PREMIÈRE PARTIE.—CHAPITRE IX
La femme n’est-elle pas la première institutrice du genre humain, et ne devons-nous pas nécessairement trouver toujours dans ses leçons quelque chose d’ingénieux comme sa tendresse et de doux comme son cœur? C’est de mademoiselle Pothier, institutrice des sourdes-muettes à Langres que nous allons nous occuper.
Mlle Pothier, directrice à Langres. — Comment elle s’est engagée dans la carrière de l’enseignement. Ses essais snr an enfant doaé de très peu d'intelligence.
Nous empruntons encore aux circulaires de l’Institut de Paris ce que nous savons de cette excellente institutrice :
« En répondant à l’appel de l’admininistration de l’Institut des sourds-muets de Paris, mademoiselle Pothier offre le tribut de son expérience à la cause commune, et s’acquitte, en même temps, d’une dette de reconnaissance envers les administrateurs du département de la Haute- Marne , qui ont accordé à ses efforts une si généreuse protection.
» Mademoiselle Pothier raconte par quelles circonstances imprévues elle s’est engagée dans la carrière de l’enseignement. La sourde-muette qui fut l’objet de ses premiers essais, avait végété, jusqu’à l’âge de quatorze ans, dans l’abandon le plus déplorable. Après avoir exposé les funestes influences que cette négligence des parents avait exercées sur les facultés intellectuelles et morales de son élève, mademoiselle Pothier ajoute : « Pardonnons aux instituteurs qui ont porté sur le sourd-muet un jugement trop sévère! C’est qu’ils auront fait leurs observations sur de pareils sujets. Dans mon découragement, j’étais presque de leur avis ; mais j’aime à dire que, dans six autres élèves qui me sont venus jusqu’à ce jour, je n’ai rien observé d’aussi brut, d’aussi sauvage. »
» La léthargie intellectuelle dans laquelle cette élève était plongée, rendit les premiers soins de l’institutrice extrêmement lents et pénibles. Longtemps avant de pouvoir l’amener à attacher aux signes écrits la valeur des objets, il fallut appeler sur ces objets eux-mêmes l’attention de l’élève et dissiper l’indifférence avec laquelle elle s’était habituée à voir toutes choses. Il fallut même que les objets restassent longtemps sous ses yeux pour qu’elle parvînt à les reconnaître dans le dessin.
» Pour porter la lumière dans une intelligence aussi peu développée, mademoiselle Pothier n’avait d’autre guide que l’ouvrage de l’abbé Sicard, lequel est loin de satisfaire à tous les besoins qu’exige l’enseignement pratique, quand il s’agit d’alimenter l’intérêt de l’élève et de lui présenter chaque chose dans un ordre convenable; aussi, tout en essayant les moyens indiqués par son maître, mademoiselle Pothier employa-t-elle également ceux que l’analogie ou les circonstances lui suggéraient.
• Après vingt mois d’instruction, son élève fut jugée digne de faire sa première communion. L’intérêt avec lequel le public l’accueillit dans cette circonstance, attira sur son institutrice l’attention du Conseil général, qui l’encouragea en votant, à l’unanimité, des fonds pour l’instruction de plusieurs sourdes-muettes.
Méthode de mademoiselle Pothier.
» Mademoiselle Pothier expose la méthode suivie dans son institution. Son système n’est pas exclusif, si ce n’est à l’égard des signes méthodiques et même des signes naturels, dont elle limite l’emploi à la première culture de l’intelligence.