PREMIÈRE PARTIE.—CHAPITRE V
titre pompeux de conseil de perfectionnement. Comme les membres de ce nouveau conseil, non moins distingués que les autres, et recrutés jusque dans nos académies, étaient tous aussi inexpérimentés dans la science qui avait fait la gloire des de l’Épée, desSicard et des Bébian, les études n’en furent pas moins livrées au désordre et à l’arbitraire. Au lieu de ces quelques lignes de blâme, combien ne nous eût-il pas été plus doux de recommander ici à la reconnaissance de tous les sourds-muets et de leurs amis, les noms de ces membres, justement respectés et bénis ailleurs? Mais nous sommes forcé, quoiqu'il nous en coûte, de le déclarer avec franchise, les actes du conseil d’administration ont laissé dans l’école, des souvenirs douloureux, que le temps n’a pas encore effacés.
Indifférence à l’égard des sonrds-mnets. —Eloge dn comte Alexis de Noailles.
On lit dans l’Évangile que la main droite doit ignorer ce que donne la main gauche. Aussi la charité bien entendue , faite sans éclat, est-elle l’œuvre la plus agréable à la divinité, mais, en même temps, la plus difficile à notre amour-propre d’hommes faibles et orgueilleux. Serait-ce parce que ces pauvres enfants n’ont pas une voix pour proclamer, par dessus les toits, les noms de leurs bienfaiteurs, qu’on a si longtemps affecté, à leur égard, une indifférence d’autant plus cruelle, qu’elle se cachait sous les apparences de l’intérêt le plus tendre, le plus paternel, envers ceux qui ont inventé la mémoire du cœur et qui ne demandaient pas mieux que de trouver de nouveaux cœurs à bénir, à associer au beau nom, au doux nom de l’abbé de l’Epée ?
Il faut en excepter toutefois le comte Alexis de Noailles.
«La perte de cet homme de bien, a dit l’honorable doyen de l’Institut national de Paris, M. Ferdinand Berthier, est encore vivement sentie. Dans toutes les occurrences, les sourdsmuets, et particulièrement les professeurs sourds-muets, trouvèrent en lui un défenseur loyal et zélé. Si notre plume n’était arrêtée par des égards dus à certaines positions, elle aurait bien à révéler, pour preuves, quelques confidences dont il nous honora dans le temps de notre résistance à l’arbitraire ; et ces révélations fourniraient de curieux éléments à l’histoire de l’école des sourds-muets de Paris. » (Notice sur la vie et les ouvrages de Bébian .)
Profegienrs sonrds-muets méconnus. — Clerc, Bertnier, Lenolr et Forestier.
— Le premier et le quatrième vont porter leurs talents aux Etats-Unis et à Lyon.
Empressons-nous de reconnaître, cependant, qu’à cette époque, les élèves ne cessaient d’être l’objet d’une touchante sollicitude dans toutes les parties qui ne regardaient pas leur instruction: ils étaient bien soignés , bien nourris. Mais ceux qui, par une opiniâtre persévérance, et grâces aux excellentes leçons de Bébian, avaient déjà obtenu les plus éclatants succès et se sentaient capables de transmettre à leurs frères les trésors intellectuels qu’ils avaient reçus, comment étaient-ils traités ? Le célèbre Clerc, qui jouissait de l’honorable privilège de former les meilleurs élèves, ne put plus long-temps se résigner au traitement minime qu’on lui jetait, avec dédain, comme une aumône ; il s’exila volontairement pour aller porter à ses frères de l’Amérique du Nord cette chaleur d’âme et cette activité d’esprit dont il avaitdonné tant de preuves dans les séances publiques de l’abbé Sicard; 1 éloquent Berthier, le savant et modeste Lenoir se virent