PREMIÈRE PARTIE.—CHAPITRE IX
» La langue écrite , dit-elle, voilà le but de tous mes efforts; ce qui peut en faciliter, en faire aimer l’usage, me semble seul digne d’être admis.
» Le premier soin de l’institutrice doit être de présenter à l’élève une nomenclature capable de l’intéresser. Or, l’intérêt ne peut naître que des rapports que l’esprit reconnaît exister entre les divers objets qui s’offrent à lui. Comment donc faire saisir ces rapports, tant qu’on ne peut avoir à sa disposition tous les éléments du discours, si ce n’est en apportant de la méthode dans la nomenclature?
» Dans le début de l’instruction, la difficulté de procéder du général au particulier, doit nous déterminer à renoncer à l’analyse. Rapprochons donc d’abord l’un de l’autre les objets individuels pour en former des collections, des espèces, puis des genres et, enfin, un ensemble qui doit constituer le vrai bonheur, ou, pour m’exprimer plus clairement, l’homme en regard avec lui-même, avec la société et avec Dieu. Mille circonstances imprévues pourront , sans doute, nous forcer à nous éloigner de notre plan par de fréquentes excursions ; aussi, ne devons-nous nous le tracer que comme un signe de ralliement.
» Présentons à l’élève chaque objet sous deux rapports, le bien et le mal, c’est-à-dire la bonté ou la beauté, d’une part, et, de l’autre, la difformité ou la dépravation. C’est sous ce double aspect que nous allons étudier l’homme physique, intellectuel et moral.
» Les parties du corps, les choses qui ont rapport à chacune d’elles, leurs affections, peut-être même les métiers, les arts, etc., la parenté, etc., voilà de quoi fournir longtemps à l’étude de l’homme physique.
» Le corps étant soumis au plaisir et à la douleur, nous découvrons l’existence du sentiment, de la pensée, de la réflexion. Une essence, autre que le corps, fait donc partie de nous-mêmes ; étudions-la ! tantôt c’est une faculté d’agir et de juger, c’est l’esprit; tantôt c’est une faculté de sentir et d’aimer, c’est le cœur; et, enfin, ces facultés nous manifestent un être distinct de notre corps, c’est notre âme, être désormais digne de toute notre étude et pour la compréhension duquel nous allons passer en revue, d’une manière moins superficielle, les deux facultés qui ont révélé son existence.
» La perfection de l’esprit sera estimée d’après la connaissance ou l’ignorance des sciences physiques et logiques , carrière immense que nos sourdes-muettes ne sont appelées qu’à entrevoir.
» La perfection du cœur dépendra de son degré de sensibilité en présence des vertus sociales, morales et religieuses, étude préparée dès longtemps par l’harmonie sublime et touchante dont nous aurons déjà fait remarquer l’existence dans tous les objets offerts à la sagacité de l’esprit ».
Rédaction d’an cours de lectures graduées.
Avant de terminer son intéressant mémoire, mademoiselle Pothier exprime son opinion sur la rédaction d’un cours de lectures graduées; nous craindrions d’affaiblir sa pensée si nous ne citions pas textuellement ses paroles :
« Qu’est-ce qui intéresse le plus le sourd-muet dans le début de l’instruction ? Ce sont les êtres de la nature ou les produits de l’industrie, envisagés sous un rapport immédiat d’utilité ou d’agrément.