PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VI
Matière de l’enseignement.
» Un autre sujet, dit M. Piroux, plus sérieux et plus négligé encore par les maîtres en général, c’est la matière de l’enseignement et l’ordre dans lequel doit se présenter l’instruction. Voici la solution que nous offrons à ce sujet : nous distinguons la matière selon qu’elle concerne, 1“ la langue usuelle, 2° le cœur, 3° l’esprit, et 4° le corps.
» Nous abordons, d’abord, quant à la langue usuelle, des exercices préparatoires, puis des exercices réguliers. Pour le cœur, nous faisons apprendre la civilité, la morale et la religion ; pour l’esprit, les beaux-arts (le dessin), les belles-lettres (la grammaire et la rhétorique) et les sciences (l’arithmétique, la géographie, etc.); enfin, pour le corps, l’hygiène, l’industrie et le commerce. Quelle que soit, d’ailleurs, la spécialité dont on s’occupe, elle est toujours présentée dans des leçons pratiques avant de l’être dans des leçons théoriques. »
Ecole des soords-moets de Toulouse.
Fondée en septembre 1828, sous les auspices de la commune de Toulouse, du département de la Haute-Garonne et des départements circonvoisins, l’école de Toulouse, qui compte aujourd’hui 65 élèves, ne tarda pas à obtenir les résultats les plus heureux et les plus brillants, et elle les poursuit encore, de nos jours, avec un succès qui fait honneur à l’esprit philosophique, à l’expérience consommée du fondateur, l’abbé Chazottes, et à son dévouement infatigable pour l’avenir des sourds-muets. D’excellents sujets, formés à son école, et presque tous remarquables par une instruction solide et variée, attes-
HS EXPOSÉ HISTORIQUE,
tent la bonté et la supériorité de sa méthode. Plusieurs sont devenus professeurs, entre autres, Pélissier, à l’Institut national de Paris; Castille, à l’école de Marseille; Houyn et Péytavi, à Strasbourg; Cantegril, Valette, Cazalès et d’autres encore, à Toulouse.
Eloge de l'Eeole de Toulouse.
Dès les premières années de son existence, cette école a été citée avec éloge dans la troisième circulaire de l’Institut national des Sourds-Muets de Paris : « M. l’abbé Chazottes, y est-il dit, vient d’envoyer à l’institution de Paris le prospectus de son école et le programme des études de la maison pendant l’année scolaire 1830-1834. Lors de sa tournée comme inspecteur général de l’université, M. F. Cuvier, l’un des membres du conseil d’administration de l’institution des Sourds-Muets de Paris, a visité l’école des Sourds-Muets de Toulouse ; il a été extrêmement satisfait de la marche que suit M. Chazottes dans l’enseignement de la langue, et des résultats qu’il obtient. M. Chazottes n’enseigne pas à ses élèves la langue d’une manière grammaticale, mais simplement par l’usage; l’analogie et la synonymie sont les deux principaux leviers de sa méthode. Dès les premiers exercices, il apprend à ses élèves à former des phrases simples à l’imitation de celles qui leur ont été déjà enseignées ; puis, à l’aide des phrases synonymiques, il les fait passer, sans efforts et, pour ainsi dire, sans aucun besoin d’explication, de l’expression propre à l’expression figurée, du sens concret au sens le plus abstrait, et de la construction la plus simple à la construction la plus compliquée. M. Chazottes a composé, à l’usage de ses élèves, des cahiers remplis de