PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X
aille au devant des peines, cette patience qui veut qu’on ne recule devant aucune difficulté, et cette foi ardente qui s’efforce héroïquement de ramener à la religion de nouveaux chrétiens.
Biographie de l’abbé Jamet par M. Grnel.
Par suite de la profonde vénération que nous professons pour la mémoire de l’abbé Jamet, nous ne pouvons nous défendre de transcrire ici quelques fragments de sa biographie, œuvre de M. Gruel. M. Gruel!... Hélas! au moment où nous écrivons ce nom béni, nous apprenons la mort de cet homme de bien. Les sourds-muets ont perdu en lui un de leurs amis les plus sincères, les plus chaleureux... Hélas! on s’en convaincra en lisant le narrateur.
* L’école que M. Jamet avait ouverte à Caen ne tarda pas à s’accroître, grâce à la charitable générosité des religieuses du Bon-Sauveur, qui l’avaient adoptée dès l’origine. Elle comptait, dès le commencement de l’année 4819, vingt-deux élèves des deux sexes ; elle en avait soixante, dix ans plus tard ; elle a dépassé cent depuis bien des années, et elle était arrivée à cent trente peu de temps avant le décès du fondateur. Lorsque nous le félicitions de cet heureux accroissement : « C’est, nous disait-il, un bon grain que j’ai eu le bonheur de semer dans une excellente terre, et Dieu a béni la moisson; » oubliant ainsi, comme le pieux cultivateur, les travaux et les sueurs qui avaient si puissamment contribué à féconder le champ de sa bonne œuvre, et se plaisant à reporter sur d’autres une gloire qui lui appartenait principalement. Ce n’a pas été, en effet , un des moindres mérites du digne fondateur que d’a-
voir su organiser fortement son école, et d’en avoir assuré la perpétuité en la confiant à des mains intelligentes et dévouées qu’il avait pris soin de former lui-même et qu’il dirigea tant que ses forces le lui permirent. Il ne sera pas sans intérêt d’étudier plus en détail eette organisation.
» Convaincu que la plus puissante ressource d’un établissement de ce genre est dans le désintéressement et le zèle de ceux qui composent le personnel enseignant, l’abbé Jamet posa, d’abord, pour base la charité chrétienne, et il inspira aux religieuses dont il avait la direction, la généreuse pensée d’ajouter encore l’éducation des sourdsmuets des deux sexes à tant d’oeuvres diverses dont s’occupait déjà leur institut. Chargé de la rédaction de leurs statuts, il eut soin d’y insérer, de leur consentement exprès, un article formel pour leur faire à jamais une obligation sacrée de ce nouveau dévoûment. Ainsi, en quelque lieu que s’établisse une colonie de cette congrégation, les sourds-muets de la contrée trouveront, dans la mission des pieuses filles du Bon-Sauveur, une ressource constante et sacrée. Celte branche de leurs bienfaisants travaux est même devenue, ce semble, leur œuvre de prédilection , quoique la plus récente de toutes; et, par une tradition que ne dément pas l’observation attentive de leurs progrès, elles sont persuadées que la bénédiction du ciel sur leur communauté est attachée, en quelque sorte, à l’éducation des sourds-muets, se plaisant à remarquer que le moment où elle a été complètement organisée dans chacune de leurs maisons, a été comme le signal d’une heureuse impulsion et d’un agrandissement plus sensible pour tout le reste.