‹ La surdi-mutité (volume 2)Chapitre 21 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE I. *T · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE I. *T

Erreur de saint Augustin.

Il n’est plus question, ensuite, de sourds-muets que dans les écrits de saint Augustin, dont le vaste génie ne s’en occupe transitoirement que pour leur interdire, en raison de leur infirmité, le domaine de la foi: quod vitium ipsum impeditfidem y nàm surdus natu litteras quibus lectis fidem concipiat, discere non potest (1).

Distinction des sourds-muets faite par l’empereur Justinien.

—Opinions des médecins Arabes et d’Ambroise Paré.

Dans le siècle suivant, l’empereur Justinien paie tribut à son tour, ainsi que ses contemporains, aux vieux préjugés relatifs à la parole. Il relève de certaines interdictions prononcées par le droit romain contre les sourds et les muets, ceux qui ont, ou ont pu avoir, parla parole, un lien de communication avec les autres hommes, les sourds qui parlent, les muets qui entendent, et même les sourds-muets qui, atteints de cette double infirmité par un accident, sont censés avoir entendu et avoir parlé (2). Les sourds-muets de naissance qui n’ont jamais ni entendu, ni parlé, continuent à être exclus du droit de tester, de faire des codicilles, des donations, des affranchissements; ils sont relégués dans la catégorie des fous, privés de ces mêmes droits, quià mente tarent (3), quoniàm mentem non habent (4) « L’Empereur, dit M. du Caurroy, dans ses Institutes de Justinien nouvellement expliquées, ne refuse la faculté de tester à aucun de

(1) L’abbé de l’Épée, lettre II, à M. l’abbé *** <772.

(2) V D Justiniani Institut. Lib. 4 4, de best. ordin.

(3) Item, lit. XII.

(4) Ulpiani Regular. lib. 4. Tit. ÏX.

ceux qui ont un moyen quelconque de manifester leur volonté. « On est d’autant plus surpris de ne pas voir admettre la mimique au nombre de ces moyens, que le sourd-muet, qui l’est devenu par accident, ne doit pas lui-même en avoir d’autre, et qu’on sait à quelle-puissance était parvenue chez les Romains la langue des mimes, dans laquelle Roscius excellait, et dont Cicéron fait un si brillant éloge.

Les médecins arabes et ceux du moyen-âge sont tombés dans la méprise d’Aristote, qui, comme nous l’avons vu, prétendait « que les sourds de naissance n’ont jamais la faculté de parler, qu’iisontune voix, mais qu’elle n’est pas articulée. » — On retrouve encore cette erreur dans les écrits d’André du Laurens ( Hisloria anatomica ); et le célèbre chirurgien Paré la partageait, sans doute, aussi, puisqu’il s’adresse à lui-même cette question : Pourquoi les sourds parlent-ils d’une autre façon qu’avant qu’ils fussent sourds ?

A quelle époque fut révélée la possibilité d’instruire les sourds-muets.

— st-Jean de Beverley, Rodolphe tgricola et Jérome Cardan.

Le premier dont l’histoire fasse mention comme s’étant occupé de l’instruction d’un sourd-muet, est saint Jean de Beverley, archevêque d’York, auVII e siècle, lequel, au rapport du vénérable Bède, dans son Histoire ecclésiastique , enseigna à parler à l’un de ces infortunés qu’il avait recueilli par charité. Mais c’est au quinzième siècle qu’un fait, signalé par Rodolphe Agricola, professeur de philosophie, révèle, pour la première fois, positivement, la possibilité d’instruire un sourd-muet de naissance. « J’ai vu, dit-il, un individu, sourd dès le berceau, et, par conséquent, muet, qui avait appris à comprendre tout ce qui était écrit par d’autres personnes, et qui, lui-même, exprimait par écrit toutes ses

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