jws le gage inraillible des triomphes de boudoir. \jc% l>elles dames de Paris commençaient mt>me à se bsser des uniformes les plus brilbns , qu'elles partageaient avec tout le beau sexe de fFurope vaincue , et une illustre princesse donnait Texcmpie do cette désertion amoureuse , en remj»îarant des maréchaux de Franrr |>ar un comédien. Kidin la tyrannie du sabre cessait dans les s;dons, en isi I.

— Es-tu brave? dit madano de Maiiigaod

au lieutenant, ébahi de sentir mi i oui braa contre le sien.

— Je suis lieulenaiU au lu •! > r;'< n^ bo^ ! reprit- il fièrement en s'arrtlant a\cc complaisance sur ce simple énoncé de ic% titre» et «lua-

34^i LE SÉIDE.

lités, mais prêt à déployer ses états de service.

— C'est bien , répliqua madame de Manigaiid qui prit plaisir à entendre la voix forte et à contempler l'air rodomont de ce chercheur d'aventures. Oseras-tu ?

— J'ose tout 5 interrompit-il en lui baisant la main à plusieurs reprises.

— Écoutez-moi? dit-elle, peu sensible à ces rudes galanteries. Oserez-vous aller chez une dame qui vous attend?...

— Plaisante question î s'écria-t-il en éclatant de rire : me prends-tu pour un péquin?

— Je t'avertis qu'il y a bien quelque danger.

— J'en ai vu de pires certainement, et je suis revenu de plus d'un endroit où bien d'autres sont restés.

— U faut y aller tout de suite.

— Attention au commandement.

— Voici une lettre qui vous est adressée.

— Une lettre, à moi! f !

ir sKiDr.. 345

— Ne l'onvroz |>oini : dr ponn-ail nous remarquer ; >ous la lirez dehors.

— Mais (|iresl-ee qu'i! y a dans celle Icllre?

— Un rendez-vous, sans doule.

— Pour moi?

— Ce n'est poinl ixjnr mni , j'imagine.

— Eh bien ! j*y \iiis.

— Tenez , voici la clé.

— Qu'esl-ce que c'est que celle clé?

— La lellre \ous le dira. Adieu j soyez discret , et ne |)erdez ps une minute.

— Il y a donc un mari ?

— Oui.

— Tant mieux , c'est Tinîn iM^nît. Et In nrrftonne m'aime?

— A la folie.

— Elle m'a ^u?

— Apparemment , puis^piflU? Miiisaini**

— Serail-cetoi, parlias:ird?

— Moi! je ne \ous connais pa«.

— Biih ! on a l)ientl^l fait ci»:. ^. ^ VniK frrrz et* nui vniis rîitn; n»

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