‹ La surdi-mutité (volume 2)Chapitre 118 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X

moins, dès ses premiers pas, en suivant les indications de la nature, les règles du bon sens et les tendances d’un esprit doué d’une rare sagacité. Son principal moyen de communication fut la pantomime. De bonne heure, il y joignit l’écriture, qui procède avec plus de certitude et de précision. Mais la lenteur inhérente à ce moyen de communication lui faisait désirer de trouver un procédé plus expéditif et qui remplaçât presque aussi complètement la parole. C’est alors qu’il rêva aux bases d’un système nouveau, qu’il gratifia du nom de prononciation manuelle.

Séjour de l’abbé Jamet à l’école de Paris.

Il vint, en ce temps-là, chercher à Paris, auprès de l’abbé Sicard, les secours et les éclaircissements que lui faisaient espérer la réputation et la longue expérience du célèbre instituteur. Il sut tirer de quelques heures d’examen et d’observations personnelles dans les classes de l’institution nationale plus de renseignements que ne lui en avaient fourni les déductions, un peu subtiles, de métaphysique et de grammaire dont le savant disciple de de l’Épée surchargeait l’enseignement plus simple et plus naturel de ce premier modèle des instituteurs de sourdsmuets. Muni des ouvrages de l’un et de l’autre, il revint à Caen et y reprit, avec un nouveau courage, le plan dont il avait esquissé les premiers traits avant cette entrevue.

A vrai dire, l’abbé Jamet se place sous le même point de vue que les abbés de l’Épée et Sicard; comme eux, il reconnaît la nécessité d’un langage complet de signes mimiques, afin de remplacer la parole et de servir de texte à la traduction. Il commence par employer, d’abord, les signes mimiques pour faire concevoir au sourd-muet le

vrai sens, ou les diverses acceptions d’un mot. Mais, une fois que ce mot est compris, il rejette le secours de la pantomime; il la remplace par un signe unique, arbitral, conventionnel. « Dans les entretiens de mes élèves, dit-il, cë signe tient lieu de la voix. C’est une parole manuelle, presque aussi simple que la parole orale. » Il s’est fait une loi de n’employer qu’un seul signe, même pour les mots de notre langue qui ont le plus d’acceptions diverses.

Principes fondamentaux de la méthode de l'abbé Jamet.

Nous devons au supérieur de la congrégation du Bon- Sauveur, son digne et savant successeur, de précieux détails sur les principes fondamentaux de la méthode de l’abbé Jamet pour la prononciation manuelle. Les voici :

« I. Les signes ne sont point une langue, ils ne sont que l’expression manuelle des mots d’une langue.

» II. On doit faire le signe des mots et non celui des choses, » ce qui n’empêche pas, dit l’auteur de la lettre, que, dans le choix des signes qui doivent exprimer les mots, on n’ait adopté, de préférence, ceux qui sont plus en harmonie avec les principales idées qu’ils représentent.

« III. Les signes doivent être simples, d’une exécution prompte et facile.

» IV. Les signes doivent avoir une forme invariable, et être exécutés, toujours et par tous, de la même manière.

» V. Un mot ne doit avoir qu’un signe quel que soit le nombre de ses acceptions ; » mais, poursuit l’auleur de

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