PREMIÈRE PARTIB.—CHAPITRE III
flaence n’exerçait pas sur son auditoire cette éloquence, pleine de charme, environné des prestiges d’un art mystérieux, d’autant plus admiré, qu’il était moins compris! Elle semblait emprunter un plus puissant moyen de persuasion à cet intérêt même qui s’attache au malheur.
Reconnaissons donc, à la louange de l’abbé Sicard, que grâce à ses nombreux aperçus, aussi ingénieux que neufs, il a considérablement agrandi le domaine de l’enseignement. Doué d’une imagination riche, brillante, il manquait souvent, il est vrai, de dialectique en affectant d’en avoir beaucoup. En revanche, il excélait à captiver l’attention d’un nombreux auditoire. L’abbé de l’Épée a fondé en France une science, l’abbé Sicard l’a popularisée.
Effets de la découverte de l’abbé de l’Epée dans l’Europe.
Il sera intéressant peut-être de mentionner ici les écoles qui existaient à cette époque en Europe, et dont nos investigations nous ont fait découvrir la trace dans le Moniteur universel, du 5 germinal an III de la République. On verra que le zèle pieux de l’abbé de l’Epée pour l’émancipation intellectuelle des sourds-muets a porté ses fruits et a partout excité l’émulation la plus vive et la plus généreuse. Bien peu de temps s’est écoulé depuis les modestes essais de ce saint prêtre ; et déjà les infortunés que la privation de l’ouïe semblait avoir, pour toujours, déshérités des bienfaits de la civilisation, ont trouvé dans l’Europe près d’une vingtaine d’établissements destinés à améliorer considérablement leur sort, en les appelant à participer à tous les précieux avantages que la parole procure aux autres hommes.
L’Italie et l’Espafne.
L’Italie et l’Espagne qui ont vu naître les premiers ouvra-
ges sur les sourds-muets, ne possédaient pas, à cette époque, des instituts qui brillassent à la tête des autres. Cependant il y en avait un à Madrid, établi aux. frais du roi, sous l'inspection de la sœiété royale économique. Assarrotto était le chef d’une petite école de sourds-muets, à Gênes. Le savant Venturi en avait établi une autre à Vérone. Celle de Fabbé Silvestri, à Rome, n’existait plus.
La Suisse.—Les Etats autrichiens. —L’école de Waltzüi en Hongrie.—La Bohême • —Le père Dominique Sœhr.—Munich.—Leipslek.—Encore Heinicke.
En Suisse, la révolution avait forcé Ulrich d’abandonner son école; maïs il a repris, depuis, ses fonctions pénibles et bienfaisantes.
Pans tes étais autricbieos Fart Aes s&qi^s-mnets
florissait sous les plus heureux auspices; l’institut de Vienne, dirigé par May, figurait parmi les premiers de l’Europe. Les places gratuites y étaient au nombre de soixante ; les élèves étudiaient les principes de Ja religion et de la morale, avec quelques éléments d’histoire naturelle et de géographie ; on les appliquait, d’après leurs talents et leur vocation , à un art ou métier quelconque. Plusieurs entrèrent comme copistes dans les bureaux ministériels et dans des comptoirs des négociants.
L’école de Wailzm, en Hongrie, fait honneur à François II qui en est le fondateur, et à la noblesse hongroise gui l’a dotée. Dans l’espace de trois ans , les souscriptions volontaires ont procuré à cet établissement un fonds de 80,000 florins de Vienne. Le comte d’Almazy en a dirigé l’organisation. Le nombre des places gratuites y est de trente; les bâtiments qui lui sont consacrés et qui proviennent d’un ancien monastère, sont situés-survie Dauube-,«a -nord defô ville