‹ La surdi-mutité (volume 2)Chapitre 39 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE.—CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE.—CHAPITRE III

le même autocrate, dans la rue du Nouveau-Monde. Il est richement doté. La direction eu a été confiée à l’abbé Falkowski, élève de l’abbé Sicard.

Celui de Wilna, en Lithuanie, remonte à la même époque et reconnaît le même fondateur. Il est dirigé par un Russe, qui a appris, chez May, l’art si difficile d’instruire ces infortunés.

La Suède, si riche, d’ailleurs, en toutes sortes d’établissements utiles, n’en avait pas encore, à cette époque, pour les sourds-muets.

Dans les états Danois, la civilisation est trop avancée, pour qu’un point aussi essentiel n’occupe pas, à la fois, la sagesse du gouvernement et l’attention du public. Dans la ville deKiel, en Holstein, il y a une école publique, dirigée par le modeste et laborieux Pfingsten ; le gouvernement ne lui accorde qu’une subvention assez médiocre ; mais sa réputation méritée lui attire des élèves jusque du fond des Etats-Unis d’Amérique. Ces élèves ne sont qu’au nombre de seize ; mais presque tous parlent distinctement et devinent ce qu’on leur dit en étudiant les mouvements de la bouche. Ils se parlent entre eux par des signes qui imitent la contexture des lettres gothiques.

Copenhague, qui déjà possède les hôpitaux les mieux organisés et la plus vigilante police médicale de toute l’Europe , est le siège d’une grande école de sourds-muets. Le gouvernement a pr is, à ce dessein, une très-bonne mesure : il a fait voyager dans l’Europe entière un médecin instruit, le docteur Caslberg, qui a visité tous les instituts de sourdsmuets et a publié, en allemand, avec May et Winberger de Vienne, un traité encyclopédique sur l’éducation physique, morale et civile des sourds-muets.

La Hollande. — L’Angleterre. — L’Ecosse.

— KéCc.vIou snr l’instruction des sourds-muets.

On comptait alors en Hollande une école de sourds-muets, qu’on disait très bonne. Un horloger en avait établi une à Londres; et il y en avait encore une, assure-t-on, à Edimbourg à cette même époque.

Cette rapide esquisse des écoles naissantes en Europe, à la mort de l’abbé de l’Épée, est de nature à réjouir lesamis de l’humanité entière. Son œuvresublime ne périra pas. A peine l’immortel fondateur qui a jeté les premières bases de l’édifice moral et social destiné à abriter les sourds-muets de tous les pays, à peine le Saint Vincent de Paule de ces malheureux enfants, depuis trop abandonnés du monde, est-il remonté auxcieux,que, de toutes parts, des cœurs généreux, de cha^ ritables apôtres recueillent son saint héritage, et se vouent, courageux ouvrieis de l’intelligence, à continuer et achever l'édifice dont il a jeté les fondements. Terrain vierge encore des investigations et des expérimentations de la science, leducati on des i ourds-muets n’était pas cependant propreà encourager et à promettre d’abondantes récoltes; il fallait, à coté des vertus angéliques de l’abbé de l’Épée qui séduisent en faveur d’uneenlreprise aussi périlleuse, la voix puissante et pleine de prestiges de l’abbé Sicard, qui, même en assombrissant, comme nous allons le voir, le tableau du sourdmuet sans instruction, savait émerveiller son auditoire en le faisant assister, en quelque sorte, au réveil des facultés intellectuelles chez Teofant qu’il assimilait à une machine ambulante.

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