PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VI
phabet manuel); ou graphique, comme dans la mimographie (écriture des gestes) et l’écriture alphabétique. Elle est encore orale dans la phonologie (parole artificielle ), et la labiolégie ( lecture sur les lèvres ).
» Abandonnée à elle-même, pour ainsi dire, la mimologie n’a encore qu’une existence de fait. Aucune théorie, tant soit peu lumineuse, n’en a présenté les véritables principes. La plupart des maîtres la créent à leur manière et l’imposent à leurs élèves ; d’autres la reçoivent, au contraire, des sourds-muets eux-mêmes , qu’ils regardent comme leurs seuls maîtres en pareille matière. Pour nous, ennemi de tout excès, nous consultons, d’abord, les indications de la nature, ensuite nous les assujétissons à la loi de l’analogie, afin d’en tirer tous les développements nécessaires, s’employant, d’ailleurs, chaque moyen de communication que dans de sages proportions, nous avons dû resserrer le langage des gestes dans de justes limites. Enfin, si nous avons dit que la mimologie est un langage manuel, c’est que dans nos institutions le geste finit par se borner au jeu des mains.
» La dactylologie est un autre moyen de communication, non moins précieux que la mimologie. Elle supplée à la parole, et présente, à elle seule, la solution d’un des plus grands problèmes de l’enseignement des sourds-muets. C’est une sorte de parole, formée de positions et de mouvements de doigts. Malgré son importance, elle est presque entièrement délaissée dans la plupart de nos institutions. Elle y est surtout lente et froide. De là des tentatives faites pour la rendre plus expéditive, tentatives toujours vaines, et que l’on n’aurait pas entreprises si l’on eût mieux connu la promptitude qu’elle peut ac-
quérir, telle qu’elle existe. Nous animons ce langage en le rendant d’un usage fréquent, et en l’accompagnant du jeu de la physionomie, qui peut y remplir le rôle de l’accent dans la parole. Le jour où la dactylologie sera généralisée , l’éducation des sourds-muets ne sera plus un mystère incompréhensible, et la société leur sera ouverte.
» Il est deux autres moyens de communication, qui ne sont que la peinture des deux précédents. Ce sont la mimographie et l’écriture alphabétique. La première, dont l’exécution n’a pas eu lieu, est susceptible de répandre un jour précieux sur l’origine des écritures, et de faciliter immensément l’instruction des sourds-muets. Cependant, un essai a été tenté (i); mais il n’a servi qu’à attester le talent de l’auteur; et l’impossibilité de réaliser son écriture dépose contre l’extrême complication du système qu’il a adopté.
» Parler de l’écriture ordinaire, ce serait perdre un temps précieux. Qu’il suffise de dire qu’elle est matériellement la même pour les sourds-muets que pour nous!
» Il nous reste à nous expliquer sur la phonologie et la labiolégie, deux instruments de communication d’un grand prix, et sur lesquels on n’a écrit que des choses très imparfaites. Pour rendre la parole aux sourds-muets, nous avons recours aux dessins des organes de la voix, mis en rapport avec les caractères de l’alphabet, et à tous les genres d’indications que le maître peut donner (2). Mais
(1) Voyez, dans le 4 e chapitre, les gestes idéologiques.
(2) M. Léon Vaïsse qui est, à l’institution nationale de Paris, chargé de la classe de parole artificielle, fait aussi usage de ces dessins.