PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X
sont sans analogie avec la chose , et ajouter ensuite qu’i/ fait le signe des mots, et qu’il a pris pour règle invariable de chercher dans la chose exprimée par les mots le point qui la distinguait de toute autre, pour en faire la base de son signe. Aussi l’auteur se félicite-t-il de ce que ses signes deviennent véritablement l’expression propre, tandis que ceux de l’abbé Sicard laissent flotter l’esprit dans le vague et l’incertitude. Nous sommes loin de désapprouver ces efforts pour transporter dans le signe du rappel les traces de l’analogie avec la chose qu’ils expriment ; nous y applaudissons, au contraire; mais nous sommes embarrassé pour mettre ces nouvelles vues en accord avec les principes du système, et comment sera-t-il possible que le signe renferme le trait le plus distinct de la chose, quand un même signe rappelle un mot- qui exprime les choses les plus diverses? (Quatrième axiome).
» C’est par suite de ces nouvelles vues que M. l’abbé Jamet s’est proposé de conserver dans ses signes de rappel l’indication de la formation des mots dérivés et composés, en reproduisant dans chacun de ceux-ci le signe du radical, et qu’il a spécialement appliqué cette règle aux verbes et autres parties du discours, dans lesquels entre une préposition. Le verbe poser, par exemple, uni à près de vingt prépositions, et ses composés, seront exprimés par la réunion du signe du radical poser, et de ceux de chacune des prépositions qui viennent s’y associer. Par là l’auteur se flatte de rendre plus intelligible le sens de ces expressions qui ne pourraient s’interpréter autrement que par un commentaire plus ou moins long; par là il espère rendre, en quelque sorte, à ses signes de rappel, la richesse, la grâce, la force, l’élégance des langues qui
ont employé avec bonheur des combinaisons semblables; par là il groupera les mots en familles, et portera dans l’enseignement de la nomenclature un ordre propre à la rendre plus facile. « Loin que nos élèves se méprennent, dit-il, sur le sens de ces mots composés, l’expérience journalière prouve que le signe indicateur en rappelle la signification avec autant de certitude et plus de précision que ne pourrait le faire la longue pantomime dont on s’était servi pour leur en donner connaissance. »
Critique nouvelle des bases générales sur lesquelles cette méthode
Maintenant reprenons un à un les principes fondamentaux de l’abbé Jamet qui ne roulent, comme on l’a vu, que sur le langage des gestes, et répondons-y avec la science pratique.
« I. Les signes ne sont pas une langue ; ils sont la prononciation des mots d’une langue. »
On appelle langue, tout système de signes représentant directement la pensée. C’est la totalité des moyens dont se sert un peuple pour exprimer ses pensées. Le langage des gestes forme la langue d’action. Une langue est sortie toute polie des mains de l’art, un langage est l’enfant de la nature. Ainsi toute langue a dû être nécessairement langage dans son origine. Ainsi la réunion des gestes et des signes dont les sourds-muets se servent pour exprimer leurs pensées ne sera une véritable langue que lorsqu’elle aura reçu de l’art toutes les perfections dont elle est susceptible; alors ce sera cette langue universelle que rêvait le génie de Pascal, et qui mettrait en rapport toutes les nations du globe.