‹ La surdi-mutité (volume 2)Chapitre 46 sur 221 · PREMIERE PARTIE.—CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE.—CHAPITRE IV

Gestes idéologiques. — Avantages de les fixer sur le papier.

—Langue universelle.

11 avait fait de nombreuses tentatives pour arriver à fixer sur le papier les gestes idéologiques des sourds-muets, comme on y fixe les mots du langage parlé. Malheureusement elles sont restées incomplètes. Ce n’est pas, au reste, chose facile que de combler cette lacune, depuis longtemps regrettée dans l’enseignement de ces malheureux. Les avantages immenses qui résulteraient de cette découverte, tant pour les progrès et l’art en lui-même, que pour l’instruction de ceux qui voudraient s’y consacrer, la gloire qui en rejaillirait infailliblement sur celui qui atteindrait le but, tout cela n’estil pas de nature à déterminer quelque ardent explorateur à poursuivre un travail si utile et si bien commencé ? Dieu veuille qu’il se présente bientôt une âme assez dévouée pour se livrer, de nouveau, à ce rude labeur et pour le mener à bonne fin ! La tâche est difficile, nous ne le nions pas, mais elle n’est pas impossible à remplir.

Cet art de fixer sur le papier les gestes idéologiques du sourd-muet étant une fois découvert, voyez quel horizon immense s’ouvre à ses regards ! Qui, dès lors, oserait nier l’existence de cette langue universelle, que tant de savants ont rêvée , que Leibnitz entrevoyait dans ses songes, que DeScartes ne croyait possible que dans le pays des romans, langue que, sans aller bien loin, on rencontre dans le pays des réalités, qu’on n’a pas besoin de chercher, qui est partout , qui a été de tous les temps, de tous les lieux , qui fut connue de nos premiers pères, qui sera connue de nos derniers neveux, que savants et ignorants, tout le monde comprend, tout le monde parle, le langage des gestes, enfin, la langue

d’action, qui peut, aussi bien qu’aucune langue parlée, recevoir et rendre tous les sentiments qui sont dans le cœur de l’homme, toutes les idées qui sont dans son esprit, source des beaux-arts, qui fait respirer la toile et le marbre , à laquelle l’orateur emprunte ses plus sûrs moyens d’entraîner et de persuader, qui inspirait les pantomimes sur les théâtres de Rome et à l’aidé de laquelle Roscius se faisait fort de reproduire les plus éloquentes périodes de Cicéron.

Comment l’enfant sourd-muet est-il accueilli dans nos écoles ?

— Difficulté à vaincre, d’abord, dans l’éducation du sourd-muet.

Aujourd’hui, grâce aux progrès des méthodes, grâce surtout à cette langue universelle, le sourd-muet qui arrive dans nos institutions, n’y est plus accueilli, ni comme un phénix, ni comme un être surnaturel, à la science infuse, ni comme un crétin au-dessous de la brute ; on l’accepte pour ce qu’il est, pour un enfant doué, sans doute, d’intelligence, comme les autres enfants, et dont l’esprit, le cœur, les facultés, les besoins , les instincts ont été , dès l’origine, formés sur le modèle commun, mais qui, s’ils ne sont point altérés, restent, au moins,immensément arriérés,quant à leur développement, par les circonstances particulières où le jette son infirmité. Faire cesser le fatal isolement dans lequel il se trouve, est donc la première difficulté à vaincre. Les rapports qui s’établissent, d’eux-mêmes, entre ses condisciples et lui, à l’aide du langage mimique, se chargent de la plus large part de cette tâche. Assimilé par le maître à un enfant parlant d’un âge beaucoup plus tendre, le sourd-muet n’a qu’à devenir l’objet d’une éducation maternelle à faire. Il ne s’agit plus que de compléter, avant tout, son langage habituel par l’usage, sans dictionnaire, sans grammaire, à développer son

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