‹ La surdi-mutité (volume 2)Chapitre 15 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE -CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE -CHAPITRE I

gage le plus naturel à l’homme, le roi ayant appris, par les savants qui furent consultés sur l’interprétation de ce mot, que b êxo { signifiait pain en langue phrygienne, il en conclut que les Phrygiens, parlant la langue la plus naturelle à l’homme, étaient le peuple le plus ancien de la terre, et que, sous ce rapport, les Egyptiens devaient se contenter du second rang. C’est ainsi que les faits même les plus concluants deviennent des sources d’erreurs, et que les inductions diverses que chacun en tire à son gré, attestent la profonde sagesse qui a dicté ces mots : Experientia fallax, ju~ dicium difficile (1).

Les premiers hommes, dit Yico, durent concevoir les objets par l’idée que l’imagination personnifiait en eux. Faute de langage, ils durent s’exprimer par des gestes ou par des signes matériels ayant des rapports naturels avec leurs idées. Par exemple, trois épis ou l'action de couper trois fois des épis, signifièrent pour eux trois années.

Pline et Jamblique prétendent que cette langue, dont les expressions portaient avec elles leur sens naturel, a été parlée autrefois. Ce fut, sans doute, la langue qui, selon les savants, exprimait les idées par la nature même des choses, c’est-à-dire par leurs propriétés naturelles.

Diodore de Sicile, Warburton et d’autres philosophes ont pensé que les premiers hommes vivant dans les bois n’articulaient que des sons confus, des cris indéterminés. Les commencements de cette langue de sons articulés ont toujours été, disent-ils, informes ; mais, quand le temps les a polis et qu’ils ont reçu un certain degré de perfection,

(4) Ilard : Traité des maladies de l’oreille et de l’audition, Tome If, page 9d«et 397.

on a cessé d’entendre les bégaiements de leur premier âge.

La langue articulée, dit Vico, commence par l’onomatopée, au moyen de laquelle l’enfant se fait toujours fort bien comprendre. Vinrent ensuite les interjections qui échappent dès le premier assaut des passions violentes et qui, dans toutes les langues, sont monosyllabiques.

C’est ce que corrobore M. Michelet en disant que les langues durent commencer par des monosyllabes et que, de nos jours encore, au milieu de tant de facilités pour apprendre le langage artioulé, les enfants, dont les organes sont si flexibles, commencent toujours ainsi.

Celui-là donc quinait sourd, ou qui, par suite d’une maladie contractée dans ses premières années, a le sens de l’ouïe trop altéré pour saisir distinctement les éléments qui constituent le langage parlé, ne saurait, dès lors, faire, de leurs diverses et innombrables combinaisons l’objet d’une imitation journalière.

Il reste, par conséquent, muet.

Ainsi le mutisme est un effet naturel de la surdité.

Il en est le résultat physiologique.

C’est ce rapport du mutisme à la surdité qu’on a voulu exprimer par le trait d’union qui lie les deux mots sourdmuet et fait du second le corollaire, le complément obligé du premier.

S’il n’est pas donné au jeune sourd d’acquérir, comme

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