‹ La surdi-mutité (volume 2)Chapitre 47 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE.—CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE.—CHAPITRE IT

cœur et sés affections, à doter son intelligence d’idées morales et religieuses qui consolent son malheur en hâtant l’éclosion de tous les bons instincts que Dieu a déposés dans l’homme.

Quelle est la première notion qu’acquiert le sourd-muet !

La première notion qu’acquiert le sourd-muet, est la notion de la chose, du fait lui-même ; et, immédiatement après qu’il en aura acquis lanotion, l’expression lui en seraacquise. Il possédera bientôt un arsenal de mots écrits, qu’il ne tardera pas à appliquer naturellement à des notions morales et intellectuelles, à l’idée du bon; du mauvais, du juste, de l’injuste, etc. Mais cet arsenal, il ne s’agit pas de le meubler régulièrement, systématiquement, matériellement, de catégories, classées en tel ou tel ordre, de nomenclatures, disposées, d’avance, pour tous ses usages. Agir ainsi, ce serait le réduire à la condition d’automate, ce serait envelopper sa pensée de langes, ce serait la garotter, au lieu de lui laisser son libre essor. L’habituer à aller chercher le mot dont il a besoin, dans sa case, pour ainsi dire, numérotée, c’est en faire un ouvrier brut, un manœuvre, ce n’est pas en faire un homme, un penseur. Il faut, au sourd-muet, des mots exacts, précis, qui jaillissent d’eux-mêmes de sa mémoire, quand ils lui deviennent nécessaires. Il ne lui faut pas des nomenclatures préparées, d’avance, pour les diverses circonstances de l’avenir, où il aille choisir, démêler, au milieu des étiquettes, ce qui lui est utile, ayant bien soin de fourbir consciencieusement chaque pièce avant de s’en servir. Nous ne voulons pas plus de nomenclatures matérielles, que de signes méthodiques matériels.

Comment se développent les idées dn sourd-muet ?

—Perfectionnement des signes par Bébian.

Le langage des signes, ramené par Bébian à sa forme, à son allure véritable, agissant, sans cesse, comme puissant moyen de développement sur les idées et sur l’ordre naturel de leur génération, suivi aussi rigoureusement que possible, le connu servant surtout constamment de véhicule à l’inconnu, font que la notion, l’idée est toujours parfaitement acquise, et, comme elle précède toujours l’acquisition de l’expression, celle-ci ne saurait, dès-lors, être pour le sourd-muet d’aujourd’hui, comme pour celui de l’abbé de l’Epée, l’expression banale, incomprise et vide du perroquet. Convaincu, d’un côté, que, puisque les mots de nos langues ne sont liés aux idées qu’ils représentent que par un lien arbitraire et conventionnel, il comprendra que le mot écrit peut parfaitement représenter l’idée sans aucun intermédiaire. Convaincu, d’autre part, qu’on ne possède bien une langue quelconque, qu’autant que l’on peut en faire l’instrument direct, immédiat, de l’expression de sa pensée, il sera naturellement amené à se servir du français écrit, non pas comme l’élève de nos collèges se sert du latin, dont le mot ou la phrase n’est pour lui que l’équivalent de tel mot, de telle phrase française, mais comme nous nous servons, nou3, du français parlé, dans lequel tel mot, telle phrase, est le représentant direct de tel objet, de telle idée, de sorte qu’une idée étant une fois bien conçue, le sourd-muet ne sera pas obligé de la traduire en langue mimique pour la faire arriver au français, mais la traduira directement aussi bien en français qu’en langage mimique.

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