‹ La Surcharge Alimentaire: Cause D'intolérance Gastro-IntestinaleChapitre 6 sur 26 · SURALIMENTATION ET TROUBLES DIGESTIFS · texte numérisé non relu

SURALIMENTATION ET TROUBLES DIGESTIFS

C’est un fait d'observation journalière que, dans l'organsme, lappareil qui fonctionne le plus est aussi celui qui court les plus grands risques. Une méningite est peu à craindre chez le nourrisson, son cerveau n'existant pour ainsi dire pas encore. Par contre, il est aisé de supposer a priort que son tube digestif, fonc- Honnant presque sans repos, doive être le plus exposé. Un enfant qui à sa naissance ne dépasse guère 3000 grammes, en pèse 49000, en moyenne, au bout d'un an. C'est dire que pendant la première année, il a presque triplé de poids : on conçoit quelle à dù être, durant cette période, l’activité de sa nutrition.

Cette suractivité évidente suffit à nous expliquer que presque toutes les affections du nourrisson dérivent d'une alimentation défectueuse, C’est en effet par le tube

digestif que meurent la plupart des enfants de à à + an

et, en majorité au moins, ils meurent pour avoir été trop nourris (Thiercelin).

La plupart des auteurs, nous l’avons vu, sont d’accord aujourd’hui pour affirmer les dangers de la surcharge alimentaire. Mais on n’a pas encore déterminé le mode de production ni l’évolution de ses accidents. Cest ce que nous allons essayer de faire pour les plus * importants, les accidents digestifs, auxquels nous avons dit déjà notre intention de nous limiter.

Etioloqie. — Recherchons d’abord dans quelles conditions se produit la suralimentation.

Il peut y avoir alimentation excessive, soit du fait de la quantité de lait prise à chaque tétée, soit du fait du trop grand nombre des tétées prises dans les vingt-quatre heures (H. de Rothschild). Cest avec intention que nous ne parlons pas de la durée des tétées; malgré que pratiquement on soit obligé de se guider sur elle, en fait elle est loin d’être toujours proportionnée à la quantité prise. (C’est ainsi qu’un enfant, attentivement surveillé par M. Budin, prenait, en deux minutes, 60 grammes au sein de sa mère |)

Donc, une faute est commise dans le réglage de l’allaitement. Quel peut être le coupable ?

1° Ce peut être, et c’est le plus souvent /a mère (ou la nourrice). Il est à peine besoin d’insister : tout le monde devinera combien il est difficile de faire comprendre à une mère qu'il y a Inconvément à nourrir

trop son enfant, et qu'il peut être dangereux d’avoir un enfant trop beau. La vanité, disons l’amour-propre de la mère n’est d’ailleurs pas seul en jeu, sa sensibilité intervient aussi : elle croirait barbare de refuser le sein à son enfant, et, sous prétexte d'humanité, elle finit par le lui donner toutes les fois qu’il crie (ce qui ne veut pas toujours dire qu’il ait soif, comme nous le ferons voir). Enfin, soit paresse, soit plaisir de sentir son enfant tout près d’elle, elle n’a pas le courage de l’arracher du $eim et l’y laisse beaucoup plus longtemps qu’il ne faudrait.

Il existe une dernière cause, inhérente celle-ci à l'allaitement artificiel : c’est que la nourrice donne plus volontiers encore le biberon que le sein, pour ne pas entendre crier l'enfant. |

N’insisions pas trop sur les fautes des mères : elles pêchent presque toujours par ignorance, et précisément à cause de leur désir de bien faire.

> Mais elles ne sont pasles seules, ni les principales coupables. Et l’on ne sera pas peu surpris, sans doute, de savoir quels auxiliaires inattéenduselles ont rencontrés pour les entretenir dans leurs dangereuses illusions. On ne se doute pas de la facilité avec laquelle les sagesfemmes et les nourrices sèches arrivent à donner dés quantités considérables de liquide (Budin).

Voici ce qu'écrivait à ce sujet, dès 1893, M. le docteur Ollivier, médecin de l'hôpital des Enfants-Mala-

des (1)..€.. Je dois dire que plusieurs mères ou nour-

(1) A. Ollivier, Etudes d'Hygiène pablique, 4* série.

ae

rices n’ont déclaré que c'était d’après les conseils des sages-femmes qu’elles alimentaient léur nourrisson toutes les fois qu'il semblait le désirer, »

3° Mais le médecin? Son rôle est d'éclairer la mère, la nourrice, la sage-femme même sur leurs devoirs visà-vis de l’enfant. Nous sommes bien obligé de constater qu'il ne le remplit pas toujours. Souvent il manque d’énergie pour imposer sa volonté, ayant à lutter parfois avec les préjugés de toute une famille.

Beaucoup de médecins et de sages-femmes négligent de peser quotidiennement les enfants : ceux-ci semblent prospérer, ou même ils prospèrent trop, jusqu’au jour où un arrêt brusque de leur croissance vient éveiller l'attention du médecin ; souvent alors il est trop tard pour agir !

D’autres, au contraire, désireux d’avoir une belle courbe, sont trop enclins à fermer les yeux sur les fautes de la mère.

Enfin, il est, ou pour mieux dire il était, il y a quelques années, des médecins pour prétendre que la réglementation de l’allaitement est sans aucune importance. Continuant les funestes errements dont nous avons parlé plus haut, voici ce que d’aucuns ont osé écrire : (Si l'enfant dépasse un peu la mesure, l’estomac se débarrasse aisément du superflu inutile à sa nutrition, par des régurgitations qui n’ont rien d’inquiétant, et qu’il ne faut pas confondre avec des vomissements réels et morbides. » (Dugès.)

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Czerny, de son côté, a exprimé l'opinion, que l’on peut laisser téter un enfant tant qu’il veut, sans crainte de voir se développer une dilatation de l’estomac. Nous avons vu que, dans un récent article, il a fort heureusement abandonné un aussi dangereux optimisme,

Il fut un temps où Tarnier lui-même n’attachait pas non plus d'importance au rejet qui suit la tétée. Toutefois, dès cette époque, il reconnaissait que la diarrhée «indique souvent une alimentation excessive, et qu’alors il ne faut pas laisser l'enfant téter à son gré. » (Plus tard il a accentué encore cette dernière opinion, lorsque, parlant de sa magnifique application du gavage à l'alimentation des débiles, il a insisté sur le danger qu'il y aurait à surcharger leurs jeunes estomacs : « Gaver, dit-il, c’est non suralimenter, mais nourrir arüficiellement et suffisamment. » Si l'on oublie ce principe fondamental, on obtient, il est vrai, une augmentation de volume, mais, alors que l’on pense avoir un accroissement effectif, il s’agit réellement d’un œdème considérable de tout le corps, œdème à la vérité bénin et fugace, mais à la condition que l’on revienne rapidement à une alimentation plus modérée.)

4° Enfin, l'enfant lui-même peut, dans certaines circonstances, être le coupable, on tout au moins l’un des coupables.

Nous entendions récemment, à la clinique Tarnier, un Jeune médecin de Paris, qui possède déjà sur les

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