‹ La surdi-mutité (volume 2)Chapitre 108 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE IX

Enfin la troisième série, relative à la géographie, ne présente qu’un exercice de lecture, où l’auteur donne quelques notions sur Langres et les villages environnants.

Au sein des institutions, les sourds-muets sont rarement en rapport avec les scènes du monde. Pour suppléer à ce puissant moyen d’instruction, mademoiselle Pothier a une collection de gravures, qui lui fournissent l’occasion de composer des dialogues, des lettres. Voici un de ses dialogues qui a lieu sur une gravure représentant un enfant au berceau et une femme affligée :

FANCHETTE

« Comment se porte votre petit enfant aujourd’hui? »

LOUISE

« Il est très malade; il ne dort plus, il n’a fait qu’un cri depuis hier au soir; il ne veut plus têter, il a des convulsions très fortes ; il a un bras et une jambe paralysés , et un coté qui est déjà tout noir. »

FANCHETTE

« Comment le médecin nomme-t-il sa maladie? »

LOUISE

« Il la nomme catarrhe. »

FANCHETTE

«Oh! ma pauvre femme, votre petit enfant n’a plus que quelques heures à vivre. Il faut vous armer de courage pour supporter un coup aussi affreux. Dieu est très bon ; il vous retire votre enfant pour le mettre dans la société des anges; votre petit priera pour vous dans le Ciel; et, si vous servez bien Dieu pendant votre vie, vous irez, après votre mort, auprès de lui. »

LOUISE

« Oh! quelle douleur! que je suis malheureuse! son père ne pourra pas supporter ce malheur. (En regardant son enfant.) Oh ! mon pauvre petit, dans quelques heures je ne te verrai plus; il faudra te quiltér; on te conduira au cimetière, on te mettra dans la terre; ton corps se pourrira et sera mangé par les vers ; mais ton âme, mon bien-aimé, vivra toujours ; elle est semblable à celle des anges, elle sera heureuse, puisqu’elle est innocente. Je vais faire tous mes efforts pour bien aimer mon Dieu, qui m’a créée, qui m’a souvent pardonnée, qui m’a souvent comblée de bienfaits; je me résignerai à toutes ses volontés. »

FANCHETTE

« Oh ! que je suis contente de voir que vous supportez votre malheur. »

Louise ( en regardant son enfant).

t Fanchette! Fanchette! regardez mon petit Jules; il n’a plus qu’un souffle; ses yeux et sa bouche se tournent; Oh! mon Dieu, il est à vous; il n’est plus à moi; il ne respire plus; le voilà mort!.

» Fanchette, ayant promptement apporté du vinaigre à Louise, qui est en faiblesse, lui en frotte les tempes; elle lui en fait respirer. Louise revient après un quart d’heure de faiblesse ; elle regarde autour d’elle avec des yeux égarés ; elle ne voit plus son enfant : elle le demande; on l’a retiré. Elle jg^lève et elle fuit dans le plus grand désespoir; elle va dans les rues, comme une folle; elle aperçoit une église, elle y entre; elle se jette au pied de l’autel ; elle prie Dieu de la secourir ; elle éprouve de la consola-

Page 1