‹ La surdi-mutité (volume 2)Chapitre 51 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE.-CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE.-CHAPITRE V

tares qui, dans l’étude de la langue écrite, étaient pour ces malheureux un obstacle , une digue presque infranchissable au développement des facultés que la nature s’est plu à leur départir comme pour les consoler de tant de privations cruelles; car ce n’est rien que de s’être approprié le langage mimique, à l’aide duquel on peut rendre au sourd-muet la matière dont se composent les mots de nos langues ; ce n’est rien que de l’avoir mis en possession de ces mots ; il reste à leur attacher à chacun une valeur claire et précise ; et le mérite des instruments d'interprétation consiste tout entier dans la facilité plus ou moins grande, avec laquelle ils se prêtent à ces formes matérielles, destinées à recevoir plus ou moins heureusement l’empreinte de celte valeur. Or, enseigner la valeur des mots, c’est faire naître l’idée que chaque mol représente, c’est la déterminer et la circonscrire avec clarté, avec précision (1). Désormais donc les mots ne seront plus enseignés au sourd-muet d’une manière isolée, mais lui seront présentés dans le corps même des phrases usuelles. De cette manière, on ira à la découverte d’une méthode infaillible, d’une méthode qui permettra d’aplanir tout ce que l'étude logique de la langue a de trop difficile et de trop épineux pour ces enfants. *

Importance d’an bon débat.—F.ay ornement de l’institution de Paris.

—Ses missionnaires.—L’abbé Cbazottes, l’abbé lamet, MM. Plroax etEivière.

— Mouvement rétrograde dans le sein de l’école-mêre.

— Insuffisance des conseils d’administration et de perfectionnement.

Commencer bien, c’est donc le point le plus important de toute entreprise. De l’impulsion donnée et des dispositions

(I) De l’Éducation des sourds-muets, par le baron de Gérando, partie 3, Chapitre IX.

qu’on fait prendre au départ, dépendent l’heureuse issue de la traversée et la promptitude de l’arrivée au but. Avant tout, il s’agit de consulter l’expérience et de trouver la ligue la plus droite pour abréger la route. C’est là l’essentiel. Sur ce point, le Manuel d'enseignement deBébian offre, à la fois, l’expérience mise en pratique, et le phare modeste, mais radieux, qui doit guider et encourager dorénavant ceux qui marcheront dans le chemin si raboteux de celte spécialité.

Pénétrés de ces principes, de nombreux professeurs se formèrent à l’institution de Paris, qui devint, dès lors, une véritable école normale. Ces nouveaux missionnaires de la science allèrent fonder des établissements de sourdsmuets en province et s’y livrer, indépendants de la surveillance d’un conseil d’administration qui n’avait pas toutes leurs sympathies, aux essais des études et des observations qu’ils avaient faites. Parmi les plus estimables, on se félicite de citer l’abbé Chazottes à Toulouse, l’abbé Jamet à Caen, Pi roux à Nancy et Rivière à Rodez. Ces maîtres habiles avaient à cœur de combler les lacunes qu’on remarquait avec douleur, après la retraite forcée de Bébian, dans la méthode de Paris ; et on eût dit qu’ils emportaient avec eux la partie4a plus substantielle de cet enseignement, puisque, depuis leur départ, ou ne le vit plus, pendant longues années, que rétrograder, sans cesse, dans l’enceinte de son berceau, par suite du joug qu’imposait à l’art une administration, composée, il est vrai, de philosophes, d’écrivains illustres, de personnages haut placés par leur naissance ou par leur fortune, mais entièrement étrangers, pour la plupart, il faut bien le dire, à l’enseignement des sourdsmuets. En vain cette commission suprême crut-elle devoir appeler à son aide un auxiliaire imprévu, qu’elle décora du

Page 1