‹ La surdi-mutité (volume 2)Chapitre 58 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE V

l’impératrice , beaux chevaux blancs six, Alphonse pas rester à Paris, etc. » — * Ainsi s’exprimait, ajoute-t-il, un enfant âgé de plus de dix ans, qui me fut présenté et qui me paraissait doué de beaucoup d’intelligence.

* Mais, continue toujours ce même médecin, ce qui est plus étonnant encore, c’est d’entendre parler d’une manière aussi barbare des enfants, des adolescents, tombés dans ce déplorable état par suite d’une simple dureté de l’ouïe qui s’est déclarée après les quatre premières années de la vie, c’est-à-dire à une époque où la parole exprime déjà facilement et correctement une foule d’idées même abstraites. »

Une si profonde ignorance du langage mimique, après tant d’années de séjour au milieu des sourds-muets, est un véritable phénomène, qu’on déplore et qu’on n’explique pas. Ce que le docteur Itard appelle un langage barbare, n’est autre chose que le langage mimique, avec son allure naturelle, le langage mimique, tel que la Providence en a fait don à nos pauvres enfants. Cette absence apparente de pronoms et de conjonctions qui le choque, cette réunion, qu’il déclare informe, d’adjectifs, de substantifs, de verbes toujours à l’infinitif, c’est tout simplement la syntaxe de cette langue originale, c’est sa construction exceptionnelle, rappelant parfois le latin, parfois le parler créole de nos colonies. 11 n’y a là aucun accord entre la faiblesse de l’ouïe des élèves et l’imperfection de leur langage, il n’y a là rien qui exclue chez eux un certain degré d’intelligence, rien qui dénote ce déplorable état dont gémissait l’honorable praticien. Le sourd-muet réussit souvent, quoiqu’en dise le docteur Itard, à mieux exprimer que le parlant les idées les plus abstraites. Les

phrases qu’il cite ressemblent au mot à mot des écoliers traduisant du latin. Eux aussi retranchent souvent les pronoms, les conjonctions, accumulent les adjectifs, les substantifs, mettent les verbes à l’infinitif; en conclurezvous, comme des sourds-muets, que leur intelligence est tombée dans un déplorable état?

Du reste, suivant l’exemple de l’abbé Sicard, classant d’abord le sourd-muet au-dessous de la brute et le réintégrant ensuite dans la position qu’il mérite dans la société, le docteur Itard a déduit, plus tard, des conséquences bien singulières des prémisses qu’il avait posées : « Si l’on s’obstinait, dit-il, à ne voir dans cette différence qui existe entre Massieu et Clerc qu’une conséquence naturelle de leurs dispositions naturelles, il serait facile de détruire cette objection et de rendre encore plus évidente la différence qu’il y a entre les sourds-muets d’à présent et les sourds-muets d’autrefois, en établissant le parallèle dans les premiers degrés de l’instruction. Autrefois un élève, qui avait un ou deux ans de leçons, était hors d’état de répondre aux questions les plus simples d’une conversation ordinaire. Dans un relevé qne je fis, il y a dix-neuf ans (en 4813), de la nature et des différents degrés de surdité de chacun d’eux, la plupart ne purent répondre, d’une manière satisfaisante, à ces questions que je leur adressai par écrit : Etes-vous complètement sourd? Entendez-vous un peu? Etes-vous sourd de naissance? Un examen général que j’ai fait au commencement de l’année dernière (1834), pour un motif analogue, m’a donné lieu de faire une observation toute contraire. J’ai été frappé de la facilité avec laquelle presque tous les élèves me donnaient les renseignements demandés et m’interrogeaient même sur

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