PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XI
que les instituteurs primaires établis dans toutes les communes de France sont en général d’une capacité éprouvée, et qu’il n’en est aucun qui ne serait capable de commencer avec succès l’instruction des jeunes sourds-muets qui existent dans leur localité; et pour leur donner cette aptitude il suffirait d’une courte instruction (1).
De la possibilité de guérir le sourd-muet et de développer chez lui l’articulation. — Fausse opinion d’Ilard a ce sujet refutee par M. Puybonnieux.
Après avoir démontré la possibilité de donner l’éducation intellectuelle et professionnelle aux sourds-muets, M. Puybonnieux examine la cause de la surdi-mutité et l'indifférence que l’on a montrée jusqu’à ce jour pour encourager ceux qui ont entrepris de guérir celte affection et de jeter de la lumière sur cette matière. Devant traiter cette question à fond dans la partie médicale de notre ouvrage, nous nous contenterons ici de laisser parler l’auteur.
« La guérison des sourds-muets, dit-il avec raison, n’est pas une de ces questions qu’il soit permis de
regarder comme insolubles. La science qui a si peu
fait sur ce point, obtiendra un jour, bientôt peut-être, un triomphe plus ou moins complet. Il y a des aveu¬
gles auxquels on rend la lumière à l’aide d’opérations, pourquoi n’y aurait-il pas des sourds auxquels on rendrait l’ouïe?»
Plus loin, il ajoute : « Qu’importe que quelques hommes d’un mérite incontestable aient jeté sur ce point le découragement autour d’eux! Lorsque Galilée disait que
g (1) Voir notre volume delà législation dés sourds-tüuefs (1850).
la terre tournait, les savants du siècle, étonnés de son audace, niaient son irréfragable déduction et croyaient sans doute empêcher la terre de tourner en torturant celui dont le regard avait si profondément pénétré dans les mystérieuses lois de la nature; aujourd’hui ceux qui ne voient dans l’organisation des sourds-muets qu’un écart irréparable de la nature, croient à l’imposture quand on leur dit qu’il doit y avoir quelque part un moyen de remédier à cette funeste situation, et ils ont avec eux les tièdes et les indifférents, et celte masse inerte qui, incapable de réparer le mal, ferme les yeux pour ne pas le voir. Mais qui donc a dit que l’organe de l’ouïe était irrévocablement perdu pour les sourds de naissance? qui l’a démontré surtout? M. Itard, sans doute, direz-vous? Itard, il est vrai, ayant cherché à résoudre ce problème redoutable par la dissection et n’ayant trouvé ni tumeur ni lésion apparentes, n’y comprit rien, parce qu’il n’avait rien vu , et la paralysie lui servit de faux-fuyant : il ne s’occupa plus que de la surdité acquise par les adultes.
» Nous disons que pour M. l ard la paralysie n’était qu’un faux fuyant. Il était impossible, en effet, qu’avec l’expérience pratique qu’il avait acquise, il put tomber
pour un instant dans une erreur aussi profonde.
M. Itard savait bien qu’il y avait, parmi les enfants soumis à son examen, un très grand nombre d’individus
qui entendaient plus ou moins difficilement Or, si
la paralysie était toujours la base de la maladie, il aurait fallu que, pour être conséquent avec lui-même, il admit des demi-paralysies, des quarts, des dixièmes, centièmes , millièmes de paralysie. Le ridicule d’un