PREMIÈRE PARTIE. —CHAPITRE X
élèves un passage d’histoire, un morceau de littérature, une pièce de vers, et tout est rendu, en un instant, par l’écriture, avec une entière exactitude. »
Il suffit de relire le septième principe pour retourner à son auteur l’opinion exprimée à propos de la méthode de l’abbé de l’Épée. Les élèves de Caen ne peuvent évidemment être autre chose que des copistes, des copistes du premier ordre, des copistes rompus au métier; mais il ne faut pas perdre de vue que nos élèves font le signe de la chose, et que ceux de Caen font le signe du mot. Or, copier des mots, ou rédiger d’après les idées, de quel côté est le mérite? de quel côté est la difficulté vaincue, et laquelle des deux méthodes mérite d’être préférée et suivie ?
Quand un instituteur plus digne et plus expérimenté a dit que l’élève, à son arrivée à l’école, possède une langue, à la vérité imparfaite, et qu’il faut s’en emparer pour procéder à son instruction, c’est la voie la plus simpie et la plus rationnelle, et, si l’abbé Jamet fait toujours et quand même le signe du mot, comment le commençant, qui ne sait pas encore le mot, peut-il comprendre et apprendre? On donnera visiblement une direction fausse et déplorable à ses facultés intellectuelles ; on paralysera ce qu’elles peuvent avoir de bonté et de vivacité ; on fera longtemps et bien longtemps graviter l’élève dans un cercle étroit ; il y perdra certainement beaucoup plus qu’il n’y gagnera, et le plus souvent tant de soins, tant de peines, se résoudront en pure perte. Le besoin de communication qui se manifeste si vivement entre les sourdsmuets fait que les élèves sortis de Caen renoncent toujours aux signes de l’abbé Jamet pour les nôtres. Nous
avons souvent remarqué que les maîtres et les religieuses de Caen éprouvaient une sorte d’embarras pour converser avec les élèves de l’Institution de Paris. ’
nécessité d’interdire dans les écoles de sonrds-mnets les signes Inventés par l’abbé Jamet et adoptés par ses successeurs.—Eloge sans réserve du dévouement de ces derniers.
Bref, en dernier lieu, la raison et l’expérience réclament hautement que les signes inventés par l’abbé Jamet et adoptés par ses successeurs soient prohibés comme n’ayant presque aucune valeur. Nous comprenons à un certain point pourquoi l’abbé Jamet tenait à ses inventions. Tout homme se fait toujours illusion à cet égard, et il y a dans son cœur une espèce de paternité aveugle, comme celle de la nature qui nous fait le plus aimer celui de nos enfants qui est le plus déshérité sous le rapport des dons physiques. Nous respectons donc les tendances de l'abbé Jamet. Si nous les attaquons, c’est autant pour l’honneur de la science que parce que nous les voyons adoptées et reconnues comme infaillibles et supérieures à toutes les autres par ses successeurs, malgré l’évidence et malgré le progrès des lumières. C’est encore parce que la communauté du Bon-Sauveur, qui a des ramifications dans un grand rayonnement, possède mieux qu'aucun établissement privé des ressources qui lui permettent de faire, pour les pauvres sourds-muets, tout ce qui leur manque. C’est surtout avec bonheur que nous nous plaisons à proclamer partout qu’il y a chez les pieux continuateurs de l’abbé Jamet ce qu’on ne trouve pas dans tous les instituteurs à un degré aussi éminent, ce dévoûment qui, dans l’éducation des sourds-muets, demande qu’on