‹ La surdi-mutité (volume 2)Chapitre 117 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X

Nous nous joignons au vœu exprimé par M. Gruel, l’infatigable visiteur cosmopolite des maisons de sourdsmuets. Il est de l’intérêt de M. l’abbé Laveau d’y répondre le plus tôt possible, de sortir, ainsi, de la réserve qu’il a gardée trop longtemps vis-à vis des principales écoles qu’il a visitées. C’est trop peu de dire que ses procédés sont différents de ceux qu’on a mis sous ses yeux; il faut prouver, avec M. l’abbé Bouchet, qui a longtemps et utilement aidé M. l’abbé Laveau dans ses travaux, qu’il serait souverainement injuste de ne voir dans ses leçons qu’une simple compilation, un plagiat plus ou moins heureux, fruit d’un éclectisme bâtard qui aurait frappé et quêté à toutes les portes. « Le cours méthodique d’enseignement de M. Laveau, poursuit l’abbé Bouchet dans sa réponse à l’article de M. Gruel, aura cet avantage immense et incontestable qu’étant sorti de la même plume, malgré les transformations nombreuses que l’auteur lui a fait subir, il paraîtra formé comme d’un seul jet; ce sera le résultat spontané d’une seule et vaste pensée dont les mille détails et tous les développements se tiendront, s’enchaîneront , s’appelleront les uns les autres ; ce sera un ensemble dont toutes les parties s’harmoniseront et se soutiendront mutuellement; il aura toute la forme et toute la cohésion d’un système complet : or, celte considération seule n’offre-t-elle pas une raison suffisante pour dire que c’est une création véritable? Un des plus grands mérites de ces leçons, c’est d’avoir singulièrement diminué et étonnamment simplifié le travail des maîtres; on reconnaît, à chaque pas, un homme éminemment pratique. Mais n’insistons pas davantage; aussi bien le public impartial ne pourra juger en dernier ressort que quand, la

méthode à la main, il sera à même de vérifier la justesse de nos appréciations; avant cette époque, tout jugement définitif de sa part serait injuste. »

Ecole de Caen, fondée par l'abbé Jamet. — Ses commencements.

L’école des sourds-muets de Caen a été fondée, par l’abbé Jamet, dans la communauté du Bon-Sauveur, qu’il a longtemps dirigée lui-même, et à laquelle il a appliqué des procédés entièrement de son invention. « Le zèle le plus respectable, dit le baron de Gérando, a inspiré cette création, il l’a soutenue, et l’on s’accorde à rendre témoignagne aux succès obtenus par l’instituteur. »

Comme beaucoup d’autres prêtres devenus instituteurs de sourds-muets, l’abbé Jamet fut surtout conduit a s’occuper de cet art par le désir de procurer à ces infortunés le bienfait des enseignements divins de la religion, les consolations de ses promesses et le secours puissant de ses saints mystères. Une sourde-muette, déjà d’un certain âge, sœur d’une religieuse du Bon-Sauveur et alliée à sa famille, était demeurée dans l’ignorance native; il entreprit de l’instruire en 1816, et, avant la fin de la même année, il consentit à lui associer une autre sourdemuette plus jeune. Tel fut le modeste noyau d’une école devenue, depuis, la plus considérable des institutions privées de la France et probablement de l’Europe.

Premiers procédés de l'abbé Jamet.

Ne connaissant pas les procédés dont on faisait usage dans nos écoles naissantes, n’ayant pas, non plus, étudié les théories développées dans les livres, encore fort rares, qui avaient été publiés à cette époque, il fut réduit, en débutant, à ses propres inspirations, et réussit, néan-

Page 1