‹ La surdi-mutité (volume 2)Chapitre 44 sur 221 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

EÉllAS.— SON ÉLOGE.— Il HÉRITE U TITRE DE RÉFORMATEUR DES GESTES.— SU MALHEURS. — SOI» TORT EUT DB VOULOIR LE B [EX INTEMPESTIVEMENT. — SES OB- TRAGES.—MAX BEL D’EXSEIGXEMEXT PRATIQUE.—JOURNAL BR L’INSTRUCTION DES SOURDS-MUETS ET DES AVEUGLES.—GESTES IDÉOLOGIQUES. — ATAXTAGES DB LES FIXER SUR LE PAPIER. — LANGUE UXIVERSELLE. — COMMEXT L’EEFAXT SOURD- MUET EST-IL ACCUEILLI DAXS XOS ÉCOLES? —DIFFICULTÉ A VAIXCRE D’ABORD DAXS L’ÉDCCATIOX DB SOURD-MUET. — QUELLE EST LA PREMIÈRE XOTIOX QU’AC¬ QUIERT LE SOURD-MUET?—COMMEXT SE DÉVELOPPEXT SES IDÉES? — PIRFEC- TIOXXEMEXT DES SIGXES PAR BÉBIAX. — LE SOURD-MUET A DEUX LAXGUES DIS¬ TINCTES A SES ORDRES. — OBSTACLES Qfe’lL A A SURMOXTER.— LOIS PHYSIOLO¬ GIQUES.—DÉMOXSTRATIOX MATHÉMATIQUE.—SEXSATIOX-IDÉE ET SEXSATIOX-SICXB. — COMBIEN LE SOURD-MUET EST INFÉRIEUR AU PARLANT.—IL FAUT RECONNAITRE AVEC LOCKE QUE LES IDÉES SE PRODUISENT PAR L’INTERMÉDIAIRE DES SENS.

Béblan.—Son éloge.—U mérite le titre de réformateur des gestes.

Quelles que soient les erreurs évidentes que nous avons signalées dans la méthode de l’abbé Sicard, quelles que soient les nuances qui la distinguent, comme nous le verrons, de celle de ses successeurs, il n’en a pas moins rendu des services réels à la cause des sourds-muets en popularisant l’art de les instruire et en agrandissant le domaine de cette science dont l’inventeur, par excès de modestie, avait restreint l’utilité; mais c’est à l’un de ses successeurs que devait échoir la gloire de redresser la ligne faussée par ses devanciers, de ramener le fleuve dans son lit, et de faire rentier renseignement des sourds-muets dans sa véritable direction.

Le nom, bien moins répandu, de Bébian, ancien censeur des études à l’institution nationale de Paris, directeur, ensuite,de deux écoles particulières de sourds-muets dans cette capitale et à Rouen, mérite, à plus d’un titre, une place d’honneur à côté de ses maîtres. Ses ouvrages ont révélé au public un professeur du premier ordre, un ennemi juré du charlatanisme, un écrivain d’un goût exquis ; on le loue d’avoir dépouillé l’enseignement de cette obcurité savante dont l’abbé Sicard l’avait enveloppé, et d’avoir fait descendre la méthode des hauteurs où la maintenait le génie de son maître, en la dégageant de certains nuages et en la mettant à la portée de l’intelligence des enfants sourds-muets. Jamais parlant ne mania aussi bien que lui le langage mimique. Il lui était réservé d’opérer une révolution dans cette spécialité. Il comprit que le but que doit se proposer une langue n’est pas d’en traduire une autre, mais d’être l’expression vivante des idées. Ce principe posé, il s’étudia à débarrasser la pensée des mots et des tournures grammaticales qui l’étouffent, à sa naissance, dans notre esprit, pour la revêtir immédiatement des signes naturels ; et c’est ainsi qu’il parvint à rompre toute association forcée entre le langage des gestes et les langues parlées. Le résultat de ce divorce fut immense, et le progrès qui en résulta, se continue encore de nos jours. Aussi le titre de réformateur des gestes s’est-il attaché au nom de Bébian. Sa longue expérience, ses succès éclatants dans l’application ingénieuse de ses procédés, ses observations consciencieuses, appuyées sur des faits incontestables, l’ont placé au dessus de tous ceux qui l’avaient précédé dans la carrière ; nous n’en exceptons que l’abbé de l’Épée, qui, malgré les défauts justement reprochés à sa méthode, a le droit d’être regardé comme le pre-

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