PREMIÈRE PARTIE.—CHAPITRE II
mique ; il a besoin souvent d’un intermédiaire entre les deux ; il lui faut, pour ainsi dire, un patron grec ou latin, sur lequel il découpe les éléments constitutifs des signes et la valeur des termes. Par exemple, le signe introduire se forme pour lui des deux mots latins ducere, conduire, et inter , dedans; intelligence, d eintùs, dedans, et legere , lire ; satisfait se réduira pour l’expression aux deux signes faetus, fait, et satis, assez. C’est dans cette vue qu’il rédigea un projet de dictionnaire des signes , dont il envoya l’original (dans l’état d’imperfection où il se trouvait, disait-il), à son diciple l’abbé Sicard, en lui faisant espérer qu’il tâcherait, un jour , de mettre la dernière main à cet ouvrage. Au lieu de se faire seconder dans son œuvre par des sourds-muets, il avait employé l’aide d’un de ses répétiteurs, M. Muller. Ce dictionnaire était encore manuscrit à la mort du célèbre instituteur (1789).
L’art d’apprendre la parole anx sourds-muets.
Ce ne fut pas dans les premières années de son enseignement que l’abbé de l’Épée porta son attention sur l’art d’apprendre à parler aux sourds-muets ; mais, le hasard ayant mis sous ses yeux le titre du livre de Jean-Paul Bonet, dont il ignorait même l’existence, il se décida à s’adonner è l’étude de l’espagnol,dans le seul but de se rendre encore plus utile à ses enfants d’adoption, comme il se plaisait à le raconter lui-même. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il sut tirer un si habile parti de la théorie du secrétaire du connétable de Castille, qu’il parvint à la rendre sienne, pour ainsi dire. Aussi l’ouvrage presque neuf qu’il a composé sur ce sujet et qu’il a rendu accessible aux plus faibles intelli-
gences, est-il encore aujourd’hui recherché par tous les
instituteurs, tant pour sa précision, que pour son extrême
clarté.
L'abbé Deschamps.—Le sourd-muet Desloges.
Les divers rivaux que la renommée semblait vouloir opposer à l’abbé de l’Épée, auraient été plongés dans un éternel oubli, s’il ne les en eût arrachés lui-même en les confondant dans son beau triomphe.
En 1779 un cours élémentaire d’éducation des sourdsïnüets était sorti dé lâ plume de l’abbé Deschamps, chapelain de la cathédrale d’Orléans, dont le nom mérité d’être conservé, dans la mémoire de tous les amis de l’humanité, par son dévoilement, sans bornés, à la cause des sourdsmuets, des aveugles-nés, et des sourds-muets-aveugles. L’abbé Deschamps conteste, jusqü’à preuve d’expérience, la supériorité de la découverte de l’abbé de l’Épée -, et, pourtant, il admet le principe fondamental sur lequel elle repose, le langage mimique, accordant, néanmoins, beaucoup plus à la prononciation qu’elle ne mérite réellement. Un sourdmuet, Desloges, se chargea de redresser ce jugement. Il publia les observations d’un sourd-muet sur le cours élémentaire de l’abbé Deschamps , démontrant, d’une manière irréfragable, la toule-puissance des gestes pour arriver à accroître le domaine des connaissances de ses pareils, et l’impuissance, dans ce même but, de la prononciation, qu’il possédait cependant lui-même et qui ne pouvait assez lui servir pour l’acquisition des idées. 11 était devenu sourdmuet à l’âge de sept ans par suite de la petite vérole. Délaissé par ses parents et ses voisins qui le traitaient d’idiot, quoique son intelligence et sa perspicacité fussent rémarqüables.