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questions d’allaitement une certaine expérience, affirmer qu'il n'avait jamais encore rencontré d’accidents dus à la suralimentation, et que d’ailleurs il ne croyait pas que celle-er pût se produire, l’enfant aÿant un instinct au moins égal à celui du jeune chien par exemple, qui sait fort bien s'arrêter de téter quand il a pris sa ration ordinaire, et ne dépasse jamais la mesure. Nous ne saurions trop meltre en garde contre une aussi dangereuse illusion : nous sommes convaincu qu’en la partageant on s’exposerait à de cruels déhoires. L'instinct du jeune chien, nous dit-on, l’avertit de ce qui est bon à sa nutrition, el de ce qui lui deviendrait nuisible : nous n’en savons rien, c’est fort possible. Mais il resterait à prouver que lintelligence de lentant (dont le cerveau, nous l'avons dit, n'existe pas) est l'équivalent de l'instinct de Panimal. Au risque de seandaliser beaucoup de mères de famille, nous ne serions pas éloigné de proclamer, après maint philosophe éminent, la supériorité de l’animal à cette première pédiode de la vie.
D'autre part, il n’est pas douteux qu’il existe en réalité des enfants gloutons, ordinairement de souche arthritique. Ces enfants sont en général des nourrissons robustes : ils prennent le sein avec avidité, et tétent sans s'arrêter, absorbant chaque fois la balance la montré) des quantités de lait correspondant à la ration d'enfants de 2 ou 3 mois plus âgés. De plus — fait caractéristique et bien mis en lumière par Mérigot de
EN SRRE |
Treigny — ces enfants tétent beaucoup trop rapidement : au lieu de faire des mouvements de déglutition seulement après 5 on 6 succions, comme cela a lieu normalement, ils avalent presque à chaque succion — que celle-ci soit plus énergique, ou que le lait vienne plus facilement. Si bien qu'en quelques minutes ils sont gorgés, et ont pu prendre 60,80 et même 100 grammes, alors que d’autres enfants, dans le même temps, n’auraient pas fait la moitié de leur repas. :
Voilà pour l'allaitement au sein. Avec lallaitement arlificiel il existe, ce nous semble, un inconvénient spécial, et que nous n’avons pas vu mentionner par les auteurs : la facilité qu'a l’enfant à vider son biberon, quel qu’en soit le contenu, sans être obligé d’augmenter ses efforts à la fin de la tétée, comme il doit le faire au sein, après que celui-ci a fourni sa provision ordi-
naire,
Les fautes commises dans la réglementation de lallaitement sont, on le voit, fort nombreuses. On peut, cependant, les ramener toutes à cette unique condition étiologique : une disproportion entre la quantité de lait absorbé quotidiennement et la capacité des organes digestifs. Nous avons vu comment la quantité nécessaire et suffisante peut être dépassée. Essayons de montrer pourquoi il est dangereux qu’elle le soit.
L’estomac du nouveau-né est une poche, presque régulière, orientée sensiblement dans le sens vertical, 1]
est très pelit, et non encore pourvu de cul-de-sac ni de grande tubérosité. Quelle est au juste sa capacité? Nous ne pouvons mieux faire, pour en donner une idée, que de reproduire les chiffres donnés par les principaux auteurs :
COMBY FLEISCHMANN | MÉRISOT DE TREIGNY
A la naissance 46 ce. 50 ec.
ire semaine 4e 3c-4e semaines ... ... 100 3e mois 250 3e
On voit combien sont exiguës les dimensions de l’organe pendant toutle cours de la première année, Et cela suffirait, à la rigueur, à nous expliquer pourquoi le lait ne doit être donné à l’enfant qu’en petite quantité à la fois. |
Mais ce n’est pas tout : l’étude de la digestion, de son côté, nous fournit de précieux enseignements. Il existe, dès les premiers Jours après la naissance, une sécrétion buccale légère, mais cette salive, peu abondante, n’a qu'un faible pouvoir saccharifiant. De plus, le pancréas commence à fonctionner seulement à la fin de la 4° semaine, et jusqu'à 1 an son rôle est des plus restreints. C’est donc dans l’estomac que se passent la majeure partie des phénomènes digestifs. Celui-ci met de une heure et demie à deux heures et demie à se vider : on
conçoit que, pour éviter une surcharge dangereuse — étant donnée la faible capacité que nous avons dite, —il faille laisser au moins cet intervalle entre les tétées.
L’anatomie est donc d’accord avec la physiologie pour commander une alimentation modérée. Si les données de la première de ces sciences nous font un devoir d'éviter les tétées trop copieuses, la seconde nous ordonne de les espacer suffisamment.
Pathogenie. — Mais supposons qu’on n’ait pas tenu compte de tous ces enseignements, que va-t-il se passer ? Comment vont se produire les accidents, quelle est, en un mot, leur pathogénie ?
Nous erovons qu'il est possible de les rapporter à
{rois actions différentes, soit isolées, soit le plus sou-
vent — les deux premières au moins — simultanées. 1° Une action mécanique. — Cest, au mioins au dé-
but, la plus importante. Nous avons vu quelle est l'exiguité de lestomac du nouveau-né : très aisément, abondance des ingesta produit son ectasie, Mais s’agitil, comme le pensent beaucoup d'auteurs (Mérigot, Thiercelin...}, d’une simple distension ? Ou bien la surcharge est-elle capable d'entraîner, à elle seule, la dilatation ? Nous croyons, avec Bouchard, que, chez l’enfant comme chez l'adulte, «une distension trop considérable, trop souvent répétée, trop prolongée, aboutit plus ou moins rapidement à lPestomac forcé ». 11 s’agit alors, bien entendu, de dyspepsie chronique. |
se
La clinique nous donne raison, puisque maintes fois, chez des enfants trop nourris, on a trouvé le bruit de clapotage en percutant la région épigastrique. Et surtout l’anatomie pathologique vient prêter son appui à notre opinion. Sur 80 enfants de o à 2 ans dont il a fait l’autopsie à l’hôpital des Enfants-Malades en 1897, et dont il a pu mesurer l’estomac, Comby (1) a rencontré 6/ fois une ectasie gastrique notable, c’est-à-dire 4 fois sur 5. Tous ces enfants étaient dyspeptiques, et pour la plupart, nourris artificiellement. Lesage (2), Le Gendre (3), Huguenin (4), Zuccarelli (5), ont fait des constatations analogues, Encore une fois, il s’agit — dans ces cas — de dyspepsie prolongée, dont l’origine est une faute de régime longtemps continuée. Le plus ardinairement, il y a simple distension gastrique, sans dilatation vraie.
» Une action chimique. — On connait le rôle bactéricide de l’Hel stomacal, et l’on sait que son action à ce point de vue s’exerce principalement dans l'intervalle des repas. Or, d’après les recherches de Czerny (6), l’'estomac d’un enfant au sein se vide en 1 heure et demie à » heures, et demie, mais il continue à donner naissance à de l'acide chlorhydrique, dont la sécrétion
(1) Société médic. des hôpitaux, 18 juin 1897. (2) Revue de Médecine, 1887-1888.
(3) Le Gendre. Th. de Paris, 1886.
(4) Revue mensuelle des mal. de l'enfance, 1888. (5) Zuccarelli. Th. de Paris, 1894.
(6) Czerny. Prag. méd. Woch, 1893.
atteint son maximum 2 heures après la tétée. Si donc on multiplie les repas, l'acide chlorhydrique, absorbé par le travail digestif ne concourt plus à Pantisepsie du milieu intérieur et devient incapable de détruire les microbes déglutis par le nouveau-né.
La stagnation fécale vient encore favoriser l'infection de lPorganisme. Le tube digestif de l'enfant trop nourri reste encombré de résidus alimentaires, qui n’ont pas eu le temps d’être digérés. Il nest pas étonnant que sous l'influence surtout des chaleurs de Pété, il s’y produise des fermentations anormales. Celles-ci mettent en liberté des substances toxiques, principalement des acides lactique et butyrique, qui agissent à la manière de poisons véritables. {C’est pour les éviter que Hutinel a récemment préconisé, pour les cas graves, l’emploi de la diète hydrique comme unique moyen de «supprimer l'apport de toute nouvelle substance fermentescible (1) ».) | <
Enfin, les substances albiminoïdes (caséine, albumine...), au dire de plusieurs auteurs, quand elles sont ingérées en excès, donnent naissance à des acides que l'organisme est impuissant à neutraliser. Il en résulterail, d’après Czerny (2), une auto-intoxication par les acides, qui diminuerait sa résistance vis-à-vis des infectons.
Jo Une action toxi-infectiense. —: L’expérimenta-
(4) Hutinel., Semaine méd., 25 janvier 1899.
(2) Czerny. lahrbeit für Kinderheil., vol, XLIV et XLV, 1897,