I.’école de Bordeanx. — Salnt-Sernln
— Ses traits de ressemblance avec l’abbé de i’Épée.—Ses travail. et ses saecés.
— Ses éléves les pins distingués.
Pendant qu’à Paris l’abbé Sicard poursuivait le cours de ses succès, moissonnant, sans partage, les applaudissements du monde politique, du monde savant et du monde artistique, l’école de Bordeaux, berceau des premiers essais de ce grand bomme, voyait un instituteur bien modeste, émietter, sans bruit et sans éclat, le pain de la pensée à un grand nombre de pauvres sourds-muets. On découvre dans M. de Saint-Sernin plusieurs traits de ressemblance avec l’abbé de l’Epée sous le rapport de la modestie, de l’abnégation et du dévouement à la cause sacrée de l’infortune. « Mais plus heureux que lui, a dit le directeur actuel de l’institut national de Bordeaux , Saint-Sernin, qui passait la nuit et le jour au milieu de ses chers élèves, a pu apprécier avec plus de justesse, la véritable portée de leur esprit; aussi ne s’élançait-il point dans les difficiles sentiers de la psychologie; en observateur plein de zèle et de honne foi, il étudia les faits et les recueillit avec soin, non pour les torturer et en déduire des conséquences favorables à des théories préconçues, mais pour les coordonner avec sagacité et en éclairer sa pratique. Moins soucieux de sa renommée que des intérêts de ses enfants adoptifs, il consacrait à l’enseignement tous les instants qu’il pouvait dérober aux soins de sa famille et de ses affaires personnelles. Jamais il n’a fait usage de la décomposition mécanique des mots, procédé caractéristique de la méthode de l’abbé Sicard ; et, comme il a constamment recours à l’intuition des faits, qu’il sait appeler à son aide les signes naturels, et que des applications judicieuses éclairent toujours ses théories, la
pratique de Saint-Serniu a dû être infiniment plus féconde que celle de l’abbé Sicard. On ne sera donc pas surpris de le voir revendiquer hardiment l’honneur d’avoir formé le célèbre Massieu, et d’être presque le premier qui ail trouvé le moyen de mettre le sourd-muet en état d’exprimer par l’écriture ses propres pensées.
D’ailleurs le grand nombre des sujets d’élite qui sortirent de l’école de Bordeaux, sous la République et dans les premières années de l’Empire, proclame, d’une manière éclatante, la supériorité de l’enseignement deSaint-Sernin. Puis, le midi de la France est plein de vieux sourds-muets qui transmettent à la génération actuelle le nom, le souvenir et les vertus de leur ancien maître Saint-Sernin. On en voit encore deux à Paris, Baudonnet et Pals y, deux sourd-muets patriarches, anciens employés l’un au ministère des finances et l’autre au ministère de la marine, admis tous les deux à faire valoir leurs droits à la retraite. Ce sont ces deux élèves, jeunes alors et aujourd’hui vieillards vénérables, que Saint- Sernin présenta à la barre de la Convention, comme une réponse vivante aux calomnies envieuses et aux attaques de l’ignorance qui menaçaient, dans sa personne, de rayer l’institution de Bordeaux du nombre des établissements d’utilité publique.
Son éloge fait par l’an de ses élèves.
On lit, dans la quatrième circulaire de l’institut national des sourds-muets de Paris , l’éloge de Saint-Sernin par l’un de 6es plus dignes et de ses plus illustres disciples, M. Gard, professeur sourd-muet dont l’école de Bordeaux déplorera ' longtemps la perte. Nous ne pouvons résister au plaisir de le