‹ La surdi-mutité (volume 2)Chapitre 116 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X

C’est elle qui a inspiré les abbés de l'Épée, Sicard, Chazottes; c’est elle encore qui anime et guide les sœurs de la Sagesse, les religieuses du Bon-Sauveur, les frères de Saint-Gabriel et les frères de la Doctrine-Chrétienne dans leur pieux dévouement à l’instruction des pauvres sourds-muets dans les trente-deux institutions qui sont sous la dépendance de directeurs ecclésiastiques. Là l’on rencontre plus d’esprit d’unité, plus de tendance à suivre docilement une voie commune ; il s’y trouve plus d’accord, plus d’harmonie dans le personnel enseignant, et cette heureuse uniformité dont M. de Watteville regrette l’absence dans les deux institutions nationales; mais il s’en faut beaucoup cependant qu’elles présentent un système complètement uniforme, une direction unique et partout la même.

Méthode de l’abbé Laveau, directeur de l'institution d’Orléans.

Cinq à six de ces écoles, tenues par les frères de Saint- Gabriel pour les garçons et par les sœurs de la Sagesse pour les filles, sont sous la surveillance d’un homme aussi actif qu’intelligent, M. l’abbé Laveau, directeur de l’école des garçons sourds-muets d’Orléans. Il inspectait naguère, tous les ans, les établissements qui étaient sous sa surveillance, dirigeait lui-même les exercices des élèves qu’il examinait et leur distribuait des récompenses le jour des distributions de prix, qui ne se faisaient que sous sa présidence. On dit que l’influence de l’abbé Laveau est réduite, aujourd’hui, à l’institution d’Orléans. Le directeur de l’école de cette ville intitule sa méthode, méthode universelle. Cette dénomination nous semble un peu ambitieuse. Malgré nos actives recherches, nous n’avons pu nous procurer le moindre spécimen du cours méthodique

qu’il prétend avoir créé. Nous n’avons pu, par conséquent, juger de son universalité. Nous ne connaissons même encore aucun élève, formé par ses soins, qui soit en état de nous faire apprécier, comme ceux de Bébian ou du vénérable abbé Chazottes, la bonté et l’infaillibilité de sa méthode universelle.

Opinions de M. Gruel et de l’abbé Bonehet sur la méthode de l’abbé Laveau.

"Voici, du reste, sur cette méthode, l’opinion de M. Gruel, homme pieux et respectable, qui aimait les sourds-muets et qui, depuis bon nombre d’années, consacrait son temps e,t sa fortune à visiter, pour sa propre instruction, toutes les maisons qui, en France et à l’étranger, sont ouvertes à 1’instruction de ces infortunés. Nous lisons dans les Annales, tome 3, p. 46 :

« Quant à la méthode créée par M. Laveau, et qu’il nomme universelle , qu’il me soit permis de le dire, sans manquer au respect et à la haute considération que je professe pour sa personne, cette méthode ne m’a paru être (sauf un petit nombre de particularités, dont une expérience plus longue pourrait seule faire apprécier le mérite), qu’un choix judicieux et une classification bien graduée, sagement coordonnée, des meilleurs procédés en usage dans les principales institutions que M. Laveau a eu soin de visiter avant de se faire un système personnel d’enseignement. On juge bien que ce n’est pas moi qui le blâmerai de ses observations studieuses et des nombreux emprunts qui peuvent en être le fruit. J’émettrai plutôt le vœu de voir bientôt le pieux et savant directeur publier la collection de ses leçons, qui seront, je n’en doute pas, universellement goûtées et reçues dans nos écoles. »

Page 1