‹ La surdi-mutité (volume 2)Chapitre 123 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X

« V. Un mot ne doit avoir qu’un signe, quelque soit le nombre de ses acceptions. »

Il ne serait pas difficile de démontrer la parfaite absurdité de ce principe, si le directeur actuel de Caen n’avait pas pris soin de nous écrire qu’on fera des signes différents pour les mots qui, ayant la même forme écrite, constituent cependant des mots différents dans la langue, exemple : volare, furari. Mais telle n’était pas l’opinion de l’abbé Jamet.' Ce cinquième axiome est conséquent du deuxième. En faisant le signe du mot et non le signe de la chose, il se souciait fort peu du sens, pourvu que le mot fût matériellement rendu en toutes lettres. Contentons-nous de dire qu’avec ce principe l’esprit de l’élève de Caen doit être exposé à bien des équivoques et des quiproquo.

« VI. Les prépositions qui entrent dans la composition des parties du discours, doivent être indiquées par des signes. »

De ce que l’abbé Jamet n’a trouvé aucune préposition exprimée dans la théorie des signes, il en a conclu que nous n’en faisions pas les signes. C’est une erreur et des plus capitales. Si les prépositions n’existaient pas dans la langue française, nos signes, toujours basés sur la nature, les auraient inventées. Sans doute, il y a quelques prépositions dont nous ne faisons pas le signe, comme étant suffisamment dans le régime, et pour éviter ce que dans le discours on nomme pléonasme. Par exemple : Je vais à Paris. Ce livre est à Paul. Ils marchent deux à deux, pas à pas. Le premier, qui indique le lieu, porte dans nos signes cette indication; le second, qui rappelle une idée de propriété, se fait très bien voir dans nos signes; quant au

troisième, il ne se dit guère à part, mais il est dans l’ordre de la marche que nos signes représentent. On voit bien que nos signes suivent les idées et, puisque l’abbé Jamet s’est fait une loi de n’avoir qu’un signe, même pour le mot qui rappelle le plus d’acceptions différentes, le signe de la préposition a, doit être, à l’école de Caen, le même dans toutes ses nuances. D’un seul mouvement de la main, nous disons deux à deux; avec les signes de l’abbé Jamet, on le dit, sans doute, de cette manière : d’abord, deux, puis à et ensuite deux. Le lecteur dira lesquels des signes, des nôtres ou de ceux de Caen, sont les plus expéditifs.

« VII. Comme la plupart des mots employés dans la langue dérivent d’un mot radical, et sont distingués comme substantifs, adjectifs, verbes, etc., ordinairement par leur terminaison, les signes qui doivent servir à l’énonciation manuelle de ces mots seront aussi composés d’un signe radical, auquel on ajoutera un signe conventionnel qui indique à quelle partie du discours appartient le mot, ou bien à quel nombre ou à quel genre il est employé. »

D’un côté, lorsque l’abbé Jamet a dit en parlant de la méthode de l’abbé de l’Ëpée : « Comme elle consiste dans un pur mécanisme, elle ne donne point aux sourds-muets une connaissance analytique et approfondie de la langue qu’on leur enseigne ; elle ne leur apprend point assez à mettre au jour leurs pensées et à s’exprimer seuls; ils ne sont presque rien autre chose que des copistes; »

Et, d’un autre côté, lorsque le directeur actuel de Caen nous a écrit ceci : * Au moyen de nos signes nous reproduisons la phrase textuelle ; nous pouvons dicter à nos

Page 1