PREMIÈRE PARTIE—CHAPITRE Y
méconnurent ies conditions hors desquelles l’éducation de ces enfants devient impossible.Ces messieurs ne se bor¬
nèrent pas à réprimer les abus; une mesure extra-légale exclut le corps enseignant tout entier du séjour de l’établissement. Ni l’aumônier, ni l’instituteur en chef ne purent trouver grâce devant la commission, qui, pour la surveillance à exercer sur les élèves, les remplaça par deux militaires en retraite. »
Le baron de Gÿrando. — Education des sourds-muets de naissance.
—Les Circulaires de l’institnlion. — Ce qu’il a fait et ce qu’il aurait dû faire.
Long-temps on vit à la tête du conseil d’administration de l’école de Paris, le baron de Gérando, esprit éminemment judicieux et philosophe de premier ordre. Il a été, dit M.Léon Vaïsse,l’âme de touslesétablisseméntsde bienfaisance publique, et a introduit quelques améliorations dans l’éducation populaire. Le gouvernement avait souvent recours à ses lumières et créa pour lui la chaire de droit administratif. Membre du conseil d’état depuis sa fondation par l’Empereur, il l’était aussi de toutes les académies, de toutes les,associa lions utiles et de la chambre des pairs, aux derniers jours de sa vie. Son Éducation des sourds-muets de naissance est un ouvrage philosophique qui passe, avec raison, pour le plus beau monument élevé à sa renommée; il mérite d’être consulté et profondément étudié par tous ceux qui se destinent à l’art d’instruire les sourds-muets ; toutes les investigations historiques y sont inscrites; les expériences des hommes compétents y sont recueillies avec une érudition remarquable, et enrichies d'observations et de réflexions psychologiques dans lesquelles l’auteur excelle. C’est bien beau ; malheureusement ce n’est point un ouvrage fait pour les sourds-muets ;
c’est an livre uniquement destiné à la bibliothèque des savants. Les sourds-muets eussent été plus heureux, et le baron de Gérando eût mérité de figurer dans la galerie des hommes utiles de Monthyon, si, usant de son nom, de son influence et de son crédit, il eût pu empêcher l’intrigue et l’injustice de l’emporter sur la raison et sur l’équité, rehausser l’éclat de l’institution comme aux beaux jours de l’abbé Sicard, ne pas concourir, avec une administration prévenue, à prononcer l’exclusion des sourds-muets du professorat, et provoquer, par la puissance de sa plume et l’autorité de son rang, l’uniformité des études dans toutes les écoles de ces infortunés par l’adoption d’un programme, ou, pour mieux dire, de la meilleure des méthodes , alors en usage dans ces écoles, et dont les circulaires de l’institution, rédigées sous sa direction, ont rendu des comptes détaillés. C’eût été là une œuvre magnifique, grâce à laquelle nos modestes établissements reposeraient aujourd’hui sur des bases analogues à celles des institutions de l’Université. Il manque à la gloire de feu le baron de Gérando le titre de réformateur des écoles de sourds-muets.
Conférences de* professeurs de l’école de Paris. — Leur programme.
— Matière de l’enseignement.
Au lieu de répondre à ce cri de détresse qui s’élevait de toutes les parties de l’enseignement, le conseil d’administration laissait, comme nous l’avons dit, les études livrées, plus que jamais, au désordre et à l’arbitraire- Frappés de cet état des choses qui eût rapidement fait descendre l’établissement du rang d’une maison d’éducation à celui d’un hospice, les professeurs se réunirent dans de fréquentes conférences pour aviser aux moyens d’y remédier et rédiger, au