PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XI
lés à vivre? N’est-il pas plus naturel, plus logique et plus humain de donner la parole à ceux des sourds-muets qui s’en montrent susceptibles que de convier des millions de parlants à l’étude du langage mimique.
La France possède les principaux éléments d’un bon système d’instruction publique. Mais il manque à ses établissements un lien, une direction, un but.
La population de la France entière d’après le dernier recensement est de 35,401,761 pour une superficie de 527686,19 kilomètres carrés; soit en moyenne 411,648 habitants par département pour une superficie moyenne de 6135,89 kilomètres carrés.
Dans ce nombre on compte près de 22,000 sourdsmuets, ou 1 sourd-muet sur 1500 habitants.
5,850,000 enfants composent la population de 5 à 12 ans. 2,600,000 environ vont aux écoles, et plus de 2 ,000,000 n’y vont pas.
Si, comme je viens de le démontrer, le nombre des enfants en âge d’apprendre à lire est dans la proportion d’un cinquième environ du chiffre total de la population, cela fait près de 4,400 enfants sourds-muets en ne portant qu’au chiffre de 22,000 le nombre total de ces infortunés de l’éducation et de l’instruction desquels le gouvernement devrait s’occuper.
Eh bien, le sourd-muet est plus malheureux encore sous le rapport de l’éducation que le parlant. Jusqu’à l’âge de 10 à 12 ans on laisse tous ces infortunés sans enseignement aucun, car l’admission dans les établissements du gouvernement n’est permise qu’à cet âge. Ainsi, au moment où le parlant finit son éducation primaire, le malheureux sourd-muet la commence, et quand nous disons
ÜO EXPOSÉ HISTORIQUE,
qu’il la commence, nous devrions dire plutôt que cette faveur est à peine accordée à quelques-uns de ces rares privilégiés auxquels des bourses sont délivrées par le gouvernement ou les départements.
Une autre difficulté se présente après l’admission, et elle est encore pour l’indigent plus difficile à vaincre que la première ; nous voulons parler du trousseau de 320 fr. dont nul ne saurait être dispensé à son entrée dans l’institution de Paris (1). Comment exiger une pareille dépense d’un indigent? Au moment où nous écrivons ces lignes, des familles qui ont reçu la nouvelle de l’admission de leur enfant sourd-muet nous apprennent qu’à leur vif regret elles se verraient forcées de décliner celte faveur qui fait l’espoir de leur vie, si notre société d’assistance ne venait à leur secours. Nous avons la conviction qu’il suffira d’appeler l’attention de M. le Ministre et de l’Assemblée nationale sur cette lacune pour qu’à l’avenir les trousseaux ne restent pas à la charge d’indigents qui sont hors d’état d’en acquitter le prix.
Les institutions nationales ne renferment que 260 élèves; toutes les autres réunies 4300 élèves; ce qui fait un total de 4560 individus sur près de 5000 qui sont en état de recevoir l’éducation; on voit des pères de famille avoir six et sept enfants sourds-muets et nepouvoir obtenir l’admission que d’un seul dans les établissements publics. Pourquoi donc ne pas marcher sur les traces de la Belgique, de l’Allemagne et d’autres pays où nous avons vu l’éducation du sourd-muet commencée de 4
(1) Extrait de réponses du ministère de l’intérieur à des demandes d’ad-, mission. (Juin 1830.)